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Souvenirs de maraude

SimonThierry

SimonThierry

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Janvier 1973
Cela faisait déjà trois fois en quelques semaines que Peter revenait dans la salle commune des Gryffondors avec une tête défaite. Une tâche sur ses vêtements, une brûlure sur un de ses livres, ou encore un bleu : les indices étaient subtils et il faisait de son mieux pour les cacher, mais Sirius ne les avait pas ratés. Avec les fréquentations de sa famille, il savait reconnaître les symptômes de la maltraitance et il savait que, même s’il avait honte de l’avouer, Peter était la cible des attaques et moqueries d’une brute.
Une fois sa décision prise, il fallut un peu moins d’une semaine à Sirius, avec l’aide de James et Remus, pour découvrir qui était le tortionnaire : Shirin Westh, une Serdaigle de quatrième année. Remus tenta faiblement de s’opposer au plan de ses deux amis, mais ils le mirent tout de même à exécution. Le samedi matin suivant, Westh fût retrouvée collée à la table de sa maison, dans la grande salle. Il fallut deux minutes complètes à Filius Flitwick pour réussir à rompre le charme, ce dont les trois amis tirèrent une grande fierté.
Deux semaines plus tard, Peter arriva légèrement paniqué devant ses trois amis : un jeune Poufsouffle, nouvelle victime de Westh, était venu lui demander son aide, qu’il avait évidemment refusée mais la situation le tracassait, car elle le mettait bien trop sous les feux des projecteurs. James et Sirius, eux, eurent un sourire complice, tout en disant à Peter de ne pas s’inquiéter. Deux nuits passèrent puis un soir, Westh fût aperçue, traversant la cour en direction des dortoirs de Serdaigle, blême et en sous-vêtements. Sa robe fût retrouvée collée à deux mètres du sol contre un des murs menant vers le bureau de McGonagall.
La rumeur se répandit comme le feu d’un dragon et Peter devint pour toutes et tous le défenseur des opprimés de Poudlard. James, Sirius et Remus se réjouirent de voir Peter profiter de cette nouvelle réputation et de sa gloire, même s’il n’y était pour rien. Dans les mois qui suivirent, de plus en plus d’élèves vinrent voir Peter pour demander de l’aide, d’abord vis-à-vis d’autres élèves qui les embêtaient, puis parce qu’ils avaient enfreint le règlement et cherchaient un moyen de ne pas se faire prendre et enfin pour mettre au point un plan pour réaliser quelque chose que les enseignants jugeraient répréhensible. Bien vite, le fait que Peter n’était que le messager fût un secret aussi bien gardé que la partialité de Slughorn pour les élèves talentueux, mais ses trois amis continuèrent de jouer le jeu et d’insister pour que toute demande soit adressée à Peter.

Novembre 1974
Enfin, ils le tenaient !
Très vite, Sirius avait soufflé à Peter l’idée de demander des services en échange de « son » intervention : des sucreries, des secrets sur d’autres élèves, un mauvais tour joué à Severus Rogue... Une fois, à la Pleine Lune, quand Remus ne pouvait pas les aider, ils avaient demandé la complétion d’un devoir de divination, en se promettant que le jeune loup-garou n’en apprendrait jamais rien. Ou tout du moins pas avant la fin de l’année.
Mais depuis quelques temps, ils avaient leur œil sur une cible toute particulière : Bermando Dippet. Il était entré à Poudlard en septembre 1973 mais les Maraudeurs n’avaient pris conscience de ce qu’il représentait que quelques mois plus tard. Fils aîné du précédent directeur de Poudlard, le jeune élève avait potentiellement accès à des informations sur le château qui leur seraient extrêmement utiles pour leurs méfaits.
Au début de l’hiver, les Maraudeurs avaient donc commencé à comploter contre lui, pour qu’il se croie la victime d’un Serpentard de cinquième année. Les nouveaux élèves entendaient vite parler de Peter Pettigrow, l’ange-gardien des victimes de Poudlard. Mais Dippet respectait le règlement à la lettre : à chaque fois qu’il avait eu un problème, il en avait consciencieusement fait état aux professeurs de l’école.
