Elle monte dans son bus. Ce matin de printemps est comme les autres. Partout autour d'elle, les montagnes verdissent, les parterres fleurissent, les champs se parent de pissenlits et l'air est parfumé par les fleurs. Elle lève les yeux. Elle s'imagine marcher dans les airs, poussée par le vent, dans un monde où le feu n'est pas dangereux et où l'on ne manque pas d'eau, où les terres sont parées de fleurs de toutes les couleurs. Elle aimerait s'envoler, contrôler le feu ou l'eau, les plantes, la terre,... rejoindre un monde où dans l'horizon on voit des bulles d'eau, de fleurs, de feu, de glace, d'air parfumé, de terre,...
Mais elle est une simple collégienne prisonnière à jamais de la dure histoire écrite par l'humanité. Elle est cet enfant abandonné par l'innocence, une prisonnière de la réalité. Elle est jeune mais sur ses frêles épaules reposent des vies. A sa cheville, au bout d'une chaîne invisible, s'alourdit le boulet de ses remords.
Elle aimerait vivre sans remords, sans gaspillage. S'amuser avec les flammes, les pierres. Vivre dans l'insouciance d'une simple adolescente sur laquelle le sort de personne ne repose par son confort égoïste. Parler, rire et oublier le sort du monde. Elle aimerait voyager autour du monde en passant par le Japon, l'Écosse, et la Norvège, faire un détour par le royaume d'Hélios et l'île de la Nébuleuse. Elle aimerait rencontrer les pirates de l'air de l'équipage de l'héliotrope, de la mer avec l'équipage du dolfin. Et pourquoi pas, remonter le temps pour jouer avec les intrigues de cours, les empoisonnements... Porter des vêtements souillés par le bonheur et non par la sueur.
Elle aimerait voler pour s'occuper des oiseaux, nager pour rencontrer Némo et creuser pour compter une berceuse aux jeunes graines. Elle aimerait s'envoler sur le soleil, bronzer, dompter une jungle remplie de plantes inconnues, skier sur une montagne depuis laquelle le paysage la ferait rêver, voir un jour prendre vie ces horizons aux couleurs de gemmes et aux reflets d'arcs-en-ciel générés par l'informatique. Voir ces fleurs de pastel prendre vie et s'échapper du tableau.
Peut-être aimera-t-elle la vie dans ces conditions ?
Pourtant, elle n'est pas à plaindre. Elle a une grande maison de bois et de pierres majestueuses, avec un jardin de fleurs aux couleurs de coucher de soleil et une piscine à l'eau claire.
Elle ré-ouvre ses yeux. En-dessous d'elle, son corps, les yeux fermés, paisible, taché de sang. Un camion a percuté sa vitre, elle s'envole de plus en plus haut, de plus en plus loin de son enveloppe terrestre. Elle s'est enfin envolée.