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V. H. Scorp

V. H. Scorp

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82 voix

Chapitre 1

Il était une fois, il y a très longtemps, une famille de petits rats qui vivaient dans un grand château. C'était à l'époque des chevaliers, des fées et des méchantes sorcières. Papa et maman rat habitaient avec leurs petits, Ratibelle, l’aînée, Ratatsoin son frère et Ratafia, le petit dernier, dans un trou juste à côté de la cheminée, dans la plus grande salle du château, celle des banquets. L'hiver, ils avaient bien chaud, quand le seigneur du château faisait allumer de grands feux de bois et l'été, à l'abri du soleil, il y faisait bien frais. Ratibelle, Ratatsoin et Ratafia passaient la plupart de leur temps libre à pointer leur petit museau à l'entrée de leur trou. Ils étaient fascinés par les chevaliers avec leurs grandes épées, leurs casques brillants, leurs lourds boucliers et leurs armures qui faisaient tant de bruit. Parfois de grandes fêtes étaient données au château pendant lesquelles on mangeait toute la journée. Il y avait des musiciens, des troubadours, des jongleurs, des montreurs d’ours, des magiciens... Les petits rats étaient émerveillés par ce qu'ils voyaient, sans compter qu'après le départ des convives, il y avait toujours quelques miettes à grignoter. Bref, ils vivaient là heureux et paisibles. Or, un jour, un messager arriva au château porteur d'une bien mauvaise nouvelle. Un dragon terrible et gigantesque terrorisait les villageois, détruisant leurs cultures et dévorant leur bétail. Plus personne n'osait s'aventurer dehors et la famine commençait à s'installer. Désespérés, les paysans qui n’avaient pas fui avaient envoyé un messager demander aide et protection au château. Le seigneur, lorsqu'il entendit le récit du messager, réfléchit longuement. Combattre le dragon, ce n'était pas une mince affaire ! Personne au château n'oserait affronter le monstre. Celui qui prendrait ce risque pourrait fort bien finir rôti ou réduit en bouillie dans ses énormes mâchoires. Que faire ? Le museau dépassant à peine de son trou, Ratafia écoutait tout en lissant ses petites moustaches.
Un dragon ! Personne n'irait s'attaquer à un tel adversaire !

