Cette œuvre est
à retrouver dans nos collections
Nouvelles - Littérature Générale
Collections thématiques
- Humour - Tout Public
- Nouveau Départ
J'ai appris ma mort un lundi, jour des mauvaises nouvelles. Au courrier, une lettre grise, sans parfum ni remords : « Suite à votre décès... » J'ai vérifié dans le miroir. Toujours vivant, mal rasé, moral flou. Un mort en bonne santé.
À la Sécu, la dame m'a regardé comme un revenant mal poli.
— Vous êtes décédé le 14 mars.
— Ah, j'ai dû manquer l'enterrement.
Elle n'a pas ri. L'administration, c'est du jazz sans swing.
Tout venait d'un homonyme. Même nom, même prénom, même année. Lui avait eu la décence de mourir pour de bon. Moi, j'avais hérité de la paperasse. Plus de carte Vitale, plus de compte bancaire, plus d'existence fiscale. Le fisc me pleurait à peine.
Dans l'ascenseur de la préfecture, je me suis regardé descendre comme un cercueil vertical.
J'ai tenté de ressusciter. Acte de naissance, factures, photos de vacances moches. Rien n'y faisait. Officiellement, j'étais un souvenir. Mon banquier m'a présenté ses condoléances avant de fermer mon compte. Classe.
Le bon côté ? Plus d'impôts. Plus d'amendes. J'ai traversé la vie sans rien payer, vécu sans laisser d'adresse. Un fantôme en liberté conditionnelle. J'ai même dragué en disant la vérité :
— Je suis mort.
Étrangement, ça marchait.
Puis un jour, appel de la mairie. Le bug était réparé. On me rendait à la vie. Papiers neufs, existence actualisée.
— Vous signez là.
J'ai hésité. Être vivant, c'est beaucoup d'obligations.
J'ai demandé une minute. Je suis sorti fumer. J'ai regardé le ciel. Puis je suis parti.
Depuis, je vis officiellement décédé.
C'est fou comme on respire mieux quand on n'existe plus.
© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation