Kanoa, choisie par le feu

Je brûle. JE BRÛLE ! C'est la première chose qui vint à mon esprit alors que je clignais des yeux, tirée de mon sommeil par la douleur. J'avais l'impression que quelqu'un avait allumé un brasier à l'intérieur de mon corps, me consumant muscles après muscles. Je me forçais à me ressaisir, lentement je pris conscience d'où je me trouvais... et ce n'était pas rassurant. Au-dessus de moi, je ne trouvais pas le plafond de ma chambre mais le ciel teinté du rose de l'aube. Avec précaution, je me mis debout et la souffrance que j'avais ressentie en me réveillant s'estompa aussitôt. Je reconnu alors la plage de sable noir qui se situait au nord-est de l'île. Elle se séparait en deux parties : l'une n'était pas atteignable depuis la terre à cause des montagnes qui l'encerclaient. Celles-ci la rendaient également difficile d'accès depuis l'océan à cause de la crique au passage étroit qu'elles formaient. La deuxième partie nécessitait de traverser une végétation si dense qu'un mètre semblait s'étendre sur un kilomètre. Cerise sur le gâteau, la plage appartenait à une réserve protégée : les seules « routes » y menant étaient les chemins de randonnée ; et ils étaient loin d'être pratiques. Personne ne venait jamais ici. Alors comment avais-je fait pour me retrouver là ? Seule et sans aucun souvenir de la nuit précédente ? La dernière chose dont je me rappelais c'était de m'être rendue à la fête pour la fin des cours de Maria et... Maria ! Je devais rester dormir chez elle ! J'aperçus mon sac à main quelques mètres derrière moi. Je me dépêchais de l'attraper et me saisis de mon téléphone à l'intérieur. Une dizaine de messages non-lus s'affichèrent sur l'écran, tous de Maria. Le dernier disait :
Kanoa, je n'apprécie pas trop que tu m'ignores comme ça... T'as intérêt à être en sécurité parce que si tu n'es pas rentrée d'ici 4h du matin, je réveille toute l'île pour partir à ta recherche !
Je vérifiais rapidement l'heure :3h15. Ça allait être serré mais je devrais être capable de rentrer à temps. J'avais presque atteint l'horaire limite du SMS lorsque j'arrivais enfin à la maison de mon amie. Celle-ci m'attendait patiemment assise sur un tabouret de la cuisine. « - Je ne sais pas ce qui t'est passé par la tête, débuta-t-elle, mais tu as énormément de chance que je n'ai pas prévenu tes parents de ta soudaine escapade. » Elle me dévisagea de la tête aux pieds avant d'ajouter, radoucie : « - Tu sais quoi, je t'autorise à faire un passage salle de bain avant de tout me raconter en détail. Tu mets du sable partout. » Je ne pris même pas la peine de protester, de toute façon elle avait raison, et pris le chemin de ladite salle de bain. Une fois lavée, je lui expliquai le trou de mémoire qui avait remplacé la soirée dernière. Elle m'expliqua que tout allait bien jusqu'à minuit où j'avais soudainement disparue sans prévenir. Désignant ma cheville, elle me demanda si j'avais oublié ça aussi. Je remarquai pour la première fois le bracelet en fils tissés qui l'ornait. Je ne l'avais jamais vu. Elle ne s'attarda néanmoins pas sur l'objet, son visage s'était assombri d'un coup. Pendant mon absence, nous avions perdu la conteuse de l'île, Nell. Mon cœur se serra à ces mots. Nell était âgée mais elle comptait énormément pour tous les habitants : c'était elle, la gardienne des traditions.
Je passai le reste de la journée dans un brouillard flou, accablée par des migraines dont je ne savais pas la source. Ce soir-là, je fis des rêves étranges : mes mains étaient en feu et Nell me demandait de me rendre au plus vite dans un endroit dont je n'arrivais pas à comprendre le nom. Je me réveillais en sursaut, le bracelet à ma cheville semblait m'envoyer une pulsation à travers tout mon corps. Il me pressait de sortir, de le laisser me guider. Sans réfléchir, je me mis à courir, sachant instinctivement où il voulait que j'aille. Je me déplaçais si vite que je ne voyais pas ce qu'il y avait autour de moi. Quand je m'arrêtais enfin, je su immédiatement que j'étais dans la crique inaccessible, sans même y être jamais allée. Devant moi, trois femmes et l'une d'elles n'étaient autre que...Maria !« -Qu'est ce qui m'arrive ? », bégayai-je. Une des deux autres femmes pris alors la parole : « -Nous sommes les gardiennes des quatre éléments. Nous avons été choisies par les esprits de la nature pour en préserver son équilibre. Tu es l'une des notre à présent, le bijou que tu portes en est la preuve.
-Ta perte de mémoire et tout ce que tu as pu ressentir aujourd'hui était ton épreuve pour savoir si tu étais digne de ce rôle et tu l'as réussi ! D'ailleurs tes souvenirs devraient te revenir », intervint-Maria. Comme si ces paroles étaient magiques, tout me revint en bloc : la veille je m'étais rendu chez Nell sans savoir pourquoi. Elle m'avait donné le bracelet en murmurant que j'avais été désignée pour la remplacer. Elle m'avait ensuite demandé de me rendre à la plage de sable noir avant le lever du soleil, disant que mon avenir en dépendait. « -Nell était comme vous n'est-ce pas ? C'était elle la quatrième gardienne. », affirmai-je. Ce fut la troisième femme, celle qui n'avait pas encore parlé, qui me répondit : « -Elle maîtrisait le feu. Mais elle savait qu'il était temps qu'elle passe le flambeau à une nouvelle personne. Cette nouvelle personne c'est toi. Nous t'apprendrons à contrôler ton élément et à communiquer avec les esprits si tu embrasses ton rôle de gardienne. Cependant tu n'as qu'un mot à dire si ce n'est pas ce que tu désires. Aussi je vais te poser une unique question : acceptes-tu cette destinée ? »  C'était une décision difficile qui aurait un impact majeur sur le restant de ma vie et j'avais fait mon choix. Je répondis, sous le regard bienveillant des trois femmes : « -Oui. » 

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