Chapitre 2

Le dragon continua donc, sans être inquiété, à semer la pagaille dans la campagne, terrorisant les villageois et dévastant tout sur son passage. Tous les jours, Ratafia entendait de pauvres paysans raconter au seigneur les ravages que faisait l'épouvantable bête. « Il a détruit nos champs !» disait l'un. « Il a dévoré tout mon bétail !» disait un autre. « Nous n'osons plus sortir tellement nous avons peur !». Ce n'était que plaintes et lamentations. Et le seigneur répondait en levant les bras au ciel : « Je comprends vos malheurs mais que puis-je faire ? Si nous tentons de le combattre, il nous détruira. Ce dragon, c'est le diable en personne qui nous l'a envoyé ! » Et le temps passa sans qu'il y ait un seul jour ou le dragon ne fit pas des dégâts. Or le seigneur avait une fille, nommée Gwendoline, qui était belle comme le jour. Tous les jeunes hommes en âge de se marier en étaient éperdument épris. Un jour, il réunit tous ses sujets et leur tint ce discours : « Nous ne pouvons plus continuer ainsi. Le dragon détruit nos campagnes, dévore nos vaches, nos cochons et nos moutons. Si nous ne faisons rien, nous allons tous mourir de faim. Je promets donc à celui qui nous en débarrassera de lui donner ma fille en mariage ainsi que la moitié de mes terres. Allez et qu'on se le dise !». Et le jour même des dizaines de messagers partirent dans tout le royaume pour faire connaître la grande nouvelle. Malheureusement ils périrent avant d'avoir atteint leur destination. Le dragon, qui guettait, les fit tous rôtir dans les flammes de son énorme gueule et les dévora. Tous ? Non, car parmi les messagers un jeune page parvint à échapper au massacre. Agrippé à la selle de son cheval, il se laissa pendre sur le côté et réussit à passer sans que le dragon le vit, tout occupé qu'il était à griller ses malheureux compagnons dans leurs armures chauffées à blanc. Le page avait pour nom Lucas. Il était depuis peu au château et s'occupait de Prince, le plus beau cheval du seigneur. Lucas n'avait qu'un rêve : celui de devenir un jour chevalier et de mettre son épée au service de son seigneur. A présent, il filait droit devant lui, traversant les campagnes, parmi les restes des chaumières que le dragon avait piétinées. Partout, il rencontrait sur son chemin de pauvres gens qui s’enfuyaient avec femmes et enfants. Le beau pays qu'il avait connu jadis n'était plus que ruines et désolation. Lui, le jeune orphelin recueilli par un vieux cordonnier mort depuis hélas si longtemps, ne reconnaissait plus rien. Les forêts, les champs, les ruisseaux qui avaient bercé son enfance avaient disparu pour laisser place à un désert roussi et sec ou le bétail, livré à lui-même, n'avait même plus de quoi manger. Ce que Lucas ne savait pas, c’est qu’il avait un passager. En effet, dans sa musette se trouvait Ratafia, ballotté dans tous les sens et qui se demandait ce qui lui arrivait. Le petit rat, qui se promenait dans l’écurie, s’était glissé dans un des sacs que Lucas avait préparés en secret avant de quitter le château. L’odeur du pain et du fromage qu’il contenait l’avait attiré. Et lorsque Lucas, sans rien dire à personne, était parti ventre à terre, chevauchant Flamboyant, son fidèle cheval, Ratafia n’avait pas eu le temps de s’échapper. Et voilà qu’il se retrouvait avec le jeune page, galopant à travers la campagne ou régnait le dragon et ses puissantes mâchoires ! Ratafia tremblait de toute sa fourrure à l’idée de finir dévoré ou rôti.
Ou les deux !

