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Un livre à la mer ''Le rêve du batteur de grèves''

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Serge

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« Cher auteur, vous trouverez en pièce jointe ce court extrait d'un récit que je viens d’achever : ‘’LE RÊVE DU BATTEUR DE GRÈVES’’. Des textes, qui au fil des jours se sont unis entre eux – bien à l'insu de votre serviteur –, pour raconter cette histoire improbable et parsemée d'impasses, ou le temps perd toute consistance..., exactement comme dans un rêve.
    Je me proposais par un second envoi, de vous adresser mon manuscrit en lecture. 
    Un simple retour de votre part me comblerait. Bien à vous... »

Naïvement convaincu qu’à tutoyer l’impossible on le fait advenir, j’ai expédié via son site ce message à l’un de nos plus talentueux auteurs contemporains, n’en espérant – je suis sincère – pas plus qu’un ‘’simple retour’’. Sans réponse au bout d’une semaine, j’ai pensé que ce message s’en était allé – au mieux – rejoindre toutes les coquilles de noix dérivant sur la toile, s’il n’avait pas déjà lui-même sombré corps et biens, dans un océan de coquilles de noix.

*****

Quelques temps après, me retrouvant par la magie d’un algorithme, dirigé sur la page FB de l’écrivain – par laquelle il partage régulièrement avec sa communauté, quelques morceaux choisis de son immense répertoire –, je me surpris à poster sur l’un d’eux ce modeste commentaire inspiré :

« Et le souvenir du feu couvera encore longtemps sous la cendre... »

Dans les jours qui suivirent, cette petite phrase, distraitement postée sur le net, se trouvant tiraillée par un profond sentiment d’incomplétude – suspendue qu’elle était alors, par cette injuste ponctuation –, se mit en tête de réclamer séance tenante son légitime point final.
Je ne pus que m’empresser de lui donner satisfaction :

« Et le souvenir du feu couvera encore longtemps sous la cendre.... Jusqu’à ce que le vent de l’oubli disperse enfin son impalpable poussière. »

Ruminant quelque juste ressentiment à l’endroit de l’auteur, que cependant j’admirais, je m’apprêtais à assortir ce dernier commentaire d’une allusion assassine du genre :

« Espérant que le vent de l’oubli épargne également mon dernier message, adressé personnellement à l’auteur au sujet d’un certain manuscrit... etc...etc... »

Je m’apprêtais à le faire te dis-je, lorsque contre toute attente le majestueux voilier de l’homme public, barré par l'un de ses plus fidèles collaborateurs se profila, irréel, à l’horizon de ma messagerie :

«...Fréquemment en conférence à l’étranger, et très accaparé par la lecture de nombreux ouvrages en sa qualité de membre du jury d’un prestigieux prix littéraire, l’auteur ne pourra malheureusement accéder à votre demande. Votre message lui sera cependant transmis. Vous remerciant... »

Mon amertume s’évapora comme neige au soleil – mystère de la nature humaine. J’ai remercié poliment l’auteur et son staff, pensant oublier au plus vite ce qui s’avérait n’être au final, qu’une simple mauvaise idée. Et c’est précisément à moment-là qu’elle s’est ramenée en douce, cette fichue petite phrase obstinée :

« Et le souvenir du feu couvera... »

Je ne pouvais plus l’ignorer, faire encore semblant...En effet, ce récit à peine achevé et étrangement baptisé, commençait sérieusement à me brûler les doigts. Je m’étais peut-être un peu trop impliqué, comme d’habitude – que veux-tu, on ne se refait pas.

« Jusqu’à ce que le vent de l’oubli disperse... »

*****

L’auteur aurait pu, par un retour sans concession assorti d’une fraternelle douche écossaise, éteindre jusqu’à l’idée même ''du souvenir du feu dont il était question''. Il m’aurait gentiment remis les idées en place et permis en passant de tourner la page, ou bien – qui sait ? – d’en écrire une autre...
 
Il me fallut donc en dernier recours trouver une sortie honorable : propulser hors de ma vie cet encombrant récit qui ne m’appartenait déjà plus, et dont j’aurais pourtant dû rester à vie l’unique dépositaire ; le partager sans compter, et pourquoi pas, page par page, de préférence avec des inconnus – nul n’étant prophète... Espérant qu’il finisse avec le temps par m’oublier enfin, jusqu’à devenir un jour pour moi, comme un visage étranger.