Mais enfin, ils le tenaient ! Il était amoureux d’Emma Vanity, capitaine de l’équipe Serpentard, mais n’osait pas lui annoncer et espérait que Peter pourrait lui venir en aide. Ce dernier avait fait semblant d’y réfléchir, alors qu’il connaissait déjà sa réponse : il acceptait de l’aider, mais le prix serait une chose à récupérer chez son père – peu importe quoi – contenant des informations que seul un professeur ou le directeur peuvent connaître. Le jeune Dippet était reparti radieux, comme si Peter lui avait offert la Lune !

Février 1975
Plusieurs semaines de préparation avaient été nécessaires pour mettre au point la mise en scène dont rêvait Dippet, mais il le méritait largement : en ramenant des vacances d’hiver le journal de son père, consciencieusement tenu pendant les cent-cinquante-deux années durant lesquelles il avait été professeur puis directeur de Poudlard, Dippet avait dépassé toutes les espérances des quatre Maraudeurs !
Ils avaient volé dans le stock de matériel théâtral une gigantesque tente et avaient magiquement conjuré une barque, ce qui avait occupé les soirées de Peter et James pendant près d’une semaine. Ensuite, il avait fallu obtenir un repas à la hauteur de l’événement, incluant le dessert préféré d’Emma, ce pour quoi Sirius avait dû contrefaire l’écriture de Sinistra, prétextant que la professeure d’astronomie passerait la soirée près du lac pour mieux observer les étoiles. Les elfes de maison, obéissants, avaient donc livré deux repas d’après la commande qu’ils avaient reçue.
Afin d’assurer la tranquillité du moment, Sirius sema le chaos dans les cuisines de Poudlard en y relâchant quatre Chauve-souris spectrales vingt minutes avant le début du repas : il fallut près d’une heure aux elfes de maison pour admettre qu’ils n’arriveraient pas à attraper les créatures voraces. Avec l’aide de Dumbledore, les animaux retrouvèrent leurs cages magiques mais il fallut encore une heure supplémentaire pour que les elfes de maison composent à nouveau un repas de fortune pour tous les élèves de l’école, les animaux ayant quasiment tout dévoré (un sacré gâchis, puisqu’à chaque fois qu’elles se rendaient intangibles, la nourriture à moitié digérée traversait leur corps devenu spectral et s’écrasait par terre). Entretemps, la Grande Salle était en état de révolte, entre les plaintes des élèves affamés et celles des Serdaigle exigeant l’autorisation de retourner dans leur dortoir pour avancer sur leurs devoirs en attendant que le repas n’arrive.
Ignorant tout de cela, Emma Vanity s’était rendu au bord du lac, respectant la demande de Peter, à qui elle devait encore un service (il l’avait aidée à échapper à une punition quelques mois auparavant). Suivant un long chemin de pétales de fleurs de Pipaillon (volées dans les serres la veille), elle avait trouvé le jeune Dippet en tenue de soirée, entouré d’instruments de musique enchantés pour jouer tous seuls. Ils avaient dîné en échangeant quelques mots gênés, puis la barque, guidée par James caché non loin, les avait emmenés au centre du lac d’où ils avaient pu observer un feu d’artifices (acheté chez Zonko, le faire livrer sans que les enseignants ne le sachent avait coûté une petite fortune à Sirius). La seule interruption fût un vol de hérons arc-en-ciel tourbillonnant autour de la barque avec leur chant attendrissant (un récent cours de Soins aux Créatures Magiques leur avait appris comment les faire obéir).
Le soir, les quatre amis morts de rires se racontèrent chacun leur version de la soirée. Sirius avait écopé de neuf semaines de détention mais cela ne calma en rien son hilarité quand James expliqua que malgré tout leur travail, Emma était repartie en préférant rester une amie, laissant un jeune Dippet défait sur le bord du lac. Mais après tout, ils n’avaient jamais promis que cela fonctionnerait !

