Toute histoire commence un jour, quelque part et finit un jour, quelque part. Tout le monde en a une à raconter dans ce monde perdu.
C’était un jour de l’hivernage. Ce jour-là, une brève pluie torrentielle s’était abattue sur Conakry tôt, à la fraîche, avant de céder à un crachin. Je me suis réveillé un peu en retard après avoir dormi comme une pierre. J’avais cours. Surpris de mon retard, je rente dans la douche pour me brosser les dents et me doucher aussi promptement que proprement. Je sors pour enfiler un pantalon jean bleu et une chemise noire à la va-vite. Je porte une paire de godasses noires de marque « NIKE » que j’aimais d’ailleurs porter souventes fois. Je pris mon sac pour le porter au dos avant de prendre le chemin de la fac.
Au dehors, ça crachinait toujours. Le soleil était invisible sur la voute céleste. Mais on sentait quand même l’avancée du jour. Je craignais d’être mouillé avant mon arrivée à ma destination. Je trottinai, puis courus, mais lentement, pour traverser les ruelles en sautant sur les flaques d’eaux, qui grouillaient le sol partout, avant d’arriver au bord de l’autoroute. Il y avait un sacré embouteillage. Les taxis étaient rares. Sauf les quelques-uns qui passaient, mais déjà remplis. Impatient, j’avais hâte d’en avoir. C’est au bout d’une longue attente que j’ai finis par en gagner. Je m’y embarquai pour ma destination.
Arrivé, le mobile me déposa devant la cour de l’université. Une jeune fille, qui avait un parapluie déployé au-dessus d’elle, trottinait pour rentrer dans la cour. Je la signalai de m’attendre. Elle s’arrêta. Je vins me mettre à l’abri du crachin, qui ne cessait d’importuner mes paupières, à côté d’elle sous le parapluie. Tous mes cheveux étaient mouillés. Des gouttelettes d’eau perlaient sur tout mon visage. Ravi, je chuchotai un petit merci à son endroit. Elle m’a répondu : « de rien ». Elle sentait le bon parfum. Son odeur embaumait tout notre parage. La jeune fille était belle et élégante. Elle était ornée par des jolies couleurs : le noir ébène de ses longues mèches qui couvraient toutes ses épaules, le roux qui enduisait ses babines, l’eye-liner noir qui fardait ses yeux, ses bijoux dorés, sans oublier l’azur de ses yeux chatoyants... J’étais appâté par son simple contact. J’ai soudainement eu un faible pour elle. J’étais épris face à son charme d’angelet, face à son élégance, à l’arôme qui émanait de son corps. Je sentais mon cœur excité, qui faisait des bonds intermittents dans ma poitrine, alors qu’on cheminait pour rejoindre nos salles de classe.
-Je suis Ibrahim Keita, étudiant en troisième année médecine, fis-je épris.
-Je me nomme Fati Diallo, étudiante en licence 2 de la biochimie, répondit-elle.
-Enchanté, fis-je en lui tendant ma main.
On se serra bien la main.
-Tu étudies ici, pourtant je n’ai pas l’habitude de te voir, dis-je.
- Oui, c’est parce qu’il y a beaucoup de monde ici.
-C’est exact.
Un silence s’observa alors qu’on continuait à cheminer.
-Sincèrement, tu es belle Fati, fis-je dans le ton placide d’un épris.
Sous l’effet de ma phrase qui la chatouilla à plus d’un titre, elle éclata aussitôt d’un léger sourire. Un sourire qui mettait en évidence la blancheur de ses incisives et ses jolies fossettes creusées au milieu de ses joues. Les femmes aiment être flattées. Elles aiment qu’on leur dise qu’elles sont belles. Ravie, Fati me susurra un sincère merci. Je lui ai aussi répondu : « de rien ».
