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Inferno

Gérard Aigle

Gérard Aigle

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"Lasciate ogne speranza voi ch´intrate." Dante

Je suis arrivé vendredi soir , un peu tard, un peu fatigué, un peu tout ça quoi : It so long way from...from? et je n'y peux pas grand chose.
Ça a été d'emblée la soupe à la grimace! Je m'en souviens bien, même si maintenant je ne sais plus trop pourquoi.
Amélioration dans la soirée, légère amélioration après le passage du
front froid .
Retard, météo , amour et amours, tout à tendance à se brouiller, à s'embrouiller. J'ai dû m'endormir parce que je n'arrive pas à emboîter les choses .

...Samedi matin 8h27 : le disque de l'horloge est énorme et mou . Déjà vu ça, mais là, comme ça, difficile à expliquer... J'ouvre un œil : bouche sèche et casque à pointes.
Je me fais engueuler, sans doute la suite d'hier soir. Je ne parviens toujours pas à savoir pourquoi. Les explications ne tiennent pas debout. Le temps passe vite et la lumière est salement crue. Mal de tête et un peu la nausée . Yes! C'est mauvais quand je parle anglais... Je lis sur le mur blanc du couloir qui mène tout au fond, aux toilettes : " tempus fugit "? C'est mauvais aussi quand je parle latin...
10h28, re comme dans Ré mais sans accent. On n'ira pas sur l'île de Ré comme c'était prévu. Non!... . Je vais faire les courses, je rentre : 12h 29. Orage intérieur. C'est reparti.
Elle vient juste de déjeuner, elle n'a pas faim... Elle n'aime pas ce que j'ai acheté et je n'ai pas eu le temps de me changer...
Je descends me changer dans la voiture, sur le trottoir, où j'ai laissé ma valise : pantalon et chaussures de ville. Les voisins me regardent derrière les rideaux. Je remonte l'interminable escalier de béton carrelé à la portugaise qui résonne dans ma tête. Le monde a tourné pendant ce temps, on va pique-niquer dans les parcs! Bon, pourquoi pas....
Oui je sais , je sais, elle a des problèmes avec son patch de nicotine, des soucis avec son mal de dos , avec, avec , avec...je m'en rends compte et je lui re, comme dans Ré sans accent, redis que je suis prêt à l'aider , elle le sait bien....
J'argumente avec une finesse qui me surprend moi-même  : " Essaie de comprendre, toi aussi, que cette atmosphère est difficile à supporter et qu'après des heures de procès, de réflexions désobligeantes, de menaces, j'ai envie de souffler quelques heures. Je ne suis pas payé pour être un souffre douleur à domicile...enfin...quoi! Merdeuuuuu!...."
Je me tais pour ne pas prononcer le ou les mots qui déclencheraient une crise. Mal de tête toujours, je tente d'enlever le casque, j'essaie de dormir de nouveau pour éviter les situations conflictuelles, tout en craignant que pendant mon sommeil je ne fasse ou dise quelque chose qui me vaudrait les foudres....de celle qui me fait vivre, moi,le simple parasite!

Je me réveille, le front en sueur . Nausée persistante. Très persistante. Ce n'était qu'un vilain cauchemar. Je respire l'odeur des draps, un parfum de fleurs printanières.
Je souris au monde par la fenêtre dont les volets sont mi-clos. Dehors un oiseau chante. Je me dis que la vie est belle et que sitôt déjeuner je vais aller marcher sur le port . Peut-être , peut-être....en attendant d'aller faire un tour sur l'île de Ré...
Elle se retourne contre moi et je sens la chaleur de son corps contre le mien . Je savoure l'instant sensuel qui fait naître mon désir . J'entrevois les délices et j'en ferme les yeux de gourmandise. L'amour le matin, c'est le matin du monde. Ce n'est pas de moi, mais le plaisir des sens rend souvent idiot et je ne lutte pas . Je me laisse aller aux niaiseries et à la poésie de " Nous deux".
Je me retourne et je la contemple, extatique. Qu'elle est belle et attirante, nue, ses formes parfaites, sa peau satinée, ses seins...ses cuisses....et le grand calme du sommeil!
Je pose doucement ma main sur son ventre...
Machinalement, je regarde le réveil : 8h27.... Un frisson me parcourt . Une voix familière sort du corps de rêve :
- Tu peux pas me laisser dormir, on est samedi matin! Moi, j'ai besoin de me reposer! Je bosse, moi! Toi, tu t'en fous, tu rentres à pas d'heure ! T'as jamais rien fait de ta vie, ivrogne ! Et c'est pas avec ce que tu écris que je vais mener la belle vie ! Fous-moi la paix... j'ai pas envie....."
10h28, non, on n'ira pas sur l'île de Ré comme re mais avec un accent, l'île tendre et douce dont tout le monde parle : ses plages sereines , son climat apaisé, ses villages souriants...
Je ne suis jamais allé sur l'ile de Ré depuis qu'on habite à la Rochelle. De la savoir chaude, douce et offerte , de la voir par la fenêtre à quelques kilomètres au bout de son pont comme alanguie mais inaccessible, c'est pour moi un véritable enfer....12h29 Re, sans accent, un orage éclate comme dans mon rêve.

2 VOIX

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Cajocle
Cajocle · il y a
"L'amour le matin, c'est le matin du monde"... que c'est beau...comme l'île de Ré.
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