Avril 1975
Il avait fallu deux soirées à Remus pour réussir à forcer le verrou magique d’Armando Dippet et entamer la lecture de son journal. Ils savaient qu’ils allaient y trouver des informations croustillantes sur le personnel, des mentions de passages secrets connus seulement des professeurs, mais ils ne s’attendaient pas à ce sur quoi James tomba durant une soirée de lecture. L’entrée du journal datait de très exactement un an après qu’Armando Dippet était devenu directeur de l’école. Son écriture était presque illisible tant il était émoustillé par ce qu’il venait d’apprendre et James partagea son excitation.
Revenant dans le dortoir qu’il partageait avec ses trois compères, James leur apprit l’existence de la Pierre des Fondateurs :
« Il s’agit d’une pierre magique, à travers laquelle coule presque toute l’énergie magique de Poudlard. Elle a été enchantée par Serpentard, Serdaigle, Poufsouffle et Gryffondor eux-mêmes. Quand on lance un sortilège sur la Pierre, il affecte toute l’école ! Quand les Sorciers ont dû se cacher des Moldus, il a suffi de lancer Repello Moldum sur la Pierre pour que toute l’école devienne un endroit que les Moldus évitent !
- Attends, interrompit Sirius. Tu veux dire que... si on lançait Glissolius sur cette pierre ?
- Tout le château deviendrait glissant, oui ! »
Les quatre Maraudeurs partirent d’un fou rire en imaginant le résultat et Remus récupéra le journal de Dippet pendant que ses trois amis devisaient de blagues plus hilarantes les unes que les autres. Puis il bondit, et ne put rester en place, sautillant et marchant à travers la pièce en expliquant :
« C’est pas tout ! Écoutez la suite ! Les quatre fondateurs ont enfermé une partie de leur énergie magique au sein de la Pierre et, depuis la création de l’école, tous les directeurs ont eux-même placé un peu de leur énergie magique dans la Pierre. Enfin, presque tous : en 1792, le directeur a été blessé durant l’organisation du Tournoi des Trois Sorciers et personne ne voulait prendre sa place. Aucun enseignant n’a accepté de rester en poste plus de deux mois et ils ont donc refusé d’enfermer une partie de leur force dans la pierre. Du coup, par la suite, il a été décidé que les portraits des directeurs ne parleraient de la Pierre à un directeur qu’au bout d’un an de poste, ou en cas de danger pour l’école !
- Qu’est-ce... qu’est-ce que cela change ? » demanda Peter, incertain.
- Cela signifie que quand tu lances un sort sur la Pierre, ce sort se fait avec toute l’énergie magique déjà accumulée dans la Pierre ! Dippet explique que c’est grâce à cela que personne n’arrive à Apparaître directement dans Poudlard : le sortilège qui l’empêche a été lancée sur la Pierre et est donc alimenté par des générations et des générations de directeurs successifs ! Le journal explique que ce sortilège a une seule exception : le directeur peut Apparaître dans l’école, mais cela aussi doit rester secret. Hé, mais ! Attendez... »
Frénétique, Remus se mit à tourner les pages, sachant apparemment ce qu’il cherchait.
« 1940, 1942... Ah, voilà, Juin 1943. » Les trois autres le regardaient, patiemment. Ils connaissaient ce regard et savaient qu’il ne fallait pas interrompre Remus quand il chassait une information. Dans ces moments, son attitude semblait refléter un peu du loup-garou qui avait senti la présence d’une proie. « C’est ce que je pensais ! Vous vous rappelez qu’il y a trente ans, une élève est morte à Poudlard et la rumeur disait que la Chambre des Secrets avait été ouverte ? À l’époque, Dippet a utilisé la Pierre pour essayer de la trouver mais il n’a pas réussi. Dans son journal, il écrit qu’il ne sait pas si cela signifie que la Chambre des Secrets n’existe pas, ou si Serpentard a lancé un sort de dissimulation à travers la Pierre des Fondateurs, auquel cas il faudrait lutter contre l’énergie magique de tous les anciens directeurs de l’école pour la trouver !
- Wow, renchérit Sirius, vous imaginez ? Si on lançait Glissolius sur la Pierre, personne, pas même Dumbledore, n’arriverait à arrêter le sortilège, Poudlard l’en empêcherait !»
