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L'écho du casier 412

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Histoires Jeunesse - 11-14 Ans (Cycle 4) Collections thématiques
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Le collège Boboto dans le quartier de la Gombe à Kinshasa possédait des couloirs qui semblaient avoir été construits pour abriter des secrets. Derrière les murs épais de ce vieux bâtiment, la chaleur de l'après-midi restait piégée, mêlée à l'odeur de la craie et au bourdonnement lointain des climatiseurs fatigués. Inès, élève de troisième, se rendait à son casier, le 410. Il se trouvait juste à côté d'une relique métallique que personne n'utilisait plus : le casier numéro 412.​ Le 412 était un monument à lui tout seul, couvert de vieux autocollants de la FIKIN, la Foire internationale de Kinshasa, et de logos de groupes de rumba. Ce lundi, alors qu'un orage typique de Kinshasa se préparait à éclater, un grincement surprit Inès. La porte du casier 412, rongée par l'humidité, céda brusquement. Un objet tomba sur le carrelage. C'était un baladeur cassette en plastique jaune, un « Walkman » comme disent les vieux.
 
​Intriguée, Inès le ramassa, mit le casque et appuya sur « Play ». Un souffle de friture remplit ses oreilles, puis une voix de garçon surgit. Une voix jeune, pleine d'une énergie joyeuse.
​— Awa nde Hugo ! Ici Hugo, en direct de la chambre la plus chaude de Limete ! On est le 15 mai 1994. Si tu écoutes ça, c'est que le casier 412 a enfin rendu mon trésor. Kinshasa, mboka kitoko ! La ville est électrique ce soir, on entend la musique de Papa Wemba qui s'échappe des bars de Matonge jusqu'ici...
​Inès sentit son cœur rater un battement. 1994 ? La voix reprit :
​— Demain, c'est le chaos assuré au collège. Le grand manguier de la cour va perdre une branche énorme pendant la récré. C'est mawa, c'est triste, mais cet arbre est fatigué. Et Monsieur M'Bolo va arriver en classe avec une chaussure noire et une chaussure marron parce qu'il n'y avait plus de lumière chez lui. Omoni ? C'est écrit !
 
​Le lendemain, l'impossible se produisit. À dix heures pile, un craquement sec déchira le ciel : une branche massive du manguier s'écrasa sur le sol. Dix minutes plus tard, Monsieur M'Bolo entrait en classe avec une chaussure noire à gauche et un mocassin brun à droite. Inès comprit que ce n'était pas une simple cassette.
 
​Le soir, une fois chez elle, elle remit ses écouteurs et continua d'écouter la cassette. Hugo parlait de ses rêves. Il voulait devenir architecte pour transformer la ville. Il parlait aussi de Clara, une fille dont le rire « ressemblait au tintement des verres au Grand Hôtel ».
 
​Inès décida de répondre. Elle écrivit sur un papier : « Je t'entends, Hugo. Ndeko na ngai, mon ami, on est en 2026. Ce que tu as prédit est arrivé hier au collège. Le casier 412 nous parle encore. Tu n'es pas seul dans le noir. » Elle glissa le mot dans le casier. Le lendemain, une nouvelle cassette l'attendait.
​— Sôlo ? C'est la vérité ? 2026 ? s'exclama Hugo, la voix tremblante. C'est encore arrivé ? Le manguier a encore perdu une branche pendant la récré ? 2026, tu dis ? Moning'ami, mon amie, dis-moi, est-ce qu'on vole enfin dans des voitures ? Ici, mon père veut que je parte étudier en Europe. Nalingi kokende te, Inès. Je ne veux pas quitter Kin, ni Clara. Dis-moi que le futur est beau, s'il te plaît.
​Inès lui parla de tout. Des téléphones, d'Internet, mais surtout de l'espoir kinois. Elle lui dit de parler à Clara, de ne pas avoir peur. Le vendredi, une autre cassette était là, le son presque effacé.
​— Je l'ai fait, Inès ! J'ai parlé à Clara. On a regardé les bateaux-mouches passer sur le fleuve. Nakotikala awa, je vais rester ici. Je vais bâtir cette ville. J'ai laissé un cadeau pour toi au fond du casier. Une promesse de 1994.
 
​Inès trouva une petite clé et un croquis : un bâtiment magnifique en forme de voile de bateau. En bas, une adresse : Boulevard du 30 Juin, Immeuble Horizon.
​Le samedi, Inès se rendit à l'adresse indiquée et reconnut immédiatement le bâtiment. À l'entrée, sur une plaque de marbre, elle lut : « Cabinet Vallet & Associés – Hugo Vallet, Architecte. » Elle entra dans le hall frais. Une femme aux cheveux gris l'accueillit avec un sourire familier.
​— Je peux vous aider, jeune fille ?
​— Je... je voulais voir l'architecte, répondit Inès, émue.
​— Mon mari est en réunion, mais n'hésitez pas à repasser.
 
​Inès sortit du bâtiment. Dans sa poche, le baladeur jaune semblait vibrer. Hugo n'était plus une voix lointaine ; il était le bâtisseur de son présent. Elle regarda la foule, les klaxons, les rires, et comprit qu'elle faisait partie d'une grande symphonie, reliée par un fil d'or à un garçon qui, trente ans plus tôt, avait osé rêver en Lingala pour elle. Kinshasa makambo !

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