L'épopée de Bric-à-brac

En cette journée ensoleillée, je me baladais dans une luxuriante forêt, j'avais mon manteau vert qui dégoulinait à cause de l'humidité qui régnait. La brise soufflait dans les feuilles et l'air humide me caressait la peau. Mais depuis l'automne dernier, les plantes perdaient peu à peu de leur couleur. Cela inquiétait fortement les paysans tels que mon père qui travaillaient à la ferme. J'aimais m'y réfugier pour contempler la rivière. Mais ce matin je ne savais pas encore que mon destin allait chavirer !
Enfin arrivé à la pointe Sud de la forêt où l'on pouvait voir facilement la biodiversité dépérir, je sentis une douleur à ma jambe droite puis à l'autre. Des petites boules de feu fusaient, m'engourdissant un peu plus mon corps tout entier. Elles étaient propulsées par les petits « hommes du feu ». Mon père m'avait raconté que ces derniers, de petits nains rouges, vivaient sur la Plaine des Braises à côté de l'ile d'Aquilin. Mais ces bonhommes ne plaisantaient pas avec moi et finirent par me ligoter à un tronc d'arbre.
Capturé, ils me laissèrent accroché toute la nuit. Je vis de belles loutres qui revenaient d'une pêche intensive, les loutrons s'endormaient sur le dos de leurs parents. Je vis de grands loups qui rentraient d'une chasse fructueuse et des lucioles bavarder au clair de lune. C'était fascinant ! Malgré ce spectacle, je réussis à m'endormir avec l'étrange sensation d'être observé.
Au petit matin, je me suis réveillé tranquillement. A ma grande surprise je me trouvais ailleurs, dans un endroit fait de fer et de marbre rouge. J'ai tout de suite sauté hors du lit sur lequel j'avais apparemment passé la nuit. Brusquement, mes pieds se sont mis à enfler tout en devenant écarlates. Ils brulaient au contact du sol ; l'odeur qui en sortait ressemblait à du reblochon moisi. La porte s'est ouverte et deux petits hommes rouges sont entrés. Ils parlaient à voix basse. Le premier garde, le plus robuste des 2, pris la parole :
- Bonjour, jeûne terrien, le roi en personne veut te voir.
- Et je te conseille vivement de garder tes pieds dans tes chaussures, si tu veux éviter qu'il soit aussi gros que notre rondouillard de roi a ajouté le second garde.
- « Qu'est-ce que je fais ici ? » ai-je dis tout en remontant dans mon lit, afin d'éviter une brulure au troisième degré.
- « Tu es désormais le prisonnier » a continué d'expliquer le premier.
- « Mais ! » me suis-je écrié.
Les deux petits hommes m'ont emmené de force. Plus je bougeais, plus mes liens se resserraient (je n'étais pas le meilleur au cours de karaté). Ils m'ont amené dans la chambre du roi. Il portait une longue tunique, sa barbe rouge-ocre et son gros ventre faisait de lui un personnage troublant. Il dormait dans une pièce étonnement bien rangée. Un des gardes éleva soudainement la voix :
- Monsieur le roi, veuillez recevoir ce prisonnier humain que nous avons capturé dans la forêt.
- Merci Folet.
- « De rien, Sire ! » dit Feu-Folet qui avait toujours les cheveux grillés.
- « Jeune homme ! Peux-tu m'expliquer les raisons de ta venue » dit le roi.
Pétrifié, je lui répondis :
- Je me baladais dans la forêt car je ne savais pas pourquoi elle perdait de ses couleurs. 
- Tu n'avais pas à pénétrer dans la forêt interdite ! Approche, humain. J'ai quelque chose pour toi.
A ma grande surprise, il me donna une lettre et j'ai instantanément reconnu l'écriture de ma mère décédée. Je suis parvenu à l'ouvrir pour la lire, malgré ma stupeur.
Elle disait : « Bric-à-brac, si tu reçois cette lettre, c'est que tu t'es fait malheureusement attrapé par ces lutins du feu. Ne t'inquiète pas pour ça, ils n'aiment pas l'eau. Il y en a des quantités colossales dans les murs en cas d'incendies. Tu devras seulement percer les murs pendant l'absence des gardes. »
Instantanément, je couru dans la chambre où j'avais passé la nuit. Les gardes n'eurent pas le temps de m'arrêter. Mon idée était de percer le mur mais, je ne pouvais pas le trouer à mains nues. Il me fallait un ustensile pointu. Les gardes étaient à mes trousses et je ne disposais pas de beaucoup de temps avant qu'ils ne m'attrapent. Je les entendais déjà arriver, essoufflés. Soudain, je vis une bouteille allongée, qui devait être faite de verre et de basalte. Elle avait l'air résistante, donc je la pris et frappa de toute mes forces sur le mur le plus proche. Malheureusement le mur ne reçut qu'une petite égratignure et les gardes commençaient à enfoncer la porte, je n'avais aucune chance. 
Les hommes venaient d'arriver et ils se jetèrent aussitôt sur moi. J'ai eu le bon réflexe de me baisser et les hommes ont foncés dans le mur, en le fracassant dans un vacarme assourdissant. L'eau jaillit et ils se décomposèrent dans un bruit atroce. Les sbires étaient bel et bien morts. L'eau continuait de dévaler à toute allure dans les couloirs du royaume, en renversant les passants. Tous le monde courait vers les portes de la sortie en priant de ne pas se faire submerger. Mais ils mouraient un par un, sans exception.
Je sortais précipitamment, en rejoignant le chemin où les traces vertes que mon manteau avait laissées auparavant. Sur le chemin, je vis l'arbre sur lequel on m'avait accroché la veille, puis l'endroit ou on m'avait capturé et enfin la pointe Sud de la forêt. Les animaux retrouvaient leurs repères et la flore se reverdissait. C'était un spectacle unique qu'on ne pouvait pas rater. Arrivé presque au premier quart du sentier, je rencontrai des Aqualiens qui m'avaient pisté grâce aux marques laissées. Ils me questionnèrent sur la situation et après quelques explications, ils décidèrent de me raccompagner. J'arriva en un bref instant, car on utilisa leur moyen de transport : le vent. Il nous fit voyager à une vitesse ahurissante. Quant il me déposa chez moi, je vis mon père en train de labourer le champ, je couru vers lui et lui sauta au cou. J'étais si content de le retrouver après toutes ces aventures et je lui promis de ne plus partir sans son autorisation. La forêt était désormais débarrassée de ce puissant maléfice.

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