Cette fois, ils ne rirent pas, ils étaient tous les quatre béats, abasourdis par tout le pouvoir que renfermait le fait d’avoir accès à cette Pierre, incapables d’imaginer toutes les opportunités offertes.

Mai 1975
James et Sirius se faufilaient le long des couloirs. Ils avaient lu attentivement tout ce qu’il y avait à savoir sur la Pierre des Fondateurs dans le journal de Dippet et pensaient pouvoir la reconnaître dans le bureau de Dumbledore. Remus n’avait pas voulu entendre parler de leur plan, insistant sur le fait qu’il leur était difficile de mesurer les conséquences d’un sortilège lancé sur la Pierre. Peter, lui, avait trop peur d’entrer dans le bureau du directeur, certain que les enchantements qu’on y trouvait seraient plus forts que la Cape d’Invisibilité de James et qu’ils finiraient tous en détention pour les deux années à venir, s’ils n’étaient pas carrément exclus.
Ils ne craignaient pas que Peter ne les dénonce, sa fidélité pour ses amis n’avait aucune limite. Remus, quant à lui, avait un peu trop de conscience. Il ne les dénoncerait pas non plus, mais s’arrangerait pour qu’il se passe quelque chose qui les empêche d’arriver à bon port. James et Sirius avaient donc attendu la Pleine Lune pour mettre leur plan à exécution.
D’après le journal de Dippet, Clarice Vilnid, la professeure d’arithmancie, était incapable de mémoriser un mot de passe suite à une malédiction que lui avait lancée une ancienne compagne jalouse. Les deux Maraudeurs commencèrent donc par s’introduire dans son bureau. Sa collection de nœuds papillons, tous plus excentriques les uns que les autres, ne retint pas très longtemps leur attention et ils ouvrirent tous ses tiroirs. Il leur fallut deux minutes à peine pour trouver un papier titré « Mot de passe directeur ». Plusieurs mots de passe y figuraient, mais seul le dernier n’était pas barré.
Ils se rendirent ensuite au bureau de Dumbledore et attendirent qu’il en sorte, grâce à une fausse lettre de Slughorn l’invitant à venir partager un verre d’hydromel. Connaissant la vitesse de marche de Dumbledore et sa capacité à se perdre dans une discussion sans fin, les deux amis espéraient disposer d’au moins vingt minutes avant le retour de Dumbledore, ce qui était bien plus que nécessaire.
Ils attendirent que les bruits de pas du directeur disparaissent au bout du couloir puis, se remémorant le billet du tiroir de Vilnid, James prononça distinctement « Nougat glacé ». L’escalier se mit à tourner, leur ouvrant l’accès ! Les deux amis se regardèrent et c’est Sirius qui dit tout haut ce à quoi ils pensaient : « On va savoir si ta cape arrive à passer les sortilèges de Dumbledore ! ». Ce n’est qu’une fois arrivés dans le bureau qu’ils se rendirent compte qu’ils avaient presque retenu leur respiration durant la montée.
Ils posèrent la cape à l’entrée et commencèrent à chercher. James poussa un cri de surprise quand un superbe phénix vint se poser sur le bureau, les regardant avec curiosité mais sans faire un bruit. Ils n’osèrent bouger qu’après quelques secondes. Quand ils furent suffisamment certains que le phénix n’allait pas alerter de leur présence, ils se remirent à fouiller la pièce, ouvrant les meubles, regardant sous les tapis et derrière les tentures. Les portraits des précédents directeurs et directrices de l’école dormaient profondément et ils purent fouiner sans peur de les réveiller. Cinq minutes plus tard, Sirius s’exclama « Je crois que je l’ai ! ».
James accourut à ses côtés et, en effet, dans un petit meuble sans fond, près de la porte, il vit une protubérance sortant droit du mur, correspondant à la description du journal de Dippet. Sirius ôta la Pensine qui se trouvait dessus, la posant soigneusement par terre. Il révéla ainsi le haut de la Pierre des Fondateurs, ornée des blasons des quatres maisons. Les deux amis se regardèrent, avec un sourire de fierté, de malice et de complicité. « C’est pour toi qu’on est là, Sirius, à toi l’honneur ! ». Sirius posa le bout de sa baguette sur la Pierre et se mit à incanter.
