Chaque année, on va à la fête foraine avec mes amis, Manon et Victor. Ce sont toujours les mêmes manèges, mais on ne s'en lasse pas.
Cette année, pourtant, il y a une nouveauté. C'est Victor qui la remarque en premier. Il tend son doigt devant lui et dit :
— Regardez ! Il y a une nouvelle attraction, là !
En effet. Derrière le stand de barbe à papa, il y a une vieille maison toute tordue. Je m'exclame :
— Super, une maison hantée ! On y va ?
***
À l'entrée de la maison hantée, il y a une sorcière immonde. Son déguisement est parfait : vieux vêtements déchirés, nez crochu et verrues. Elle a tout d'une vraie sorcière !
Elle nous demande :
— Vous êtes prêts à affronter vos plus grandes peurs ? Quitte... à ne jamais ressortir de cette maison ?
— On n'a peur de rien ! répond Manon. À part Victor : lui, il a peur des araignées !
La sorcière nous fait entrer. Au-dessus de la porte, il y a une inscription : « Ne vous fiez pas aux apparences ».
***
Nous entrons dans un long couloir. On entend des pas, des grincements de porte et des cris. Manon frissonne. Victor semble à l'aise. Il lui dit :
— Ne t'inquiète pas, tout est faux.
Une porte s'ouvre au bout du couloir. On entre et elle se referme derrière nous en claquant.
La pièce dans laquelle on se trouve est très sombre. Elle a l'air vide. Soudain, des petites choses se mettent à bouger un peu partout.
Victor devient tout blanc et bégaye :
— Des... des... des arai...
Autour de nous, les murs sont recouverts de milliers de petites araignées. Elles bondissent et se dirigent vers nous. Je dis alors :
— Pfff, je suis sûr que c'est du plastique ! Ce sont des jouets, ça se voit ! Venez, on sort de là.
En vrai, je suis terrifié. Mais j'essaye de rassurer Victor. Je ne veux surtout pas qu'il panique.
Hélas, c'est trop tard. Victor est figé et refuse de bouger.
Des milliers d'araignées montent sur ses jambes et commencent à tisser une toile. Leurs corps sont couverts de poils. Elles n'ont plus du tout l'air d'être en plastique.
Heureusement, un courant d'air ouvre une porte cachée.
Manon et moi entrons dans la pièce suivante à toute vitesse. La porte se referme derrière nous. Victor n'a pas eu le temps de nous suivre.
***
Manon panique et dit :
— On ne peut pas le laisser là !
Je lui réponds en espérant la rassurer :
— Ne t'en fais pas, nous le retrouverons dehors !
On se trouve désormais dans un endroit très étrange. Ici, il fait encore plus sombre. Mais autour de nous, tout a l'air calme et agréable.
Je vois une rivière avec une barque sur la rive. Rassuré, je me dis que ce bateau doit sûrement nous conduire vers la sortie. Avec Manon, nous montons dedans.
***
Au début, tout va bien. Naviguer sur la rivière est assez simple. Tout à coup, des lumières s'allument et Manon dit en criant :
— Regarde l'eau ! C'est du sang !
Malgré ma peur, j'arrive à me contenir :
— Ça doit être de la peinture, ne t'inquiète pas.
La barque se met à tanguer un peu, puis de plus en plus. Je ne suis pas très à l'aise. Quant à Manon, elle commence à franchement paniquer :
— Léon, il faut que je te dise... Je ne sais pas nager !
À peine a-t-elle fini sa phrase qu'une main surgit brusquement de l'eau. La main saisit Manon par le bras pour l'entraîner vers le fond de la rivière. En quelques secondes, mon amie disparait.
À partir de là, je commence à avoir vraiment peur. Je sais que c'est juste une attraction de fête foraine et que mes amis m'attendent probablement dehors, mais j'ai vraiment hâte de sortir d'ici.
Quelque chose d'autre m'inquiète aussi. La sorcière a parlé d'affronter sa plus grande peur. Pour Victor, c'est les araignées. Pour Manon, c'est l'eau. Et pour moi... que va-t-il m'arriver ? Je réfléchis à toute vitesse... Je n'ai peur ni des insectes ni des serpents. Je sais nager, faire des arts-martiaux...
Moi, ce qui me fait faire des cauchemars n'existe pas pour de vrai...
***
La barque arrive au bout de la rivière. Je descends et je continue d'explorer la maison pour trouver une sortie.
J'ouvre une nouvelle porte. Derrière, le décor est magnifique. Il y a une longue table en bois, une énorme cheminée, des grands miroirs et des cadres en or.
J'entends des bruits de pas. Je me retourne et la sorcière, celle qui nous a fait entrer, apparait. Il y en a une autre à côté d'elle. Puis une autre un peu plus loin. En tournant sur moi-même, j'en vois partout dans la pièce.
Je dis en souriant :
— Raté ! Je n'ai pas peur des sorcières ! La seule chose qui me terrifie, ce sont les...
Je ne finis pas ma phrase. J'ai l'impression que quelque chose cloche. Ces sorcières, d'où viennent-elles ? Pourquoi je ne les ai pas vues venir alors que la pièce est pleine de miroirs ?
L'une d'elles dit en ricanant :
— Ne te fie pas aux apparences.
Puis elle ouvre la bouche et montre ses deux énormes canines. Des vampires ! C'est ça mon pire cauchemar ! Je suis encerclé. J'ai beau crier, je sais que personne ne peut m'entendre.
Elles foncent sur moi et je perds connaissance.
***
Lorsque j'ouvre les yeux, une forte lumière m'aveugle. C'est le soleil ! Je suis dehors !
Près de moi, quelqu'un lance :
— Tu vas bien ?
C'est Manon ! Elle est bien là ! Victor, très pâle, est à ses côtés. Je me redresse et je les prends dans mes bras. Je ressens un profond soulagement.
J'inspecte les alentours et je remarque que le vendeur de barbe à papa est toujours à sa place. Mais, derrière lui, la maison hantée n'est plus là. Est-ce que j'ai rêvé ?
J'observe alors mes amis. Manon est trempée. Victor a le corps couvert de petites piqûres. Je passe alors la main sur mon cou. J'essuie une longue trace de sang et je sens sous mes doigts deux petits trous, comme des marques de morsure.
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Cette œuvre est une adaptation de la nouvelle La fête foraine de Vanina Noël.
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