Nous arrivâmes devant leur salle de classe. Elle m’a dit qu’elle était désolée, qu’elle devait aller en classe. Je lui ai répondu que c’était gentil pour le service qu’elle m’a rendu et que ce fut un énorme plaisir de partager ce minuscule moment avec elle. Je lui ai tendu mon téléphone intelligent et lui dis d’y composer son numéro. Elle le prit, pianota sur son écran tactile pour laisser apparaitre son numéro avant de me le retourner. Elle me quitta, se dandina sur son talon aiguille pour rentrer en classe alors que je restais planté sous le fin crachin en train d’admirer son arrière-train. Elle m’avait hypnotisé. Il a fallu au moins toute une minute entière pour que je sorte de cette torpeur d’amour pour aller en classe.
Après les cours, je vins au restaurant « Fille d’Elite » de l’université. C’était un restaurant bien convoité et très achalandé. C’était mon coin préféré parmi une pléthore. J’appelai Fati, par un coup de fil, et l’invitai de m’y rejoindre. Quelques minutes après, je l’aperçus arrêtée au seuil de la porte en train de jeter des coups de regard partout dans le resto. Elle me cherchait. Je branlai ma main dans l’air pour attirer son attention. Elle m’a aperçu aussitôt. Elle dépassa quelques gens attablés avant de me rejoindre. Avec un geste de ma main, je lui fais comprendre de s’assoir. Elle prit place en face de moi, à l’autre bout de la table.
-Tu veux prendre quoi ?
-Je veux prendre une boisson.
-Et de la frite, ça te dit ?
-Non, juste ça c’est bon.
-Moi, j’ai la dalle. Il me faut du lourd.
-Tant mieux !
Je commandai un plat de frite avec du poulet et deux boites de jus « XXL ». Elle prit alors sa part de jus, l’ouvrit pour remplir un verre avant de se mettre à buvoter cette rasade. Et moi, très avide, je mélangeais les morceaux de poulet à la frite avant d’en avaler goulument des fourchetées. J’avais une faim de loup.
J’étais bien repu après avoir fini de manger. J’ouvris ma boite de jus, le déversai dans un verre avant de me mettre à le siroter aussi. Fati était penchée sur son mobilophone. Elle continuait à pitonner sur l’écran tactile de ce dernier, alors que j’avais mon regard perdu sur elle. Je restai à admirer la poulette de tout amour. Sa beauté et son élégance me charmaient. Elle était d’une noirceur très particulière. Fasciné, ce fut comme si cette noirceur de sa peau émettait une lueur magique qui retenait mon regard perdu sur elle. Tout d’un coup, elle souleva sa tête pour surprendre mon regard hagard.
-Quoi ? Fit-elle. Qu’est ce qui ne va pas ?
Je sursautai instinctivement avant de revenir à moi.
-Non rien, bredouillai-je.
-Arrête alors de me regarder comme une bête curieuse !
-Sauf que tu n’es pas la bête curieuse, fis-je après avoir éclaté d’un léger sourire. Tu es plutôt d’une beauté exceptionnelle. Sincèrement, tu me plais beaucoup.
Elle me fixa longuement après que je lui ai fait ces compliments. Elle étouffait des légers sourires itérativement comme si mes mots lui ont causé un effet.
-Quoi ? Dis-je légèrement estomaqué par ses itératifs sourires. Ai-je tort ?
-Non rien. Ça fait plaisir, sois sûr !
-Alors acceptes-tu de sortir avec moi ?
-Je voudrais bien, mais désolée j’ai déjà quelqu’un dans ma vie.
C’est ce que disent toutes filles quand on les accoste pour la première fois. Mais dans ce cas-ci, je m’en battais les steaks. Peu me chaut qu’elle soit avec quelqu’un ou pas, moi en tout cas je voulais d’elle. Alors je fis fi de sa réponse pour tenter de la convaincre. Elle me disait qu’elle me préférait être une simple amie. Mais moi je voulais lui être plus qu’un simple ami. Je voulais être son amour.
Deux mois écoulèrent alors que je gardais contact avec Fati. On se passait des coups de fil. On se côtoyait. On partait souvent boire un coup ensemble au même restaurant. Mais elle n’avait toujours pas accepté de sortir avec moi. Elle voulait m’être une simple amie, rien d’autre qu’une simple amie. Et moi je voulais être plus qu’un simple ami.