Quelques feuillets arrachés au hasard des jours mauvais, lorsque la colère revient toquer ma porte, lancinante comme une rage de dent. Alors j'attends patiemment, face à la mer, que se lève à nouveau le mistral impétueux. Avec lui tu comprends, c'est plus sûr. D'après les gens d'ici, il n'est jamais vraiment très loin...

... À chaque fois en dernière page, cette même épitaphe : un sous-titre de chapitre suivi d'une simple date – celle à laquelle j'ai dû me résoudre à congédier des mots qui refuseraient désormais de m'appartenir –, et entre parenthèses, ces quelques minutes consacrées à une dernière lecture d'adieu.

Réclamant toute ton indulgence pour ces lignes qui, survenues sans crier gare, ne m’ont pas franchement laissé le choix. Elles ont fait cependant, crois-moi, tout leur possible pour redonner vie aux ombres qui cheminent à nos côtés, dans cette quête intemporelle qui nous rassemble...

Merci au médiatique contemporain d'avoir, par son absence – ou son silence –, envoyé ces pages à ta rencontre ; elles qui n’auraient normalement, jamais dû se retrouver entre tes mains.

Alors à......, avec mon profond respect.

 

                                     - LE RÊVE DU BATTEUR DE GRÈVES -                                                                                                              
                                                          __________
    

Quand le sable aura recouvert pour toujours nos désirs et nos rêve,
     Quand, gagnés par la lassitude,
          Nous laisserons les vagues gommer la trace de nos pas,
             Quand enfin, tout sera consommé, achevé,
                 Quand tout sera dit...
                      Alors, de l’horizon, dans l’aube frémissante,
                          Reviendront ces insensés, des vagabonds au cœur pur,
                                Les derniers d’entre nous et les premiers peut-être,
                                     À réinventer nos trésors enfouis.

(Tag anonyme découvert sur les murs d’une fiche industrielle des environs de Marseille.)
                                        

                                                         CHAPITRE I

§- Question de regard - 18 janvier 2018 ( 2mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/question-de-regard
 
§- Les enfants d’Alep (et d'ailleurs) - 24 janvier 2018 ( 3mn)                                                              http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-enfants-dalep-et-dailleurs  

§- Un atome de miséricorde - 26 janvier ( 2mn)
  http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/un-atome-de-misericorde 
                             
§- Le parfum du Tiaré

§- Testament de Maùi

§- Gueule de bois ‘’Nucléaire’’

La colère du Tiki

                                                           CHAPITRE II

§- Une simple pierre - 20 janvier 2018 ( 2mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-simple-pierre-1

§- L’aïeul avait des oliviers - 4 janvier 2018... ( 3mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-aieul-avait-des-oliviers

§- Théorie des météorites - 14 janvier 2017... ( 6mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/theorie-des-meteorites

§- Ballade d’une voleuse de regards - 12 janvier 2018... (18mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/balade-dune-voleuse-de-regards

§- Alors seulement essuie ton cœur

                                                             CHAPITRE III

§- The ’’Samaritan’’ - 28 janvier 2018... (11mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/the-samaritan

§- Confessions du narrateur

                                                              CHAPITRE IV

§- Un monde plus loin - 23 décembre 2017... (4mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-monde-plus-loin

§- Et le germe fut - 28 décembre 2017... ( 11mn)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/et-le-germe-fut

                                                               CHAPITRE V

§- Sale temps pour la planète

§- La revanche des innocents

§- Une bouteille à la mer
                                          
§- Chose promise

§- Epilogue                                                    
 «... C’est ici même que jadis, des familles entières de mineurs de fond pouvaient encore chaque dimanche, moyennant quelques chants de louange, venir mendier un peu de lumière.»

     Cette lumière qui les rend si attachants.
                                                                                                          Marseille, mars 2017.


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Emsie · il y a
L'écriture est toujours aussi belle, même si, cette fois, j'ai été un peu moins embarquée par le propos !
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Gil · il y a
J'en tire la conclusion qu'il vaut mieux écrire sur les murs des friches industrielles ou envoyer des bouteilles pleines de mots à la mer plutôt que de s'adresser aux soit-disant "pairs supérieurs" ! C'est un peu ce que l'on fait ici...
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Serge · il y a
Merci d'être venu me rendre visite, et d'avoir pris le temps de lire ce très très court !
A bientôt !

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A. Mimeau · il y a
C'est pétillant de nostalgie, battant et résigné, tourné vers l'avenir et le passé : la vie et ses émotions.
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