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Histoires Jeunesse - 8-11 Ans (Cycle 3)
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Comme chaque matin, Gauvain nettoyait ses bottes, assis devant sa maison. Il faut dire qu'avec elles à ses pieds, il était le chevalier le plus élégant du royaume (ce qui était facile vu qu'il était le seul). Il n'empêche, passer la brosse à reluire n'était pas sa tâche préférée. Il avait soif de batailles !
Il cracha un bon coup sur le cuir de loup qu'il avait lui-même découpé après un terrible combat et continua sa besogne. Quand soudain, une voix puissante résonna :
— Gauvain !
On l'appelait au château. Vu la puissance du cri, Gauvain comprit que l'affaire était de la plus haute importance. Il répondit immédiatement à l'appel en rêvant déjà aux dangereux combats qui l'attendaient.
Dans la salle du trône, le Roi avait l'air catastrophé. Il marchait dans tous les sens, lisant et relisant le message qu'un pigeon voyageur lui avait apporté. Dès qu'il vit Gauvain, il lui confia :
— Mon fidèle chevalier, te voilà enfin. J'ai une mission pour toi !
Gauvain s'imagina aussitôt parcourant le royaume pour affronter un dragon cracheur de feu ou un énorme ogre affamé. Ou mieux encore, un énorme dragon affamé, cracheur de feu !
Mais ce que lui annonça le Roi se révéla encore plus effrayant :
— C'est ma fille Aliénor, elle est en danger de mort !
Ce à quoi Gauvain répondit :
— Encore ?
Gauvain se rappela les missions qu'il avait accomplies ces derniers mois.
En janvier, voyant le lac gelé, Aliénor avait voulu vérifier si la couche de glace était assez solide pour marcher dessus. La réponse fut non. C'était Gauvain qui avait dû nager dans l'eau glacée pour la secourir.
En février, alors qu'elle cherchait en vain des fraises, Aliénor s'était perdue en pleine tempête de neige. Une fois encore, c'était Gauvain qui l'avait ramenée, sans qu'Aliénor n'ait le moindre orteil gelé.
En mars, la fille du Roi avait voulu vérifier si la Grotte des Chauves-Souris n'abriterait pas une licorne. Évidemment, elle n'en trouva pas... mais les chauves-souris, elles, furent ravies de trouver Aliénor. Et qui le Roi appela-t-il une nouvelle fois à la rescousse ? Gauvain !
C'est pour cette raison que, cette fois-ci, le chevalier dit au Roi :
— Qu'est-ce qui lui arrive encore ?
Mais le Roi n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche, Gauvain lui-même répondit à sa propre question :
— Est-elle allée voir la sorcière Raspougnasse pour lui emprunter un balai ? Ou se faire cuire des saucisses dans le cratère du volcan ? Ou visiter...
Le Roi l'interrompit :
— Non, elle a été enlevée par Normand de Bavreux, mon grand rival !
Sans réfléchir, Gauvain lâcha :
— Grand bien lui fasse ! Qu'il la garde !
Le Roi protesta :
— Comment ?
Gauvain ajouta :
— Oui Sire, j'ose le dire. Je n'en peux plus de sauver votre fille ! On dirait qu'elle fait exprès de se mettre dans des situations dangereuses.
En entendant son chevalier préféré parler ainsi, le Roi ne sut comment réagir.
Après un court silence, il commença par essayer d'attendrir Gauvain.
— Je reconnais qu'elle se retrouve souvent dans des situations compliquées. Mais je crois qu'elle fait cela parce qu'elle vous aime bien et qu'elle veut attirer votre attention.
Cet argument ne convainquit pas du tout le chevalier :
— Peut-être... mais moi je ne l'aime pas ! Je n'en peux plus de l'entendre s'exclamer à chaque fois que je la sauve : « Mon grand et beau chevalier ! », « Que ferais-je sans vous ? ». C'est non ! Je n'irai pas la sauver cette fois-ci.
Le Roi se mit alors en colère :
— Gauvain, c'est un ordre. Filez la sauver ou je vous jette au cachot !
Sans hésiter, Gauvain lança :
— Va pour le cachot !
Aussitôt, Gauvain fut conduit dans les oubliettes du château.
Le lieu était certes sinistre mais, au moins, aucune princesse ne vous y cassait les oreilles.
Gauvain apprécia le calme de l'endroit mais un peu moins les repas au pain sec et à l'eau qu'on lui apportait depuis plusieurs semaines.
***
Un jour, une voix familière le réveilla :
— Oh mon grand et beau chevalier ! Je suis enfin libre, et c'est grâce à vous !
Gauvain crut qu'il rêvait. Mais non, c'était bien la voix énervante de la princesse qu'il entendait. Et elle était là, devant ses yeux.
— Je leur ai tellement parlé de vous que les soldats du Comte de Bavreux ont accepté de me relâcher pour que nous puissions nous retrouver.
Gauvain comprit aussitôt : si la princesse avait retrouvé sa liberté, c'était parce que les gardes n'en pouvaient plus de l'entendre jacasser ! Comme il les comprenait.
La princesse ajouta :
— Comme récompense, j'ai demandé à mon père que nous puissions nous marier tous les deux. Et il a accepté !
Oh non, quel cauchemar ! Gauvain réfléchit et déclara :
— Formidable ! Délivrez-moi vite et filons à l'église sans attendre. Si vous saviez comme j'ai hâte que vous deveniez ma femme !
Comblée par cette nouvelle, la princesse se hâta de chercher les clés. Mais, une fois libre, Gauvain dérogea à sa promesse : il s'enfuit le plus loin et le plus vite qu'il put.
Il n'épousa pas la princesse, ils n'eurent aucun enfant et Gauvain fut très heureux ainsi !
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Illustration : Mathilde Ernst