Nous étions maintenant en mois de décembre. On se préparait pour fêter la fin d’année. Je l’ai invité au réveillon qui serait organisé à l’hôtel « RIVERA » dans la nuit du 31 décembre. Sans la moindre hésitation, elle a accepté mon invitation. J’avais cru pourtant qu’elle ne l’accepterait pas. Puisqu’en fin d’année chacun sort avec son jules. On aime célébrer cette belle fête avec son bienaimé. Pourquoi a-t-elle alors accepté mon invitation alors qu’elle devrait être avec son petit copain ?
Le temps passe vite. Le 31 décembre était enfin arrivé. Je devais sortir la nuit avec Fati. Au matin bonne heure, j’ai reçu son coup de fil. Elle m’a dit de lui donner deux cents mille francs guinéennes pour qu’elle se coiffe. J’étais un pauvre étudiant. Je lui ai dit que je ne pouvais lui donner que la moitié de ce qu’elle m’a demandé. Elle était d’accord. Elle m’a dit qu’elle venait chez moi pour récupérer les cent mille francs. Une heure après, elle m’appela qu’elle était déjà devant ma cour. Je sors pour lui remettre la somme promise. Elle était toute enchantée.
-Merci beaucoup Ibrahim, fit-elle ravie.
-Oublie cette effusion et va te rendre plus belle, fis-je en minaudant.
Un léger sourire remua ses lèvres avant qu’elle ne dise :
- Dis-moi où et à quelle heure devons-nous se rencontrer ?
-Déjà ledit hôtel est dans ton quartier, dis-je. Tu pourras m’y attendre à 22h.
-On est d’accord ?
-Oui on est d’accord.
A la nuit tombée, je me préparais pour aller au réveillon. Il était déjà 22h. Fati m’a appelé qu’elle était déjà là, il y’a longtemps. Je me précipitais. J’avais hâte de la rejoindre. J’avais fini de m’habiller et tout. Je vins au bord de l’autoroute. Je cherchais un taxi pour rejoindre la belle Fati qui était impatiente. Mais je peinais d’en gagner. Il y avait un sacré bouchon. La ville était mouvementée. Les taxis étaient rares. Pourtant j’étais pressé comme un diarrhéique. Il m’a fallu attendre trente minutes après pour en avoir. J’avais gagné un taxi. Mais à cause du bouchon, la circulation trainait. J’aurais dû sortir tôt, si j’avais su. Que faire ? Fati serait rouge de colère contre moi. Elle l’était d’ailleurs. Je le sentais à travers ses coups de fil itératifs, mais aussi à travers son intonation hargneuse. Elle m’écriait au téléphone. Je la suppliais de se patienter. Elle était à bout de la patience.
J’ai fait plus d’une heure dans l’embouteillage avant d’y arriver enfin. Il était presque 00h. Arrivé, Fati ne voulait plus m’accueillir. Elle était toute emportée. Je l’ai salué. Elle ne m’a pas répondu. Elle restait arrêtée, emportée contre ma foutue personne d’avoir lui gâché ce beau jour de l’année. Elle était encore plus belle cette nuit-là. Coiffée d’une mèche noire, elle portait une robe rose qui moulait bien son corps. Comme toujours, elle portait un talon aiguille noir qui était bien assorti avec sa sacoche noire. Quant à moi, j’avais porté une veste noire avec une chemise rose au-dessous. Nous étions tous habillés en rose-noire, comme si le hasard a voulu que nous portions les mêmes couleurs cette nuit.
-Tu m’as ennuyé, dit-elle nerveusement. Tu aurais dû être ici tôt. Maintenant ça ne sert à rien de rester, je veux rentrer chez moi.
-Non, s’il te plait, dis-je d’une voix placide. Je suis vraiment désolé. Tu as raison, mais restons s’il te plait. La fête c’est pour toute la nuitée.
Elle était toujours rouge de colère. Je la suppliais de rester. J’ai envoyé ma main à son endroit dans le dessein de tapoter son épaule, histoire de lui prouver que j’étais sincèrement navré d’avoir accusé du retard. Elle repoussa brusquement ma main en disant :
-Ne me touche pas ! C’est parce que tu étais dans un premier programme avant de venir ici.