Pendant vingt minutes, les portes du deuxième étage du château se mirent à claquer, provoquant vacarme et confusion pour les professeurs travaillant à ce niveau. Rien n’y fit, les enseignants n’arrivèrent pas à calmer les portes et quand enfin McGonagall, professeure de transfiguration, trouva Dumbledore, il répondit d’une façon cryptique, comme à son habitude : « Hmm, il s’en passe des choses étranges ce soir. Bonne nuit, Minerva ! ».
Remus entendit parler de cette histoire peu après son retour et regarda suspicieusement ses amis, sans être certain de quoi que ce soit. La seule chose qu’il leur dit, un peu plus tard, sur un ton mêlant amusement et reproches, fût : « C’eût été plus crédible si Sirius n’avait pas eu la meilleure note de toute la classe... ». Ils n’en reparlèrent plus et continuèrent leurs aventures comme à l’accoutumée.

Octobre 1975
Quelques mois plus tard, à la Pleine Lune de septembre, James était revenu défait après avoir échoué à pénétrer la réserve de Slughorn. Lassé de se faire voler des ingrédients, le professeur avait rivalisé d’ingéniosité dans ses sortilèges de détection, devinant qu’un élève utilisait un sort d’invisibilité. Des jets d’eau collante avait rendu James facile à suivre dans les couloirs, même avec sa cape.
Seuls d’excellents réflexes lui avaient permis de rapidement plier puis enfermer la cape dans une bulle magique pour qu’elle ne laisse plus de trace au sol, puis il avait fait appel à sa connaissance du château pour échapper à la traque du professeur de potions.
28 jours plus tard, James, Sirius et Peter avaient fini de planifier une deuxième incursion dans le bureau de Dumbledore. La chance leur souriait puisqu’ils avaient appris au repas qu’il était à Londres, pour une réunion du Magenmagot. James et Peter entrèrent dans le bureau du directeur, jetèrent un œil circonspect au Phénix mais quand celui-ci se contenta de les regarder avec la tête légèrement de côté, du haut de son perchoir doré, ils se dirigèrent vers la Pierre des Fondateurs.
Peter était le plus doué des trois pour les sorts d’annulation, c’est donc lui qui posa sa baguette sur la Pierre et se chargea d’annuler tout sortilège de détection placé au niveau de la réserve de Slughorn.
Se recachant sous la cape, ils sortirent du bureau, et descendirent du huitième étage jusqu’à retrouver Sirius, qui les attendait près de la réserve, dans un passage secret dont ils avaient découvert l’existence grâce au journal de Dippet.
Ne prenant même pas la peine d’enfiler la Cape d’Invisibilité, les trois compères entrèrent dans la réserve et, au bout de quelques instants, trouvèrent ce qu’ils cherchaient : une petite boîte contenant des chrysalides de Sphinx tête-de-morts. Sirius la rangea dans une poche de sa robe.
De retour dans le dortoir, les trois amis regardèrent les ingrédients étalés sur le lit de Peter : des feuilles de Mandragore, les chrysalides fraîchement volées, et trois petites fioles contenant de la rosée qu’ils avaient eu du mal à collecter. James regarda ses deux amis : « On a tout. Dernière chance de reculer. On le fait ? ». Aucun des trois visages n’affichait de bravoure déplacée, ils étaient conscients des risques et des enjeux. Peter semblait le plus hésitant, légèrement pâle. Sirius posa une main sur son épaule, affichant un sourire encourageant et un sourcil interrogateur. Avec un dernier regard vers le livre sur le lit, Peter finit par dire, invoquant son courage, « On le fait ! ». Le livre, volé il y a près de deux ans dans la section réservée de la bibliothèque, était ouvert à une page dont le titre était « Devenir un Animagus ».

