D'aussi loin qu'elle se souvienne, Vana a toujours aimé dessiner. Elle aime toutes les sensations pendant qu'elle griffonne sur un papier. C'est sa manière à elle de s'exprimer. Car Vana est muette. Comme elle ne peut rien dire, elle dessine.
Selon la vitesse et les formes que Vana met dans ses mouvements, on comprend tout son petit monde. Mais au fil du temps, Vana doit s'exprimer à d'autres personnes que sa sœur ou ses parents. Elle apprend alors la langue des signes. Malheureusement, très peu de personnes connaissent cette langue. Quand elle marche dans la rue et qu'un passant lui demande son chemin, elle répond avec des signes incompréhensibles. La personne s'énerve et pense qu'elle se moque d'elle.
Comme sa famille n'a pas trop d'argent, Vana va au collège public. Elle est toute seule au fond de la classe. Elle dessine ce qu'elle voit en noir et blanc : la moue des élèves quand il y a des devoirs, quand tout le monde éclate de rie parce que Tomas a fait une blague. Vana dessine tout, même le petit oiseau qui chante dans un arbre. Les autres ne l'entendent pas, mais Vana a appris à écouter.
Malheureusement, les insultes montent vite. « Attends je te monte le son si tu veux ! » lui dit-on.
Bientôt, c'est la fin de l'année et elle part deux mois chez ses grands-parents. C'est son moment de liberté à elle. Une fois arrivée, l'odeur alléchante des tartes de sa grand-mère envahit la maison. Puis à table, son grand-père lui annonce une nouvelle : « Avec ta grand-mère, on a décidé de t'envoyer en colonie de vacances cette année ! » Vana panique. Elle aime les vacances justement pour être loin des autres enfants et pouvoir s'exprimer librement avec ses dessins.
Vana tente vainement de protester, mais une semaine plus tard, elle est devant le centre de vacances avec sa valise. Ses grands-parents avaient insisté sur le fait qu'il fallait qu'elle voie du monde et qu'elle se fasse des amis. Vana ne veut pas d'amis, elle préfère rester seule dans son coin pour dessiner.
Lorsque les animateurs lui demandent son prénom, Vana sort son bloc-notes et griffonne quelques lettres. Les animateurs la regardent étonnés, ils n'ont sûrement pas été prévenus qu'elle est muette. Faute à ses grands-parents qui veulent que tout le monde la considère comme « normale ». L'un des animateurs lui attrape le bras et la présente aux autres enfants. Au début, ils se montrent très amicaux, une fille l'invite même à s'asseoir à côté d'elle. Mais dès qu'elle lui pose des questions et que Vana griffonne sur son bloc-notes, elle s'éloigne comme si elle craignait que son handicap soit «contagieux». Une ado qui se retrouve dans sa chambre fait une énorme crise pour ne pas se retrouver avec elle.
Deux jours passent et Vana est toujours seule, mais le pire, c'est que les enfants ont peur d'elle. Tout le monde part quand elle arrive dans une pièce. Même les animateurs lui adressent très peu la parole. C'est encore plus horrible que les moqueries reçues au collège, où elle s'isole elle-même.
Eva est la seule personne qui ne la fuit pas. Mais elle ne s'approche pas pour autant.
Le jeudi est organisée une sortie bivouac. Les animateurs entraînent le groupe au fin fond de la forêt. Un rideau de lierre masque une clairière. Quand Vana relève la tête elle a le souffle coupé. Des saules pleureurs et une multitude de fleurs ont poussé ici et là. On entend les oiseaux, le vent qui souffle sur les feuilles. Un petit ruisseau coule sur le bord de la clairière. Les animateurs allument un feu de camp et tout le monde se réunit. Vana sort son crayon et une feuille puis elle commence à dessiner ce lieu émouvant.
Ensuite tout le monde se couche sous le ciel étoilé. Dans cette clairière où les quatre éléments sont réunis, les enfant s'endorment, bercés par cette atmosphère magique.
Au matin, tout semble différent, comme si tout le monde avait écouté les élément guider leurs pensées durant la nuit. Les enfants sortent leur petit déjeuner de leur sac et contemplent le feu qui étrangement, est encore allumé. Vana quant à elle, reprend son crayon et ses feuilles. Eva s'approche. Sans un mot, elle sort des crayons de couleur et colorie le dessin de Vana. Celle-ci lève la tête, surprise, mais ne proteste pas. Un grand silence s'installe dans la clairière. D'autres enfants se lèvent, prennent des crayons et colorient à leur tour. Tous les dessins de classe, de paysages, de gens, d'animaux... Tous ces croquis qui sont restés sans couleur sont à présent un mélange d'émotions. Bientôt, tout le monde se retrouve autour de Vana pour colorier. Vana est émue, le silence règne encore, mais personne n'a besoin de parler. Il a suffit qu'une seule personne se lève pour que tous les autres la rejoignent.
On étale les dessins dans l'herbe pour que chacun les voit, créant une grande fresque colorée. Les plus petits ont dépassé, mais ce n'est pas grave, car l'important est que tout le monde se soit mis à l'œuvre, ENSEMBLE. Tout cela grâce à la magie des éléments et grâce à Eva qui a fait le premier pas.
Vana contemple ses dessins qui ont toujours été vides de couleurs, de vie. Tout à coup, l'un d'entre eux attire son attention. Le croquis de la clairière aux quatre éléments est rempli de couleurs vives. On y a rajouté des détails, de plus grandes flammes, des papillons, des oiseaux et des poissons dans le ruisseau. Vana sent l'émotion la submerger, des larmes de joie coulent sur ses joues. Elle comprend alors qu'il ne faut pas rester isolée, mais chercher les personnes qui peuvent mettre de la couleur dans une vie.
Maintenant, Vana est adulte. Elle présente dans les écoles son histoire sous forme de dessins colorés. Elle veut montrer qu'une personne peut changer une vie en faisant ce qu'elle croit juste et qu'il ne faut jamais s'isoler mais s'entourer des bons amis.