-Non, c’est...
-N’essaie même pas de prétexter ! Tu étais chez ta sale garce. C’est ça la vérité.
Quoi ? Qu’ai-je compris ? Elle était donc jalouse de moi. J’en étais sûr. Pourtant j’ai appris qu’une fille jalouse est une fille amoureuse. Fati serait alors amoureuse de moi ? J’en étais fortement certain. J’essayais alors de la convaincre. Je lui expliquais les circonstances qui m’ont mis en retard. Soudain, les feux d’artifice commencèrent à exploser dans l’air.
-La ferme et approche, fit-elle en me tirant brusquement vers elle ! Ne dis plus rien !
Elle saisit avidement mes lèvres des siennes et m’embrassa chaudement. Elle m’étreignait entre ses bras et je faisais autant. On resta en train de se bécoter pendant toute la première minute du nouvel an. J’étais juste estomaqué. Pourtant cela n’était pas du tout prévu. Elle avait dit qu’elle préférait être mon amie. C’était donc une sortie entre amis en ce que je sache. Mais après qu’elle m’a embrassé chaudement, je n’avais plus rien à radoter. Ce geste en disait long. Elle venait de m’insinuer qu’elle avait accepté d’être ma petite amie.
On avait cessé de s’embrasser. J’étais juste agréable. Je m’éclatais dans un tourbillon de joie infinie. Les feux d’artifice avaient cessé d’exploser dans l’espace. J’empoignai Fati. On marchait pour rejoindre la foule festive à l’autre côté. Soudain, elle s’achoppa sur un caillou qui découla le talon de sa chaussure droite.
-Ma chaussure est gâtée, fit-elle en se courbant pour la ramasser.
-Je suis désolé, dis-je. Qu’allons-nous faire maintenant ?
-Je ne sais pas...
-Allons chez toi, tu vas porter une autre !
-Non, allons plutôt chez toi ! Je n’ai d’ailleurs plus envie de continuer cette pourrie fête.
Nous quittâmes l’hôtel pour venir chez moi. Nous restâmes alors dans ma chambre en train de causer. Elle restait allongée dans mon lit alors que j’étais assis dans une chaise à côté. Elle se leva pour enlever sa robe avant d’attacher ma serviette pour revenir s’allonger. Elle m’a dit qu’elle se sentait seule, de venir me coucher à côté d’elle. Je fis ainsi. Je m’étais rhabillé en culotte et en débardeur. Je restais allongé tout près d’elle. Je sentais la chaleur de son corps me fouetter. Elle s’approcha de moi et commença à m’embrasser. Elle fourrait sa langue jusqu’au fond de ma gorge. Mon cœur s’accélérait, ma respiration également. Je devenais chaud. Je sentais l’adrénaline. In fine, on a fait l’amour.
Le lendemain, dans l’après-midi, Fati me trouva chez moi. Elle me dit qu’elle s’ennuyait sans moi, qu’elle voulait qu’on parte se flâner dans la ville. Nous sortîmes pour la promenade. Nous restions au bord de la route en train de marcher fièrement sur le trottoir. Ça faisait plaisir ! Je sentais la beauté de la vie. Soudain on entendit un bruit derrière nous. Le temps pour nous de tourner, un minibus vint nous percuter pour nous jeter dans le caniveau. J’étais terrifié. Le sang giclait partout. J’étais conscient, mais choqué. Par contre Fati sombrait dans l’inconscience. On nous a pris en urgence pour nous amener à l’hôpital. Moi je n’avais que quelques écorchures à ma tempe. Je me suis alors rétabli promptement. Mais Fati reste toujours inconsciente. Les médecins disent qu’elle a subi un traumatisme grave, que la probabilité est moins forte pour qu’elle s’en sorte. Elle est toujours dans le coma depuis ce jour. Grace à cette terrible embardée je risque de la perdre. Juste une embardée veut éteindre la flamme de notre belle romance à un stade précoce. Je suis désespéré comme un poussin orphelin. J’ai le moral à zéro. Je ne cesse de larmoyer. Je ne veux pas qu’elle parte, ma bien-aimée Fati. Ça serait trop tôt ! Il faut qu’elle me revienne...