Février 1976
Les trois amis étaient des Animagi depuis deux semaines. La peur de ne pas redevenir humain avait failli faire abandonner Peter, mais l’encouragement de ses amis avait eu le dernier mot. À la Pleine Lune suivante, ils purent rendre visite à Remus et le voir, pour la première fois, sous sa forme de loup-garou. Ils avaient su, jusque-là, que ces nuits étaient difficiles pour lui et qu’il en revenait toujours fatigué, livide. Sa démarche même trahissait la violence qu’il traversait alors. Mais en le voyant frapper aux murs, cherchant frénétiquement une échappatoire, ils développèrent une pitié toute nouvelle pour leur ami. Ils ne le reconnurent pas, la sauvagerie de l’animal contrôlant totalement son corps, hurlant à la lune, rageant d’être prisonnier.
L’arrivée de trois autres animaux attira son attention et son premier réflexe fût de grogner, pour défendre un territoire qu’il ne rêvait que de quitter. Le rat resta caché dans l’entrée, pendant que le chien et le cerf, prudemment, un pas après l’autre, s’approchaient. Le loup-garou renifla et sembla reconnaître un parfum familier, comme un souvenir d’une autre vie. Curieux, il s’approcha. Le cerf eût un geste vif qui lui fit peur et il montra les crocs. Immédiatement, le chien surgit et s’interposa, le regardant droit dans les yeux. Le loup-garou n’y lut pas un défi mais quelque chose d’autre, quelque chose qu’il ne comprenait pas mais qui résonnait en lui. Le chien se rapprocha un peu, et posa son museau contre celui du loup-garou. C’était la première fois que le loup-garou touchait un autre être vivant et il recula vivement.
Il fallut près d’une heure pour apprivoiser le loup-garou craintif. Mais finalement, il se surprit lui-même à disposer d’un calme qu’il ne connaissait pas, recroquevillé par terre, profitant de la chaleur d’un cerf, d’un chien et d’un rat, tous trois lovés contre lui.
Le lendemain, Remus se réveilla. Il mit un temps à se rappeler où il était, mais réalisa vite qu’il avait moins mal que d’habitude. Pas de goût de sang dans la bouche, pas de muscles endoloris. Les rares images qu’il conservait de sa nuit, comme les bribes d’un rêve disparaissant peu à peu, n’étaient pour une fois pas celles d’un cauchemar. Ouvrant les yeux, il sursauta en voyant trois animaux paisiblement endormis, ce qui les réveilla. Quelques secondes plus tard, James, Sirius et Peter se tenaient à ses côtés. Remus se rendit compte qu’il ne voyait plus rien, les yeux embués par des larmes incontrôlables. L’émotion le submergea, le prit à la gorge et au fond de lui, il reconnut, comme un souvenir d’une autre vie, celle qu’avait ressenti le loup-garou cette nuit, sans la comprendre : de l’amour !

Avril 1976
Remus savait que c’était une mauvaise idée, mais il ne pouvait plus rien refuser à ses amis et n’essaya pas de les dissuader de tenter une troisième incursion dans le bureau de Dumbledore. Après l’étrange disparition des sortilèges de protection de la réserve d’ingrédients magiques, des enseignants avaient commencé à arpenter les couloirs, rendant les aventures des quatre Maraudeurs très compliquées. Ils avaient besoin d’un avantage sur eux, d’une arme secrète.
Aucune idée ne leur était venue sur une façon d’éloigner Dumbledore de son bureau. Ils avaient donc eu recours à la patience : depuis une semaine, tous les soirs, un petit rat attendait, caché derrière le cou de la gargouille. Quand enfin Dumbledore sortit de son bureau, il se changea à nouveau en humain et sortit de sa poche le miroir de Sirius. Il fallut moins de cinq minutes pour que ses amis arrivent.
Avec Sirius et Peter sous forme animale, ils tenaient tous les quatre sous la cape et pénétrèrent rapidement dans le bureau du directeur. Sans attendre, ils allèrent vers la Pierre des Fondateurs. Sirius sortit de sa poche la carte représentant tout ce qu’ils savaient de Poudlard, à travers leurs visites nocturnes et le journal de Dippet. Il la posa sur la Pierre et James sortit sa baguette : « Specialis communio ». Ils étouffèrent un cri de satisfaction en voyant la carte se compléter, révélant des couloirs qu’ils ne connaissaient pas, les détails de chaque alcôve de chaque mur, ainsi que des passages secrets dont ils ignoraient jusqu’à l’existence, chacun doté d’une étiquette précisant la façon de l’ouvrir.
