Un jour, à la fin d'une belle journée d'été, l'Eau d'un petit étang était nostalgique, elle pensait : « J'en ai assez de rester dans ce trou, je veux profiter de la vie, m'amuser, pas rester ici à ruminer mes pensées sombres. Je sais : je veux me marier ! ». C'est à ce moment-là que des gens crièrent : « Au feu, au feu ! ». L'Eau se dit : « Et si je mariais avec le Feu ? Si les gens crient comme cela, c'est qu'il doit être célèbre, gentil et attentionné ! »
Dans son coin, la Terre, elle aussi, broyait du noir. « Que vais-je devenir ? Je tourne en rond ici ! »
Soudain, elle se dit : « Il faut que je me trouve un mari ! » Ces paroles n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd car l'Air, qui était follement amoureux d'elle, l'écoutait. Il oublia d'être discret et lui dit : « Je t'aime plus que tout au monde. Veux-tu m'épouser ? Au-moins, tu ne seras plus seule ». La Terre lui répondit du tac au tac : « Et si je ne t'aimais pas ? Que dirais-tu ? » « J'en mourrai », lui répondit l'Air. « D'accord, je sais que ton amour pour moi est franc, je suis d'accord de t'épouser ».
L'Eau, quant à elle, contemplait le feu. Elle était en extase devant lui. Il était si beau, si fougueux, si lumineux... qu'elle ne put s'empêcher de l'appeler. « Feu, feu, viens me rejoindre. » « C'est étrange que tu interpelles quelqu'un comme moi, mais j'arrive aussi vite que je le peux. » lui répondit-il. L'eau pensa : « en plus, il a l'âme rebelle et cela me plait ». Elle se mit à frissonner. Elle lui dit : « je suis seule dans la vie et toi aussi, il me semble... » Elle bafouilla : « ben euh, on pourrait peut-être se marier... » Le feu s'exclama : « C'est fou, je pensais justement la même chose » « Alors c'est oui ? » se risqua-t-elle. Le feu lui répondit d'un ton apparemment désinvolte « A ton avis ? » « La Terre sanglota, pensant que la réponse était non. « Allons d'abord batifoler ensemble » engagea le Feu. Ce à quoi l'eau ne put s'empêcher de sourire, tant elle aimait serpenter à travers la nature...
Le Feu se mit alors à courir, l'eau s'élança derrière lui. Mais à mesure qu'elle avançait, le Feu perdait de sa vigueur.
Le Feu commença alors à s'embraser, pour montrer à l'Eau toute sa puissance. Brusquement, la Terre se mit à rougir puis à noircir. L'Air – qui rappelons-le était amoureux de la Terre - ne pouvait pas venir à son secours, il était lui aussi devenu tout ramollo. Constatant avec effroi que la Terre était devenue toute sèche, l'Eau, qui était la meilleure amie de la Terre ralentit immédiatement sa course. Elle avança ses longs bras sur la Terre pour calmer le feu qui avait brûlé sa chair.
L'Eau se rendit compte que, par sa faute, sa grande amie, fut complètement dévastée par le Feu. Il lui faudrait des années entières avant de redevenir comme avant. L'Eau ne voulut plus jamais adresser la parole au Feu. Elle avait trop de peine pour son amie. Quant à l'Air, il ne voulait plus déclarer sa flamme à la Terre, de peur que celle-ci ne devienne à tout jamais stérile.
C'est ainsi que le Feu fut banni à tout jamais, que l'Air enveloppa la Terre et que l'Eau continua à irriguer celle où la vie était la plus belle.