C’était un jour de l’hivernage. Ce jour-là, une brève pluie torrentielle s’était abattue sur Conakry tôt, à la fraîche, avant de céder à un crachin. Je me suis réveillé un peu en retard après avoir dormi comme une pierre. J’avais cours. Surpris de mon retard, je rente dans la douche pour me brosser les dents et me doucher aussi promptement que proprement. Je sors pour enfiler un pantalon jean bleu et une chemise noire à la va-vite. Je porte une paire de godasses noires de marque « NIKE » que j’aimais d’ailleurs porter souventes fois. Je pris mon sac pour le porter au dos avant de prendre le chemin de la fac.
Au dehors, ça crachinait toujours. Le soleil était invisible sur la voute céleste. Mais on sentait quand même l’avancée du jour. Je craignais d’être mouillé avant mon arrivée à ma destination. Je trottinai, puis courus, mais lentement, pour traverser les ruelles en sautant sur les flaques d’eaux, qui grouillaient le sol partout, avant d’arriver au bord de l’autoroute. Il y avait un sacré embouteillage. Les taxis étaient rares. Sauf les quelques-uns qui passaient, mais déjà remplis. Impatient, j’avais hâte d’en avoir. C’est au bout d’une longue attente que j’ai finis par en gagner. Je m’y embarquai pour ma destination.
Arrivé, le mobile me déposa devant la cour de l’université. Une jeune fille, qui avait un parapluie déployé au-dessus d’elle, trottinait pour rentrer dans la cour. Je la signalai de m’attendre. Elle s’arrêta. Je vins me mettre à l’abri du crachin, qui ne cessait d’importuner mes paupières, à côté d’elle sous le parapluie. Tous mes cheveux étaient mouillés. Des gouttelettes d’eau perlaient sur tout mon visage. Ravi, je chuchotai un petit merci à son endroit. Elle m’a répondu : « de rien ». Elle sentait le bon parfum. Son odeur embaumait tout notre parage. La jeune fille était belle et élégante. Elle était ornée par des jolies couleurs : le noir ébène de ses longues mèches qui couvraient toutes ses épaules, le roux qui enduisait ses babines, l’eye-liner noir qui fardait ses yeux, ses bijoux dorés, sans oublier l’azur de ses yeux chatoyants... J’étais appâté par son simple contact. J’ai soudainement eu un faible pour elle. J’étais épris face à son charme d’angelet, face à son élégance, à l’arôme qui émanait de son corps. Je sentais mon cœur excité, qui faisait des bonds intermittents dans ma poitrine, alors qu’on cheminait pour rejoindre nos salles de classe.
-Je suis Ibrahim Keita, étudiant en troisième année médecine, fis-je épris.
-Je me nomme Fati Diallo, étudiante en licence 2 de la biochimie, répondit-elle.
-Enchanté, fis-je en lui tendant ma main.
On se serra bien la main.
-Tu étudies ici, pourtant je n’ai pas l’habitude de te voir, dis-je.
- Oui, c’est parce qu’il y a beaucoup de monde ici.
-C’est exact.
Un silence s’observa alors qu’on continuait à cheminer.
-Sincèrement, tu es belle Fati, fis-je dans le ton placide d’un épris.
Sous l’effet de ma phrase qui la chatouilla à plus d’un titre, elle éclata aussitôt d’un léger sourire. Un sourire qui mettait en évidence la blancheur de ses incisives et ses jolies fossettes creusées au milieu de ses joues. Les femmes aiment être flattées. Elles aiment qu’on leur dise qu’elles sont belles. Ravie, Fati me susurra un sincère merci. Je lui ai aussi répondu : « de rien ».
Nous arrivâmes devant leur salle de classe. Elle m’a dit qu’elle était désolée, qu’elle devait aller en classe. Je lui ai répondu que c’était gentil pour le service qu’elle m’a rendu et que ce fut un énorme plaisir de partager ce minuscule moment avec elle. Je lui ai tendu mon téléphone intelligent et lui dis d’y composer son numéro. Elle le prit, pianota sur son écran tactile pour laisser apparaitre son numéro avant de me le retourner. Elle me quitta, se dandina sur son talon aiguille pour rentrer en classe alors que je restais planté sous le fin crachin en train d’admirer son arrière-train. Elle m’avait hypnotisé. Il a fallu au moins toute une minute entière pour que je sorte de cette torpeur d’amour pour aller en classe.