Chapitre 3

Pendant des jours et des jours, Lucas chercha désespérément celui qui voudrait bien mettre son épée au service du seigneur de la région pour combattre le dragon. Mais tous avaient peur. Fatigué de parcourir la campagne, il se décida tristement à rentrer au château. Il fit faire demi-tour au brave et fidèle Flamboyant et prit le chemin du retour. La pluie se mit à tomber et bientôt un terrible orage éclata. Le fracas du tonnerre était assourdissant, le ciel tout noir était zébré d’immenses éclairs et Lucas fut bientôt trempé jusqu’aux os. Flamboyant avançait courageusement dans la tourmente, tête baissée, et tout au fond de la musette, Ratafia grelottait, regrettant amèrement d’avoir cédé à son habituelle gourmandise. Il pensait à ses parents qui devaient être rongés d’inquiétude et à son frère et sa sœur. Tous devaient le chercher partout. Mais que pouvait-il faire ? Il n’avait pas d’autre solution que de rester bien caché et attendre que Lucas regagne le château. Tout à coup, un énorme rugissement se fit entendre, couvrant le bruit de l’orage. Flamboyant s’arrêta net et Lucas, portant la main à son épée, scruta la nuit avec attention. Il ne vit tout d’abord rien tant il faisait sombre. Et puis soudain, il distingua une immense silhouette qui avançait rapidement vers lui avec de sinistres grognements. Le dragon l’avait repéré et fonçait droit sur lui ! Tirant sur les rennes de Flamboyant, il fit brusquement volte-face et partit au grand galop dans la nuit sans se soucier des branches qui lui fouettaient le visage et de la pluie qui redoublait d’intensité. Derrière lui, il entendait le fracas que faisait le dragon lancé à sa poursuite, faisant trembler le sol à chacun de ses pas et renversant tout sur son passage. Dans la musette, Ratafia se cramponnait du mieux qu’il le pouvait, écoutant les cris de Lucas qui encourageait son cheval. Peu à peu, grâce aux efforts de Flamboyant, ils réussirent à distancer le dragon et Lucas ralentit l’allure. La pluie avait cessé. Ils s’arrêtèrent enfin et Lucas regarda autour de lui. Sans y avoir pris garde, ils s’étaient enfoncés dans une forêt profonde. Les arbres étaient si serrés que Flamboyant avait parfois du mal à passer. Mettant pied à terre, Lucas guida son cheval à travers l’enchevêtrement de buissons et de branches qu’il coupait parfois à grands coups d’épée pour se frayer un chemin. Ils marchèrent ainsi des heures, perdus, ne sachant quelle direction prendre. Dans la musette, Ratafia se consolait en grignotant quelques miettes de pain et de fromage. Lucas ne pouvait même pas apercevoir la lune, les arbres formant une sorte de toit sombre cachant le ciel. Ils débouchèrent enfin dans une clairière ou coulait un petit ruisseau. Flamboyant se désaltéra longuement tandis que Lucas ouvrait sa musette pour y prendre de quoi se restaurer. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque sa main rencontra la fourrure chaude et soyeuse de Ratafia. Vivement il lâcha le sac qui tomba par terre. Assommé par le choc, Ratafia sortit en titubant et s’écroula aux pieds de Lucas. Celui-ci le ramassa délicatement. « Pauvre petit rat », dit-il en le caressant gentiment. Ratafia reprenait doucement ses esprits. Lucas le reposa par terre et commença à manger, réfléchissant à la manière de les sortir de là. Ratafia, comprenant qu’il n’avait rien à craindre de lui vint se blottir entre ses jambes. « Mon petit compagnon, tu aurais dû mieux choisir tes amis. Nous sommes perdus et même si nous réussissons à sortir de cette forêt, le dragon nous rattrapera avant que nous ayons pu regagner le château ». Ratafia leva son petit museau et ses moustaches frémirent légèrement. Lucas sourit. « On dirait que tu comprends ce que je dis », lâcha-t-il, surpris. Une heure plus tard, Lucas décida qu’il était temps de repartir. Il enfourcha Flamboyant, glissa Ratafia dans une de ses poches et, traversant la clairière, s’enfonça de nouveau dans la forêt. Peu à peu, les arbres s’espacèrent et ils arrivèrent devant une vaste plaine qui s’étendait à perte de vue. Au loin, très loin, Lucas crut apercevoir une petite lumière qui brillait. Résolument, il dirigea Flamboyant vers ce qu’il croyait être la lueur d’un feu. « Peut-être trouverai-je quelqu’un qui pourra m’indiquer le chemin pour retourner au château », pensait-il plein d’espoir. Ratafia, qui sortait de temps en temps la tête de la poche de Lucas ou il se sentait bien au chaud et en sécurité, observait lui aussi la lumière qui se rapprochait progressivement. Tout au fond de lui, il sentait instinctivement qu’il y avait là-bas un danger. Plusieurs fois il regarda Lucas en espérant pouvoir attirer son attention. Mais ce dernier gardait les yeux rivés devant lui, pressant Flamboyant d’accélérer le pas.

