Le soleil se leva. C'était aujourd'hui. Aujourd'hui que son destin allait bifurquer. Ifya allait découvrir quel élément sommeillait en elle. Quatre possibilités : le feu, l'eau, l'air et la terre. Viendrait ensuite la quête d'un dragon symbole de cet élément. Il lui faudrait trouver la créature qui lui était destinée. Si elle échouait, elle vivrait alors dans l'ombre de la société, condamnée à effectuer les travaux dont personne ne voulait. Si elle y parvenait, elle pourrait être initiée à la maîtrise de son pouvoir élémentaire.
Ifya se tenait dans les rangs à attendre que son tour vienne. Son cœur battait à tout rompre et semblait être sur le point d'éclater. Puis, ce fut à elle. La jeune femme s'avança vers la pierre en forme de rose des vents qui trônait au sol. Celle-ci indiquait le feu, l'eau, l'air et la terre à la place des points cardinaux. Elle posa sa main sur la surface lisse de la roche.
Par une magie venue des temps anciens, la Pierre des Eléments se mit à tourner sur elle-même à une vitesse alarmante. Puis, soudainement, elle s'arrêta. L'élément aligné face à Ifya était l'air.
La foule applaudit et la jeune femme rejoignit le groupe de novices du vent. Elle attendit la fin de la cérémonie en silence, peinant à réaliser qu'elle avait découvert son élément.
Lorsque tout le monde fut passé, une femme avec son dragon les guida jusqu'à un homme perché sur un rocher. Il clama avec force :
« Jeunes novices, je suis le chef des formateurs du vent. Je me nomme Esalyo. Cherchez scrupuleusement et trouvez votre dragon avant le coucher de soleil du solstice d'hiver ! »
Tous partirent en courant dans la direction du repaire des dragons de l'air. Il était le matin du solstice d'été et cela ne leur laissait que peu de temps. Ifya avait prévu que le voyage serait long et en conséquence, préparé un cheval et des vivres. Elle enfourcha sa monture et partit au trot.
Deux lunes étaient passées lorsqu'elle arriva au pied de la plus haute montagne des environs. La jeune femme avait distancé les autres grâce à son aisance à cheval. Pour atteindre le sommet, il lui faudrait emprunter un sentier escarpé qui serpentait au milieu des roches et flirtait parfois avec le vide.
Alors qu'elle approchait du point culminant et que les températures chutaient, Ifya découvrit que le chemin s'était éboulé sur plusieurs mètres. Elle dut se résoudre à libérer son cheval et se charger des paquetages les plus indispensables que la bête transportait. Elle coinça ses mains dans les aspérités de la falaise et, pas à pas, commença à traverser. Le vide s'étendait sous elle et la moindre chute lui serait fatale. A mi-chemin, son pied glissa et elle se rattrapa tant bien que mal à la roche. Elle réussit toutefois à traverser sans encombre.
Ifya atteignit le sommet, repaire des dragons de l'air. Le nid était vide et elle attendit leur retour. Elle observait au loin les majestueuses silhouettes des bêtes à l'envergure titanesque. Elles se rapprochaient à vue d'œil.
Les créatures se posèrent dans de gracieux battements d'ailes, créant des bourrasques qui firent vaciller la jeune femme. Les dragons la repérèrent et tournèrent vers elle un œil menaçant. Elle recula de quelques pas et se retrouva acculée contre la roche. Une bête donna un coup de griffe pour éliminer cette intruse mais Ifya l'esquiva d'une roulade au sol. La créature recommença et la jeune femme fit un bond sur le côté. Mais elle ne fut pas assez rapide et la pointe lui écorcha le bras droit. Sa blessure la faisait souffrir et elle prit ses jambes à son cou. Elle allait s'échapper lorsque l'un d'entre eux lui barra le passage. Il était plus petit que ses congénères, sans doute plus jeune, et la regardait d'un air curieux. Elle tira de son sac des fruits qu'elle tendit aux créatures comme une offrande. Celles-ci les reniflèrent et se désintéressèrent d'elle, sauf ce dernier qui continuait de l'observer.
La jeune femme avança lentement et tendit la main vers ce dragon qui, malgré sa petite taille, était tout de même haut de plus de dix pieds. Il baissa la tête et Ifya posa sa paume sur son museau. Dès qu'elle entra en contact avec les écailles de la bête, une intense lumière émana des deux êtres. Un étrange symbole représentant une étoile au milieu d'une spirale ornait leurs fronts respectifs.
La jeune femme entendit distinctement dans sa tête la voix de sa dragonne lui dire :
« Bienvenue Ifya. Je me nomme Eolia. Je t'attendais. Il était temps que nos chemins se croisent. »
De son museau, la créature l'invita à monter. Ifya comprit immédiatement. Elle escalada la patte d'Eolia et s'installa sur son dos. La jeune femme agrippa l'un de ses pics dorsaux et la dragonne s'élança dans le ciel. Ifya ne put retenir un cri. Puis, elle savoura la sensation de voler. Ses cheveux lui fouettaient le visage. Elle éclata d'un rire franc et sonore. Au-dessus des nuages, elle se sentait libre et avait l'impression que plus rien ne serait impossible. Elle était à sa place.
Ifya sourit : elle avait trouvé sa dragonne et un destin radieux s'offrait à elles.