Bibop, le meilleur ami de demain

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Histoires Jeunesse :
  • 8-11 ans (cycle 3)
Cette nuit, je me débarrasse de ce satané robot, j'en fais la promesse.
 
Nous sommes à table, en train de manger un horrible repas à base de brocolis. Tout ça, à cause de cet idiot de Bibop qui joue les enfants modèles et propose toujours des repas équilibrés. Depuis son irruption dans ma vie, je rêve en permanence d'une barquette de frites et de nuggets.
— Julien, finis ton assiette si tu veux jouer à ta console demain. 
J'acquiesce machinalement sans quitter du regard ce tas de ferraille que je supporte depuis un mois. Mes parents souhaitaient me faire une surprise pour mon anniversaire. Ils ont sauté sur l'occasion en découvrant qu'une entreprise vendait des robots comme compagnons de jeux pour les enfants.
Au début, j'étais enthousiaste. Un robot, même aussi petit que moi, était forcément plus fort et plus intelligent qu'un humain. Je comptais sur lui pour m'aider à me venger des autres enfants du quartier qui m'embêtent tout le temps. Mais Bibop ne veut enfreindre aucune règle. Comment terroriser mes ennemis s'il refuse de sortir sa scie circulaire pour les menacer ?
— Seulement dans les cas d'urgence, maître Julien.
Apparemment, le fait qu'une bande de brutes me pique mon goûter ne rentre pas dans ce cadre.
Le souvenir de ces mésaventures me coupe un peu l'appétit, mais je fais un gros effort pour avaler les derniers légumes présents dans mon assiette. C'est un mince prix à payer, je ne dois éveiller aucun soupçon.
Lorsque Bibop propose que lui et moi débarrassions la table, je lui jette un regard assassin. J'espère qu'il a bien profité de son repas, c'était le dernier.
 
Il est huit heures, j'entends mes parents qui regardent la télévision dans le salon. Je peux enclencher mon plan. 
J'avais remarqué que papa et maman étaient tout contents que le petit robot soit capable de réparer l'électroménager et Bibop ne résistera sûrement pas à une nouvelle occasion de les satisfaire.
Il est assis sur mon lit, silencieux. Je pourrais presque oublier son existence si, régulièrement, il ne débranchait pas ma console de jeux à cause des consignes de papa qui souhaite que je privilégie les livres. Un vrai lèche-bottes !
— Bibop, maman souhaite que tu jettes un coup d'œil à la machine à laver qui ne fonctionne plus.
— Elle ne m'a pas informé de cela au moment du dîner.
Je ne l'explique pas comment, mais je sens une pointe de méfiance dans ce timbre de voix métallique qui est pourtant toujours le même. Heureusement, mes méninges trouvent vite une riposte.
— Elle m'en a parlé quand elle et moi nous brossions les dents. Et vu que tu n'as pas de dents... Tu n'étais pas là...
Il reste immobile un instant, et je crains que ma réponse ne soit pas convaincante. Finalement, il répond :
— C'est logique. Je vais regarder ça.
 
J'accompagne Bibop jusqu'à la buanderie. Son premier réflexe est de retirer un boîtier à l'extérieur pour l'inspecter, mais je m'empresse de lui préciser que le souci est à l'intérieur. Cette remarque stimule sa curiosité. Ce n'est pas tous les jours qu'il a la chance de résoudre un problème difficile.
Je l'entends farfouiller quelques secondes au fond de la machine, puis sa voix résonne :
— Vous êtes sûr que c'est ici, maître Julien ? Je ne vois rien d'anormal. 
Je ne réponds rien et je m'empresse de refermer le hublot derrière lui avant d'activer la machine à sa puissance maximale.
— Maître Julien, je crois m'être enfermé par accident. Pouvez-vous m'aider ?
Je me contente d'ignorer la demande de Bibop pendant que le niveau de l'eau monte à l'intérieur et que mon ennemi commence à tourner dans tous les sens. Triomphant, je me permets une petite danse de la victoire.
Mais une alarme s'enclenche soudain. J'ai peur un instant que la machine soit sur le point d'exploser, mais je découvre que c'est Bibop qui brille d'une vive lumière rouge.
— Qu'est-ce que c'est que ce vacarme, là-haut ?
J'entends mes parents dans l'escalier qui doivent s'inquiéter du bruit qui devient de plus en plus assourdissant. Ils ne doivent pas arriver trop tôt, sinon mon plan va échouer.
Je n'ai pas le temps de trouver une solution car Bibop sort soudain sa scie circulaire d'urgence et commence à découper sa prison métallique afin de s'en échapper. Comment j'ai pu oublier ça ?
Une fois libéré, toute l'eau accumulée se déverse dans la pièce et atteint même le couloir. Je dois trouver une solution et vite ! Bibop se tourne vers moi et scintille toujours d'un éclat inquiétant sans prononcer le moindre mot. Par chance, une idée géniale me vient et je crie :
— Non ! Bibop, pourquoi tu fais ça ? Les parents ne vont pas être contents ! Arrête !
Je me plaque contre le mur et fais semblant d'être terrifié au moment où mes parents entrent dans la buanderie. Leurs yeux vont de la machine à laver détruite au petit robot qui a toujours sa scie circulaire entre les mains.
Je n'ai aucun doute en guettant leurs visages. Papa et maman viennent de condamner Bibop. J'ai gagné.
 
***
 
Une semaine s'est écoulée depuis que je me suis débarrassé de Bibop. Je vis désormais dans un rêve. Souhaitant me consoler de sa destruction, mes parents ont préparé tous mes repas préférés, m'ont emmené au parc d'attractions et m'ont même acheté cinq nouveaux jeux vidéo.
— Julien, tu es réveillé ? On a une surprise pour toi.
Impatient de découvrir mon nouveau cadeau, j'accours jusqu'au rez-de-chaussée et arrive dans l'entrée, tout souriant. La désillusion s'empare soudain de moi.
Entre mes parents se trouve un robot flambant neuf. Le même sourire figé et angoissant, la même taille enfantine. Je devine sans mal qu'il doit être affublé des mêmes sales manières que son prédécesseur. C'est un cauchemar !
— Nous avons beaucoup réfléchi, et nous trouvions dommage que tu sois privé d'un tel compagnon de jeu, qui avait une aussi bonne influence sur toi. C'est pourquoi nous avons contacté les fabricants afin d'obtenir un nouveau robot auquel a été retirée sa scie circulaire pour éviter d'autres incidents. Nous te présentons Bopbi, le remplaçant de Bibop ! 
— Enchanté, Julien. J'ai hâte de jouer avec toi.
Je n'ai pas le temps de réagir que le petit robot me tend sa main froide pour me saluer. Sentant le regard pesant de mes parents, je m'en empare tout en affichant un sourire maladroit pour faire bonne figure. Mais à l'intérieur, mon cerveau est en ébullition. Il est hors de question que l'on serve de nouveau des brocolis dans cette maison.
Je me sens combatif d'un seul coup, imaginant déjà mon prochain sale coup. La guerre contre les machines pourrait finir par m'amuser, après tout.

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Image de Bibop, le meilleur ami de demain
Illustration : Mathilde Ernst