La cinquieme lueur

À l'Académie Asterval, chaque élève appartient à un élément :
Le feu brûle dans les plus courageux.
L'eau coule dans les plus calme.
La terre tremble dans les plus déterminés.
L'air souffle dans les plus audacieux.
C'est une règle ancienne. Il n'y avait jamais eu d'erreur. Jusqu'à moi !
 
Le jour de la cérémonie d'attribution, la salle était pleine. Tout le monde attendait son tour avec impatience.
« Nélia Vasterion »
Je sentais les regards posés sur moi. Les Vasterion n'échouaient jamais. On attendait quelque chose de grand. Je me suis approché de la sphère des éléments. La pierre brillait faiblement telle une étoile sur le point de s'éteindre. Je posai la main dessus, le froid me traversa les doigts et se répandit dans tout mon corps. Les lumières vacillaient. Un murmure parcouru la salle. Mais aucun élément n'apparut.
Pas de flammes.
Pas d'eau.
Pas de terre.
Pas de vent.
Rien juste un silence lourd, pesant, profond. Trop profond. Même le tic-tac de l'horloge s'arrêta. Personne ne sembla s'en rendre compte. Tout était immobile comme si le monde avait cessé de respirer. Devant moi, la sphère se fissura lentement. Au centre là où les quatre lumières se rejoignaient, je vis une cinquième lueur argentée apparaître. Puis tout revint, la sphère était intacte. Comme si rien ne s'était passé. Je cru que je devenais folle mais un détail me fit douter, l'horloge ne s'est jamais remis à fonctionner !
Puis des petits détails apparurent. Chaque fois que je passais près d'une horloge son rythme ralentissait et plus les jours passaient plus le silence devenait pesant. Au début je me persuadais que c'était une coïncidence. Mais bientôt ce n'était plus seulement les horloges qui se déréglaient. En passant près d'une plante je vis ses feuilles se faner, comme si elle avait pris plusieurs années en une seconde puis une mèche de mes cheveux devint toute blanche. Alors j'ai commencé à me poser une question.
"Et si je n'étais pas censé appartenir aux quatre éléments ?"
 
Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit, la question restait ancrée dans ma tête. Il fallait que je trouve des réponses. Je me levai discrètement de mon lit est sorti de ma chambre. Dans la bibliothèque il y aura sûrement les réponses à mes questions. Après une heure de recherche dans la bibliothèque, je commençais à désespérer puis je me souvins du regard des professeurs le jour de la cérémonie, il me regardait tous avec peur, comme s'ils savaient quelque chose que j'ignorais. S'il y avait des réponses sur cet étrange pouvoir, elle ne serait pas là où tous les élèves peuvent les trouver. Mais où ?
Je n'ai pas eu besoin de chercher longtemps en sortant de la bibliothèque, je senti quelque chose : l'air était plus froid et les torches vacillaient. Une petite porte argentée se trouvait au bout du couloir, je suis presque sûr qu'elle n'était pas là avant. Je me sentis attiré par cette porte comme à un aimant. Je posai ma main dessus, la même sensation qu'à la cérémonie me traversa. A l'intérieur se trouvait une petite salle circulaire, mes yeux furent attirés par cinq lignes qui se rejoignaient au centre de la pièce quatre étaient bien visible, la cinquième était comme effacé par le temps. Dans un coin il y avait un petit carnet, il semblait vieux, je l'ouvris. Je lus les premières lignes, il parlait de la cérémonie d'attribution, le froid, le silence, les horloges qui s'étaient arrêtées. Tout ce qui m'était arrivé se trouvait dans ce manuscrit. Une phrase m'interpella « Un cinquième élément existe, le Temps. Ils veulent l'effacer mais rien ne disparaît vraiment. »  A ce moment je compris que je n'étais pas une erreur :  mais un lien qui relie ces quatre éléments.
 
Je restais figée, le carnet tremblant dans mes mains.
Soudain j'entendis un bruit derrière moi, je me retournai brusquement
 « Tu n'aurais jamais dû venir ici. »
C'était l'une de mes professeurs. Son regard était inquiet, terrifié même.
« Vous saviez » murmurai-je.
Elle soupira, comme si elle gardait ce secret depuis bien trop longtemps.
« Oui, mais j'espérais que cela ne se reproduise jamais. Malheureusement tu es là, comme tous les gardiens du temps avant toi. Ils ont tous un jour ouvert ce carnet et lu les mêmes phrases que toi. »
« Mais pourquoi le cacher ? »
« Parce que le temps ne se contrôle pas... Il décide. Tous les gardiens du temps ont changé le monde. Le temps est une force extrêmement puissante. »
Le silence revint autour de moi, l'air sembla ralentir, les flammes des torches se figèrent aussi. Même la professeure s'immobilisa.
Je regardai autour de moi, ce n'était pas une malédiction.
C'était moi.
 
Je fis un pas, puis un autre. Au fur et à mesure que j'avançais le temps reprit.
Un sourire se forma sur mes lèvres.
Ils avaient essayé de le cacher. De l'oublier. Mais ils avaient échoué car le temps ne disparaît pas et il ne disparaîtra jamais.
 
La différence n'est pas une faiblesse, c'est une force !

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