Ensuite, Remus sortit sa baguette et, les yeux fermés, il incanta « Homonculus revelio ». En voyant apparaître des petits points sur la carte, un peu partout dans le château, chacun étiqueté par le nom de la personne représentée, ils ne retinrent plus leur enthousiasme et se mirent à crier, chanter et danser. L’un des portraits au mur ouvrit les yeux et leur ordonna de se taire pour le laisser dormir, mais ils ne se turent que quand Sirius cria : « Dumbledore ! »
La carte le montrait en train d’arriver et en effet, l’escalier se mit à tourner quelques secondes plus tard. James et Sirius sautèrent sous la cape d’Invisibilité, mais Remus et Peter étaient à l’autre bout du bureau. Remus jeta un sort de Désillusion sur lui-même puis resta totalement immobile. Peter, moins doué, se jeta derrière le bureau du directeur.
Ce n’est que quand Dumbledore pénétra effectivement dans le bureau que James réalisa que la Pensine était posée par terre, à côté du meuble ouvert, leur carte visible sur la Pierre des Fondateurs. Il n’eût pas le temps d’y penser, car à peine Dumbledore entré, le portrait qu’ils avaient réveillé prit la parole :
« Ah, Dumbledore...
- Pas maintenant, Phineas.
- Mais enfin...
- Pas maintenant ! De nouvelles informations sur Voldemort m’obligent à partir au plus vite. »
Ignorant l’air vexé du portrait, le directeur contourna son bureau, ouvrit un tiroir et y saisit un badge. Il refermait le tiroir quand il remarqua un petit rat caché derrière l’un des pieds du bureau. D’un mouvement de baguette, il l’amena au niveau de ses yeux, faisant fi des cris de protestation du rat. « Que fais-tu là, l’ami ? Il va me falloir un sortilège de répulsion de la vermine, semble-t-il, puisque mes protections actuelles sont inefficaces. Tu seras mieux dans les cuisines, bon appétit ! ». D’un autre geste de sa baguette, il fit disparaître le rat. Enfin, il quitta le bureau pour se rendre dans la cheminée d’où il se rendit au Ministère de la Magie.
Respirant à nouveau, les trois Maraudeurs restants reprirent la carte et replacèrent la Pensine. Rassurés de voir l’étiquette « Peter Pettigrow » sortant des cuisines et marchant rapidement vers les escaliers, ils se cachèrent à nouveau sous la cape mais Sirius les arrêta une nouvelle fois : « Regardez, sur la carte ! On n’apparaît pas ! ». Ils restèrent interdits pendant quelques secondes, quand James comprit. Laissant ses deux amis, il quitta la protection de la Cape d’Invisibilité et sut au bruit de stupéfaction de Remus qu’il venait d’apparaître sur la carte.
« Incroyable ! Poudlard est incapable de voir à travers ta cape ! Elle continue de m’épater. » s’esclaffa Sirius. « Mais ça ne va pas nous arranger, si on voit tout le monde sur la carte mais qu’on doit deviner où nous sommes nous-mêmes ». Comme souvent, c’est Remus qui trouva la solution : récupérant un fil de la cape, à un endroit où elle s’était un peu déchiré lors d’une mésaventure, il le posa sur la Pierre des Fondateurs et agita sa baguette en disant « Mutua conosce ». Un instant plus tard, Sirius, toujours sous la cape, apparut sur la carte. Ils repartirent vers leur dortoir, avant que quelque chose d’autre ne leur arrive.

Février 1978
Sirius était pris au piège dans une impasse et ne voyait pas comment il pourrait s’en sortir, cette fois ! Il jeta un dernier coup d’œil à la Carte des Maraudeurs, mais elle ne lui proposa aucune solution. Miss Teigne était à deux mètres, ne le quittant pas des yeux, et ses trois amis étaient à l’autre bout du château, en pleines révisions avec Lily. Juste avant que Rusard ne passe le coin, il prononça la formule : « Méfait accompli » et la carte disparut. Il avait lui-même enchanté la carte deux mois après sa création, quand Rogue les avait surpris la regardant et les avait dénoncés, même s’il n’avait rien vu de précis.
