Elle soupire.
C'est la dernière heure.La dernière de sa vie.Elle regarde la classe.Des chaises,des tables,des gens avachis dessus.Rien n'a changé.Pourtant rien n'est pareil.Peut être que c'est les sourires plus larges,ou les larmes au coin des yeux.Les postures plus droites aussi. Ce n'est pas pareil.Parce que c'est la dernière heure.Avant la fin de tout.
Elle regarde par la fenêtre. Le ciel est d'un bleu éclatant,des oiseaux volent en groupe.Elle pense qu'ils doivent être bien la-haut. Les secondes s'égrènent terriblement lentement.
Et enfin,la sonnerie retentit. Aussitôt,elle se lève,prend son sac et sort de la classe sans se soucier des gens en pleurs,des filles noyées dans le parfum aux agrumes et habituellement enterrées sous leur maquillage,qui maintenant dégouline et laisse apparaître un peu d'humanité. Elle ne s'arrête pas.Elle lâche un« au revoir »et quitte la salle.
Et enfin,la sonnerie retentit. Aussitôt,elle se lève,prend son sac et sort de la classe sans se soucier des gens en pleurs,des filles noyées dans le parfum aux agrumes et habituellement enterrées sous leur maquillage,qui maintenant dégouline et laisse apparaître un peu d'humanité. Elle ne s'arrête pas.Elle lâche un« au revoir »et quitte la salle.
Aussitôt,dans le couloir,les souvenirs remontent en elle.Les repas,les discutions,les devoirs faits à la dernière minute.Mais elle ne s'arrête pas,elle trace.Elle passe le banc ou elle aimait rêvasser.Elle tourne à droite au fond du couloir,et tombe sur le hall.Et là,horreur.Des gens partout.Des gens qui se font des câlins,pleurent ensembles,lancent des ballons et des confettis,échangent leur numéro.Elle s'arrête un instant,analyse la situation.Puis elle repart,fonçant de plus en plus vite. Elle passe sous le bras d'une meuf,saute au dessus d'un sac,évite un jeté de confettis. Après avoir évité un gars gesticulant,elle pousse enfin la porte du hall.
La voila dehors.Elle s'arrête.Respire un grand coup.Puis se retourne.Elle contemple maintenant les grandes lettres,au dessus de la porte.«Lycée Marie Curie».Aussitôt,elle se revoit,entrant en seconde,pleine d'espoirs,de rêves.De naïveté aussi.En passant ces portes,elle se souvient qu'elle avait failli pleurer de joie.Ça l'a fait sourire.Puis elle sent des larmes lui mouiller les yeux.Immédiatement, elle secoue la tête,fait volte-face et s'éloigne en courant.Elle passe le portail du lycée.Elle repart en courant.Elle tourne à droite,à gauche,encore à droite,jusqu'à un petit parc.Elle s'arrête pliée en deux,à bout de souffle.
Lorsqu'elle relève la tête,elle est étonnée de voir ce parc.Elle s'est trompée de chemin.Elle s'apprête a repartir,lorsqu'un souvenirs lui revint.Elle,debout.En seconde,vu ses cheveux courts.Ses amis,qui à l'époque étaient encore ses amis,qui s'amusent sur les jeux pour enfants.Sa meilleure amie de l'époque qui fait mine de la balayer.Elle qui l'évite et lui saute dessus.Elles deux qui tombent au sol en riant.
Elle s'accroupit,les mains pressées sur ses oreilles,assaillie par les souvenirs.Elle ferme les yeux,refoule ses larmes.Lorsqu'elle les ouvre à nouveau,les arbres sont gris.L'herbe,les fleurs du parc,les jeux poussiéreux,tout est gris.Et le ciel, pourtant si bleu il y a une heure,est désormais d'un vieux gris fade.
Une chose attire alors son regard.Les montagnes,visibles au loin,sont d'un vert éclatant.Brillantes,envoûtantes.Elles l'attirent comme un aimant.Les arbres sont si colorés,sur cette montagne,alors que sa ville est désormais triste et grise.Elle peut presque sentir la terre,moelleuse sous ses pieds,et la voûte de feuillage la cacher de ce soleil ténébreux.Elle retire ses chaussures,les prend dans ses mains et repart dans la bonne direction.Elle tourne à droite.Puis à gauche.Soudain,elle s'arrête.Quelque chose va arriver,elle le sent.Et alors,une bourrasque lui fouette le visage.Un coup de vent puissant,qui fait voler ses cheveux et rougi son visage.Des feuilles s'envolent autour d'elle,pourtant elle garde les yeux grands ouverts. Car ce qu'elle voit l'éblouie.La bourrasque l'a emporté très haut dans le ciel.Elle vole avec les oiseaux aperçus tout a l'heure par la fenêtre de la classe. Elle vole,plus libre que jamais,le vent dans ses cheveux,son rire en cascade,le ciel plus bleu que bleu.Puis,aussi vite qu'elle est arrivée,la bourrasque repart.Aussitôt,elle se retrouve dans la rue grise,le sourire qui s'estompe doucement,les bras tendus et ses chaussures à ses pieds.Elle les enfile et repart.Elle avance,tourne à droite.Elle pousse la porte de son immeuble,monte les étages,et arrive devant sa porte.Et à nouveau,son regard est attiré.Attiré par la loupiote que sa mère aime tant allumer,sur le coté de la porte.La loupiote,comme tout le reste,est grise et terne.Mais à l'intérieur,lumineuse,irréelle,magnifique,brûle une petite flamme.Elle danse,dans des centaines de nuances de rouge et de doré,la capturant pour ne plus jamais la laisser partir.Et elle contemple cette flamme,ces couleurs éclatantes,la chaleur qui en émane.Au bout de quelques minutes,elle s'en détache,et pousse la porte d'entrée.
Enfin,elle est arrivée.
Elle jette son sac,et sort un bol de flocons d'avoines.Elle mange,pensive.Soudain,son regard tombe sur une carte.C'est une carte d'anniversaire que lui a offert sa prof préférée au début de l'année.Les souvenirs l'assaillent à nouveau.Elle tente de les repousser,mais trop tard,elle se laisse emporter.Elle prend la carte,la jette dans la poubelle.Ça va mieux.Alors,elle comprend.La montagne,la flamme,la bourrasque.La Terre,le Feu,l'Air.Les Éléments l'ont accompagné.Ça lui fait chaud au cœur.Quoiqu'elle ai pu en dire,elle n'avait pas envie d'être seule aujourd'hui.Il manque l'Eau.Bizarre.Elle reprend son bol gris.Soudain, une goutte tombe sur la table.Elle se demande d'où ça vient,avant de se rendre compte que ce sont ses yeux.Ses yeux coulent.Une main vient caresser ses cheveux,et une voix se fait entendre.«Ne retient pas l'Eau qui coule».Puis la main et la voix disparaissent.Et alors...
Alors elle se met a pleurer.Elle éclate en sanglot,pleurant ces trois ans,ses amis perdus,ses amitiés crées,ses souvenirs qui lui reviennent,tandis que l'Eau coule,coule en une cascade infinie.Environ une demi-heure plus tard,elle s'arrête.Elle essuie ses yeux rougis,et relève la tête.Et alors,elle sourit.
Le monde a retrouvé ses couleurs.