Après les cours, je vins au restaurant « Fille d’Elite » de l’université. C’était un restaurant bien convoité et très achalandé. C’était mon coin préféré parmi une pléthore. J’appelai Fati, par un coup de fil, et l’invitai de m’y rejoindre. Quelques minutes après, je l’aperçus arrêtée au seuil de la porte en train de jeter des coups de regard partout dans le resto. Elle me cherchait. Je branlai ma main dans l’air pour attirer son attention. Elle m’a aperçu aussitôt. Elle dépassa quelques gens attablés avant de me rejoindre. Avec un geste de ma main, je lui fais comprendre de s’assoir. Elle prit place en face de moi, à l’autre bout de la table.
-Tu veux prendre quoi ?
-Je veux prendre une boisson.
-Et de la frite, ça te dit ?
-Non, juste ça c’est bon.
-Moi, j’ai la dalle. Il me faut du lourd.
-Tant mieux !
Je commandai un plat de frite avec du poulet et deux boites de jus « XXL ». Elle prit alors sa part de jus, l’ouvrit pour remplir un verre avant de se mettre à buvoter cette rasade. Et moi, très avide, je mélangeais les morceaux de poulet à la frite avant d’en avaler goulument des fourchetées. J’avais une faim de loup.
J’étais bien repu après avoir fini de manger. J’ouvris ma boite de jus, le déversai dans un verre avant de me mettre à le siroter aussi. Fati était penchée sur son mobilophone. Elle continuait à pitonner sur l’écran tactile de ce dernier, alors que j’avais mon regard perdu sur elle. Je restai à admirer la poulette de tout amour. Sa beauté et son élégance me charmaient. Elle était d’une noirceur très particulière. Fasciné, ce fut comme si cette noirceur de sa peau émettait une lueur magique qui retenait mon regard perdu sur elle. Tout d’un coup, elle souleva sa tête pour surprendre mon regard hagard.
-Quoi ? Fit-elle. Qu’est ce qui ne va pas ?
Je sursautai instinctivement avant de revenir à moi.
-Non rien, bredouillai-je.
-Arrête alors de me regarder comme une bête curieuse !
-Sauf que tu n’es pas la bête curieuse, fis-je après avoir éclaté d’un léger sourire. Tu es plutôt d’une beauté exceptionnelle. Sincèrement, tu me plais beaucoup.
Elle me fixa longuement après que je lui ai fait ces compliments. Elle étouffait des légers sourires itérativement comme si mes mots lui ont causé un effet.
-Quoi ? Dis-je légèrement estomaqué par ses itératifs sourires. Ai-je tort ?
-Non rien. Ça fait plaisir, sois sûr !
-Alors acceptes-tu de sortir avec moi ?
-Je voudrais bien, mais désolée j’ai déjà quelqu’un dans ma vie.
C’est ce que disent toutes filles quand on les accoste pour la première fois. Mais dans ce cas-ci, je m’en battais les steaks. Peu me chaut qu’elle soit avec quelqu’un ou pas, moi en tout cas je voulais d’elle. Alors je fis fi de sa réponse pour tenter de la convaincre. Elle me disait qu’elle me préférait être une simple amie. Mais moi je voulais lui être plus qu’un simple ami. Je voulais être son amour.
Deux mois écoulèrent alors que je gardais contact avec Fati. On se passait des coups de fil. On se côtoyait. On partait souvent boire un coup ensemble au même restaurant. Mais elle n’avait toujours pas accepté de sortir avec moi. Elle voulait m’être une simple amie, rien d’autre qu’une simple amie. Et moi je voulais être plus qu’un simple ami.