Sirius cacha la carte à la hâte dans une poche, mais Rusard venait d’arriver, et il ne se laissa pas berner. « Black ! Enfin, je vous tiens, c’est jour de fête ! ». Il amena Sirius dans son bureau, deux étages plus bas. Le cerveau de Sirius allait plus vite qu’un Vif d’Or mais aucune idée ne lui venait pour se sortir de ce mauvais pas. Pourquoi, mais pourquoi avait-il tenté de s’introduire dans le dortoir des Serpentards ? Pensait-il vraiment qu’il pourrait y glaner des informations sur les fréquentations de Regulus, ou sur les activités de leur tante Bellatrix ?
Il détestait s’appeler Black et voulait prouver au monde qu’il n’allait pas suivre le reste de sa famille derrière Celui-Dont-On-Ne-Prononce-Pas-Le-Nom. Les trois autres Maraudeurs lui avaient plusieurs fois répété qu’il n’avait rien à prouver, mais il y tenait. Peut-être avait-il quelque chose à se prouver ?
Rusard, lui, se fichait bien de tout cela. Il exultait de tenir enfin Sirius Black dans les couloirs à une heure où il n’avait rien à y faire. Il lui fit vider ses poches et Sirius, impuissant, dut poser sur le bureau du concierge tous ses gadgets de brigand en herbe : sifflet de ventriloquie, poudre d’obscurité instantanée et le bout de parchemin vierge qu’il savait être la carte. Sans discernement, Rusard jeta tout dans une grande boîte en bois derrière lui, dans laquelle Sirius reconnut quelques autres objets qu’ils avaient parfois été contraints d’abandonner derrière eux. Il y vit également une Orbe de Confusion et regretta de ne pas en avoir eu une avec lui, car cela lui aurait permis d’échapper à Rusard.
Quelques instants plus tard, McGonagall arriva dans le bureau et ramena Sirius au dortoir des Gryffondors. « J’espérais que le nouveau Préfet en chef de la maison vous amène à plus de sagesse, Black, mais puisque cela n’est pas le cas, nous continuerons avec les remèdes classiques. 10 points de moins pour Gryffondor et vous passerez la soirée de demain en détention. Maintenant allez-vous coucher ou, mieux encore, faites comme vos amis et révisez, les ASPIC sont dans quatre mois seulement ! ».
Pour une fois, Sirius obéit à sa directrice et s’assit à côté de ses amis. Comme eux, il se mit à réviser pour ses examens mais, comme eux, il n’avait pas la tête à cela. Tous, ils oubliaient peu à peu la Maraude et pensaient déjà à leur sortie de l’école, au danger grandissant des Mangemorts et à ce qu’ils pourraient faire pour lutter aux côtés de Dumbledore !

809 VOIX


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Minibulle
Minibulle · il y a
Bravo Simon . Moi j'avais voté. Heureuse pour vous :)
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Odile Labbé
Odile Labbé · il y a
Félicitations, Simon!
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SimonThierry
SimonThierry · il y a
Merci beaucoup !
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Artémis4
Artémis4 · il y a
Bravo à vous Simon ! Contente de vous retrouver ici ;-)
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Laurette
Laurette · il y a
une belle marche pour un bon texte ... bravo
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Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Bravo Simon. A très bientôt.
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SimonThierry
SimonThierry · il y a
Merci, bravo à vous ! Parée pour Londres ?
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Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Il va falloir que je fasse vite car je retourne à La Réunion le 3 septembre... Et j'ai bien sûr un agenda bien rempli !
Amitiés...
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Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Mes félicitations, Simon ! Bon week-end !
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MissFree
MissFree · il y a
Bravo SimonThierry!
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SimonThierry
SimonThierry · il y a
Merci ! Bravo à vous aussi !
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Patricia BD
Patricia BD · il y a
Félicitations !!
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