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Jade

J’ai étudié l’histoire contemporaine avant de raconter mes propres histoires. Enseignant et auteur de fictions courtes, j’ai été publié en 2016 après une mention littéraire obtenue lors de mon premier concours de nouvelles. Depuis, j’écris régulièrement et participe à des concours, dont Jazz en mots, remporté en 2025. J’aime les histoires simples, les personnages fragiles et les détours…
Être intérimaire, c'est rencontrer beaucoup de personnes différentes. Et les oublier aussi rapidement.
 
C'est mon premier jour à mon nouveau travail. C'est la pause de dix heures. Je remarque immédiatement cette fille.
 
Elle est assise sur une palette en bois. Elle est en train de fumer une cigarette. Elle tient une bouteille d'Oasis tropical entre ses genoux. Elle porte un t-shirt blanc trop grand et taché. Elle porte aussi un vieux jean et des baskets usées.
 
Elle s'appelle Jade. Elle ne dit jamais bonjour.
 
Moi, c'est Élise. Toute la journée, je mets des étiquettes sur des colis.
 
***
 
Le deuxième jour, Jade me propose des chips goût barbecue.
 
Elle me dit :
— T'as une tête à aimer les trucs bizarres.
 
Je souris. Elle s'assoit à côté de moi. On partage un paquet de chips. Puis, on reste côte à côte, en silence.
 
Les jours qui suivent sont tous pareils. Jade et moi, on travaille ensemble. On mange ensemble. Puis on parle de tout et de rien.
 
Jade dit souvent des phrases énigmatiques, comme :
— Le chef, on dirait un tube de dentifrice vide. On le presse, mais rien ne sort.
 
Ou encore :
— Le monde est mal rangé mais les cartons doivent être droits. Finalement, rien n'a de sens mais tout le monde veut de l'alignement.
 
Jade parle beaucoup mais elle ne dit pas grand-chose sur elle.
 
Un midi, en mangeant un sandwich sans goût, je lui demande :
— Tu es en couple ?
 
Elle hausse les épaules, sans me regarder. Puis elle répond :
— Non. J'ai toujours trop de doutes. Je n'ai pas assez de place dans ma vie pour une relation amoureuse.
Jade sourit. C'est comme si elle venait de comprendre quelque chose.
Je la trouve belle. Même en sueur. Même avec les doigts noircis par l'encre des colis.
 
***
 
Un jeudi, il se met à pleuvoir. Jade et moi, on se met à l'abri. Nos épaules se touchent un peu. Elle dit :
— Moi, j'aime pas les gens qui posent des questions dont ils connaissent déjà la réponse.
 
Je lui réponds :
— Et moi, j'aime bien les silences.
 
Jade a tiré sur sa cigarette avant de dire :
— Alors on est deux.
 
***
 
Le lendemain, elle ne vient pas au travail. Ni le jour d'après.
 
Sur la palette en bois où on s'asseyait tout le temps, je trouve un sachet de chips vide. Sur le paquet, il y a un post-it rose.
 
Et sur le post-it il est écrit : « C'était simple avec toi. C'est rare. »
 
À l'arrière, il y a son numéro de téléphone.
 
 
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Cette œuvre est une adaptation de la nouvelle Oasis tiède de Jean-Baptiste Chronopoulos.

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