Nous étions maintenant en mois de décembre. On se préparait pour fêter la fin d’année. Je l’ai invité au réveillon qui serait organisé à l’hôtel « RIVERA » dans la nuit du 31 décembre. Sans la moindre hésitation, elle a accepté mon invitation. J’avais cru pourtant qu’elle ne l’accepterait pas. Puisqu’en fin d’année chacun sort avec son jules. On aime célébrer cette belle fête avec son bienaimé. Pourquoi a-t-elle alors accepté mon invitation alors qu’elle devrait être avec son petit copain ?
Le temps passe vite. Le 31 décembre était enfin arrivé. Je devais sortir la nuit avec Fati. Au matin bonne heure, j’ai reçu son coup de fil. Elle m’a dit de lui donner deux cents mille francs guinéennes pour qu’elle se coiffe. J’étais un pauvre étudiant. Je lui ai dit que je ne pouvais lui donner que la moitié de ce qu’elle m’a demandé. Elle était d’accord. Elle m’a dit qu’elle venait chez moi pour récupérer les cent mille francs. Une heure après, elle m’appela qu’elle était déjà devant ma cour. Je sors pour lui remettre la somme promise. Elle était toute enchantée.
-Merci beaucoup Ibrahim, fit-elle ravie.
-Oublie cette effusion et va te rendre plus belle, fis-je en minaudant.
Un léger sourire remua ses lèvres avant qu’elle ne dise :
- Dis-moi où et à quelle heure devons-nous se rencontrer ?
-Déjà ledit hôtel est dans ton quartier, dis-je. Tu pourras m’y attendre à 22h.
-On est d’accord ?
-Oui on est d’accord.
A la nuit tombée, je me préparais pour aller au réveillon. Il était déjà 22h. Fati m’a appelé qu’elle était déjà là, il y’a longtemps. Je me précipitais. J’avais hâte de la rejoindre. J’avais fini de m’habiller et tout. Je vins au bord de l’autoroute. Je cherchais un taxi pour rejoindre la belle Fati qui était impatiente. Mais je peinais d’en gagner. Il y avait un sacré bouchon. La ville était mouvementée. Les taxis étaient rares. Pourtant j’étais pressé comme un diarrhéique. Il m’a fallu attendre trente minutes après pour en avoir. J’avais gagné un taxi. Mais à cause du bouchon, la circulation trainait. J’aurais dû sortir tôt, si j’avais su. Que faire ? Fati serait rouge de colère contre moi. Elle l’était d’ailleurs. Je le sentais à travers ses coups de fil itératifs, mais aussi à travers son intonation hargneuse. Elle m’écriait au téléphone. Je la suppliais de se patienter. Elle était à bout de la patience.
J’ai fait plus d’une heure dans l’embouteillage avant d’y arriver enfin. Il était presque 00h. Arrivé, Fati ne voulait plus m’accueillir. Elle était toute emportée. Je l’ai salué. Elle ne m’a pas répondu. Elle restait arrêtée, emportée contre ma foutue personne d’avoir lui gâché ce beau jour de l’année. Elle était encore plus belle cette nuit-là. Coiffée d’une mèche noire, elle portait une robe rose qui moulait bien son corps. Comme toujours, elle portait un talon aiguille noir qui était bien assorti avec sa sacoche noire. Quant à moi, j’avais porté une veste noire avec une chemise rose au-dessous. Nous étions tous habillés en rose-noire, comme si le hasard a voulu que nous portions les mêmes couleurs cette nuit.
-Tu m’as ennuyé, dit-elle nerveusement. Tu aurais dû être ici tôt. Maintenant ça ne sert à rien de rester, je veux rentrer chez moi.
-Non, s’il te plait, dis-je d’une voix placide. Je suis vraiment désolé. Tu as raison, mais restons s’il te plait. La fête c’est pour toute la nuitée.
Elle était toujours rouge de colère. Je la suppliais de rester. J’ai envoyé ma main à son endroit dans le dessein de tapoter son épaule, histoire de lui prouver que j’étais sincèrement navré d’avoir accusé du retard. Elle repoussa brusquement ma main en disant :
-Ne me touche pas ! C’est parce que tu étais dans un premier programme avant de venir ici.
-Non, c’est...
