Salut, moi c'est Julie. Je suis comptable (ce n'est pas mon métier de rêve) et écologiste à mes heures perdues. Post-scriptum : bénévole. Je vais vous raconter une drôle d'histoire, à vous de la croire ou non. Il s'agit d'une petite mésaventure qui m'est arrivée, il y a quelque temps, sept ou huit mois, je pense... enfin je m'égare. C'était un samedi ou un dimanche, il faisait beau : je m'étais inscrite à un évènement écologiste. Il faut dire que je ne savais pas trop quoi faire de moi pendant mes congés... Il fallait rester cinq jours en forêt pour méditer et militer contre la déforestation. Au fait, j'ai oublié de vous dire, j'ai 23 ans. Cet évènement s'appelait « l'écho-cinq jours ». L'organisation nous regroupait par cinq et on m'avait positionnée dans un groupe avec quatre autres personnes : un garçon et une fille que je ne connaissais pas, ma meilleure amie Emma, et... mon ex ! Oui, mon ex, celui-là même qui m'avait cassé trois côtes et cramé le bras avec une clope. En bref, j'étais en crise de panique intérieure. Heureusement, Emma était là ; mais quand il m'a fait un signe de main et qu'il m'a dit : « Salut Julie », d'un petit ton détaché, comme si de rien n'était, c'en était trop. J'ai quitté le campement ou plutôt, pour vous dire la vérité, j'ai pris mes jambes à mon cou et je suis partie en courant dans les bois.
Heureusement, Emma m'a suivie. Mon ex, lui, n'a rien compris. Au bout de vingt minutes (plutôt cinq, d'accord, j'exagère un peu mais quand on court, tout paraît plus long, non ?), Emma a réussi à m'arrêter en criant en perdre haleine : « Ju-liiiiie, stop ! On est ooooù ? ». Et là, je me rends compte qu'on devait être perdues, ou disons que nous étions au milieu de nulle part. On était perdues dans la forêt. Et là, ça craint, même pour des écologistes. Surtout pour des écologistes ! Personnellement, j'ai la trouille des bestioles, de toute taille. Quelle panique ! Je ne sens plus mes jambes, le temps s'arrête dans ma tête. J'aperçois une lumière étrange dans un tronc creux, je m'approche, je suis comme dans du coton. On dirait une fée, oui, une fée, une petite fée verte et bleue. J'avais l'impression d'être en plein trip. Une fée élémentaire : est-ce la fée des éléments déchaînés, genre tsunami, tremblement de terre, incendie ou ouragan ? ou alors la fée des éléments pacifiques, plutôt cascade qui chante, pierres qui roulent, feu de camp et brise douce ? J'essaye de lui parler mais les mots ne sortent pas de ma bouche. J'aimerais tellement lui demander comment sortir de là mais on ne peut pas demander ce genre de choses aux fées de la nature, cela ne se fait pas. « Tout droit », me crie la fée. Depuis quand les fées crient ? Plus rien ne va en ce bas-monde. Je veux répondre, questionner, parler mais j'ouvre la bouche et je me noie, je me noie, c'est la fée du tsunami, c'est certain !
Une giclée d'eau me surprend et surtout me tire de là. Plus de forêt épaisse, plus de fée volante mais plusieurs visages penchés sur moi : Emma, limite en colère, avec des éclairs de panique sous les paupières, le feu incarné ; l'autre fille, détachée, comme un petit nuage ; le jeune homme inconnu, placide, droit dans ses baskets, les pieds sur terre ; et mon ex, le tee-shirt tout mouillé et l'air hagard. Cet imbécile n'a rien trouvé de mieux que d'essayer de me faire revenir à moi en me balançant sa gourde d'eau à la figure mais, maladroit comme pas deux, il en a pris autant que moi. Tu m'étonnes : mes côtes et mon bras ont déjà fait les frais de sa maladive maladresse. Rien qu'à l'idée de passer cinq jours avec lui dans les bois, j'ai perdu pied et connaissance. Son karma, c'est la bombe atomique de la poisse ; rester à côté de lui relève de l'opération kamikaze !
Il y a donc sept ou huit mois, j'ai participé à l'opération « l'écho-cinq jours » ; au fond des bois, je n'ai pas vraiment entendu la voix du feu, de l'air, de la terre et de l'eau. Je n'ai pas trop médité non plus. J'ai surtout essayé de survivre avec quatre autres personnes aux catastrophes et aux dommages collatéraux d'un garçon pas comme les autres. On a passé tous ensemble un bon moment dans la nature (même s'il y a décidément trop de bestioles à mon goût !). On est reparti un peu plus écolo-convaincus et un peu moins con-écolo-vaincus.
Je n'ai pas revu la petite fée des éléments, je suis sûre qu'elle avait un message pour moi, son écho-écolo. La prochaine fois, peut-être. Vivement le prochain évènement ! C'est élémentaire, mon cher !