Ma mère est morte quand j'avais dix-sept ans. Le jour de son enterrement, je n'ai pas pleuré. Tout le monde disait que j'étais forte, mais la vérité, c'est que quelque chose brûlait déjà en moi. Ce n'est que quelques semaines plus tard que j'ai compris. Le Feu, il vivait réellement en moi, dans ma poitrine, prêt à jaillir au moindre excès d'émotion. Ma mère le savait. Elle me l'avait laissé en héritage, sans explication, sans adieu. Depuis, je vis avec cette chaleur constante, cette peur de perdre le contrôle. Aimer, s'énerver, souffrir : tout est devenu dangereux. Et pourtant, chaque matin, je retourne au lycée, je fais comme si tout était normal, comme si j'étais normale, mais si j'ai l'impression d'être une bombe. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il va tout faire exploser. Je me retiens de m'effondrer en classe, chaque mot, chaque geste, devient un calcul minutieux : je ne peux laisser le Feu s'échapper. Même un regard un peu trop insistant suffit à le réveiller. À la fin de la journée, je rentre seule chez moi. Je réalise que personne ne sait ce que je suis devenue. Personne ne doit le savoir. Et moi... je ne sais pas si je veux continuer à vivre ainsi. Le lendemain, un nouveau garçon est arrivé en classe. Il se nomme Isaac, cheveux noirs et des yeux bleus profonds. Tout en lui respirait le calme, le contraire de moi. Il s'assoit derrière moi et chuchote :
- Tu ne devrais pas t'énerver autant... Je vois le Feu en toi. Tu n'as pas à te cacher, tu sais.
Mon cœur s'emballe. Qui est-il pour dire ça ? Je détourne le regard. Durant toute la semaine, il est partout : dans la cour, dans les couloirs, toujours un pas derrière moi. Il ne parle pas aux autres, juste à moi. Et chaque jour qui passait, son regard me suivait, implacable et silencieux, jusqu'à ce que je me rende compte que je ne pouvais plus l'ignorer. Tout a basculé un vendredi après-midi. Mon copain m'avait encore reproché quelque chose de ridicule, et je sentais le Feu bouillir dans ma poitrine, la colère m'a submergée, mes mains étaient brûlantes, mes yeux rouges de fureur. Je ne contrôle plus rien... Et avant même que je réalise, une flamme éclate de mes mains, et le frappe. La douleur dans son cri me glace le sang. Je recule, horrifiée de moi-même. Puis une présence froide m'enveloppe : Isaac. J'aurais dû m'en douter qu'il contrôlait l'eau et immédiatement, le tumulte se calme. Il se dirige vers mon copain et sa brûlure disparaît
- Arrête... respire... murmure-t-il, tu comprends maintenant le danger que tu représentes ?
Je le regarde, tremblante, réalisant que le Feu en moi n'est pas une force que je contrôle, mais un danger capable de tout détruire. Pour protéger ceux que j'aime, je n'ai plus le choix. Et c'est là que je comprends, au fond de moi : le monde que je connaissais est terminé. Je suivais Isaac à travers un portail lumineux et la ville que j'avais devant mes yeux semblait flotter au-dessus de nuages.
- Bienvenue dans mon monde, ici, ton Feu sera compris... et contrôlé.
Je regarde autour de moi, méfiante. Isaac posa ses mains sur mes épaules. Ses yeux étaient calmes, mais il y avait cette intensité qui me donnait l'impression qu'il voyait tout ce qui bouillonnait en moi.
- Écoute-moi, Pearl, dit-il doucement. Ce monde n'est pas comme le tien. Ton Feu n'est pas dangereux... pas si tu apprends à l'équilibrer avec les autres éléments.
- Mais... je... Je brûle tout autour de moi. Même sans le vouloir, je détruis tout.
- Peut-être que tu crois ça... mais chaque élément a besoin de toi. Et toi, tu as besoin d'eux.
- Alors... Qu'est-ce que je dois faire en premier ? ai-je murmuré.
Isaac a pointé vers une passerelle qui menait à un jardin, où une silhouette flottait au-dessus du sol. Ses cheveux ondulaient dans le vent, et ses yeux pétillaient de malice.
- Tu dois rencontrer Aeris, a-t-il expliqué. L'Air. Elle te testera, te défiera... et te forcera à contrôler ce que tu crois incontrôlable.
Je ne savais pas ce que ce test allait me coûter... mais pour la première fois depuis longtemps, j'ai senti de l'espoir. Je me suis avancée sur la passerelle, prête à affronter l'Air... et moi-même.
- Eh bien... dit-elle, tu dois être Pearl. Le Feu, oui ? Tu ne sembles pas très stable.
- Et alors ? ai-je répondu, plus froidement que je l'aurais voulu.
Avant que je ne puisse réagir, une bourrasque me projeta en arrière. J'ai trébuché, mes bras s'agitant pour me rattraper, mais le Feu a jailli, un petit éclat incontrôlable qui a brûlé l'air autour de moi. Aeris a tendu les mains, et le vent s'est transformé en un cocon autour de moi, absorbant la chaleur de mon Feu.
- Respire. L'Air n'est pas ton ennemi.
J'ai inspiré, lentement, chaque souffle me brûlant la poitrine. Et pour la première fois, j'ai senti quelque chose en moi changer. Comme si l'Air et le Feu pouvaient exister ensemble, sans que l'un ne dévore l'autre. Aeris a souri, approchant.
- Bien. Continue. Ressens le vent, écoute-le et laisse-le entrer pour t'équilibrer.
C'était terrifiant... et fascinant. Je savais que si je réussissais, je commencerais à devenir ce que ma mère avait voulu que je sois. J'ai fermé les yeux et laissé le vent m'envelopper, et pour la première fois, le Feu en moi n'a pas rugi. Il a simplement... dansé. Et quand j'ouvris les yeux, l'air était en moi. Je me suis retourné et j'ai rejoint Isaac. Nous sommes ensuite allés rencontrer la Terre, rien de bien compliqué, et je l'acquis en deux temps trois mouvements et quelque chose en moi s'est apaisé. Je me suis tournée vers Isaac. Il ne souriait plus.
- C'est fini ? J'ai tout... non ?
- Il manque l'Eau.
- Mais... Tu es là.
- Justement.
- Non...ai-je murmuré. Tu ne peux pas être...
Les larmes ont coulé sans que je puisse les arrêter. J'ai fait un pas vers lui, puis me suis arrêtée.
- Tu le savais depuis le début...
- Je ne suis pas venu pour te sauver. Je suis venu pour être choisi.
J'ai tendu la main, les yeux noyés de larmes. Mon cœur voulait l'amour, mon destin exigeait le sacrifice, et je ne savais pas lequel me détruirait le moins.