-N’essaie même pas de prétexter ! Tu étais chez ta sale garce. C’est ça la vérité.
Quoi ? Qu’ai-je compris ? Elle était donc jalouse de moi. J’en étais sûr. Pourtant j’ai appris qu’une fille jalouse est une fille amoureuse. Fati serait alors amoureuse de moi ? J’en étais fortement certain. J’essayais alors de la convaincre. Je lui expliquais les circonstances qui m’ont mis en retard. Soudain, les feux d’artifice commencèrent à exploser dans l’air.
-La ferme et approche, fit-elle en me tirant brusquement vers elle ! Ne dis plus rien !
Elle saisit avidement mes lèvres des siennes et m’embrassa chaudement. Elle m’étreignait entre ses bras et je faisais autant. On resta en train de se bécoter pendant toute la première minute du nouvel an. J’étais juste estomaqué. Pourtant cela n’était pas du tout prévu. Elle avait dit qu’elle préférait être mon amie. C’était donc une sortie entre amis en ce que je sache. Mais après qu’elle m’a embrassé chaudement, je n’avais plus rien à radoter. Ce geste en disait long. Elle venait de m’insinuer qu’elle avait accepté d’être ma petite amie.
On avait cessé de s’embrasser. J’étais juste agréable. Je m’éclatais dans un tourbillon de joie infinie. Les feux d’artifice avaient cessé d’exploser dans l’espace. J’empoignai Fati. On marchait pour rejoindre la foule festive à l’autre côté. Soudain, elle s’achoppa sur un caillou qui découla le talon de sa chaussure droite.
-Ma chaussure est gâtée, fit-elle en se courbant pour la ramasser.
-Je suis désolé, dis-je. Qu’allons-nous faire maintenant ?
-Je ne sais pas...
-Allons chez toi, tu vas porter une autre !
-Non, allons plutôt chez toi ! Je n’ai d’ailleurs plus envie de continuer cette pourrie fête.
Nous quittâmes l’hôtel pour venir chez moi. Nous restâmes alors dans ma chambre en train de causer. Elle restait allongée dans mon lit alors que j’étais assis dans une chaise à côté. Elle se leva pour enlever sa robe avant d’attacher ma serviette pour revenir s’allonger. Elle m’a dit qu’elle se sentait seule, de venir me coucher à côté d’elle. Je fis ainsi. Je m’étais rhabillé en culotte et en débardeur. Je restais allongé tout près d’elle. Je sentais la chaleur de son corps me fouetter. Elle s’approcha de moi et commença à m’embrasser. Elle fourrait sa langue jusqu’au fond de ma gorge. Mon cœur s’accélérait, ma respiration également. Je devenais chaud. Je sentais l’adrénaline. In fine, on a fait l’amour.
Le lendemain, dans l’après-midi, Fati me trouva chez moi. Elle me dit qu’elle s’ennuyait sans moi, qu’elle voulait qu’on parte se flâner dans la ville. Nous sortîmes pour la promenade. Nous restions au bord de la route en train de marcher fièrement sur le trottoir. Ça faisait plaisir ! Je sentais la beauté de la vie. Soudain on entendit un bruit derrière nous. Le temps pour nous de tourner, un minibus vint nous percuter pour nous jeter dans le caniveau. J’étais terrifié. Le sang giclait partout. J’étais conscient, mais choqué. Par contre Fati sombrait dans l’inconscience. On nous a pris en urgence pour nous amener à l’hôpital. Moi je n’avais que quelques écorchures à ma tempe. Je me suis alors rétabli promptement. Mais Fati reste toujours inconsciente. Les médecins disent qu’elle a subi un traumatisme grave, que la probabilité est moins forte pour qu’elle s’en sorte. Elle est toujours dans le coma depuis ce jour. Grace à cette terrible embardée je risque de la perdre. Juste une embardée veut éteindre la flamme de notre belle romance à un stade précoce. Je suis désespéré comme un poussin orphelin. J’ai le moral à zéro. Je ne cesse de larmoyer. Je ne veux pas qu’elle parte, ma bien-aimée Fati. Ça serait trop tôt ! Il faut qu’elle me revienne...