Chapitre 4

Ils arrivèrent enfin en vue d’un énorme rocher, haut et escarpé, qui se dressait vers le ciel. Au sommet, la lumière clignotait comme pour leur faire signe. Lucas sauta de sa selle, attacha Flamboyant à la branche d’un vieux chêne, attrapa sa musette et son épée, et entreprit de gravir le rocher. Malgré la difficulté de l’escalade, il progressait rapidement, ne s’arrêtant que lorsqu’il était à bout de souffle. Ratafia restait blotti dans la poche, de plus en plus inquiet. Lucas arriva en haut du rocher. Il se trouvait sur une sorte de petit plateau sans aucune végétation. Devant lui s’ouvrait une immense grotte dont l’entrée était jonchée d’os de toutes tailles. Il crut reconnaître, çà et là, des morceaux de squelettes humains. Il frissonna et avala sa salive. Régulièrement une lueur vive apparaissait à l’entrée de la grotte puis disparaissait d’un coup. Ratafia quitta sa cachette et descendit prestement le long de la jambe de Lucas. Une fois au sol, il trottina en direction de la grotte, pointant ses moustaches dans toutes les directions, ses petites oreilles dressées, aux aguets. Ils pénétrèrent prudemment dans la caverne, sans faire de bruit. Bien leur en pris ! A peine avaient-ils fait quelques pas qu’ils se trouvèrent nez à nez avec le terrible dragon qui dormait. De sa gueule ouverte s’échappaient à intervalles réguliers des flammes qui léchaient le sol dans un étrange crépitement. Il régnait une odeur épouvantable de moisi et de pourriture qui rappelait à Ratafia les oubliettes du château où il allait parfois fureter malgré l’interdiction de ses parents. Ils observèrent en silence le monstre. Il était énorme et repoussant. Par endroits, sa peau, qui semblait faite d’acier, était recouverte de poils noirs et drus. Ses griffes étaient longues et acérées. Quant à sa gueule, il sembla à Ratafia qu’elle aurait pu engloutir un bœuf en une seule fois. Lucas sortit doucement son épée et avança vers l’animal. Il n’avait pas grand espoir de parvenir à transpercer la carapace qui le recouvrait mais il fallait qu’il essaie. Le dragon avait dévasté toute la région et tant qu’il resterait en vie, ce ne serait que mort et désolation. Au moment où il levait son épée, l’énorme bête bougea et ramena sa queue en avant brusquement. Lucas ne put l’éviter et fut violemment projeté à l’autre bout de la caverne. Il atterrit sur un amas d’os et de vieux tissus en décomposition qui amortirent le bruit de sa chute. Terrorisé, Ratafia avait d’abord couru vers l’entrée de la caverne puis s’était arrêté, constatant que le dragon ne bougeait plus et qu’il dormait toujours profondément. Lucas se redressa et rejoignit Ratafia. « C’est inutile », pensa-t-il, « jamais je ne parviendrai à le tuer tout seul. Il est trop fort. A la moindre erreur je finirai dans sa gueule ». Il regarda Ratafia et murmura : « Dis-moi, petit rat, aurais-tu une idée pour m’aider à venir à bout de cette horreur échappée des enfers ? ». Il vit dans les yeux du petit rat que ce dernier ne désirait qu’une chose : fuir le plus loin possible de cet endroit ou tous deux risquaient de périr d’un instant à l’autre. Lucas réfléchissait. Soudain son visage s’éclaira. Il venait d’avoir une idée qui allait peut-être leur permettre de se débarrasser définitivement du dragon.
Doucement il sortit de la caverne, Ratafia sur ses talons.

Chapitre 5

Dehors, la nuit était tombée. Plaqué contre la paroi de la caverne, Lucas expliquait en chuchotant son idée à Ratafia. « J’espère que tu me comprends, petit rat. Sans toi, nous ne pourrons pas nous en sortir ». Ratafia écoutait attentivement Lucas, tendant ses petites oreilles. Son plan était audacieux et dangereux. « Pourvu que ça marche ! », pensait-il, « sinon je ne reverrai jamais le château et ma famille ». Il tremblait de tous ses membres et son petit cœur battait à toute vitesse. Pourtant il n’avait pas le choix. Sa seule façon de rentrer chez lui était d’aider Lucas, bien décidé à combattre le dragon. Ils devaient réussir ou ils finiraient tous les deux dans le ventre du monstre ! Ils restèrent ainsi des heures, sans bouger. Lucas attendait que le dragon quitte sa tanière pour pouvoir préparer le piège qu’il avait imaginé. Soudain, un énorme rugissement retentit dans la caverne. Lucas serra le manche de son épée tandis que Ratafia se blottissait entre ses bottes. Dans un grand battement d’ailes, le dragon, immense, surgit de la caverne et s’éloigna, crachant d’énormes flammes par sa gueule. Il passa tout près de nos deux compères qui sentirent le violent souffle d’air qu’il provoquait en se déplaçant. Derrière lui flottait une odeur de soufre et de pourriture épouvantable. Ils le virent s’éloigner et disparaître dans la nuit. « Allons-y ! », lança Lucas à Ratafia en pénétrant dans l’antre du Dragon. Tous deux s’activèrent longuement dans la caverne. Lucas donnait des ordres à Ratafia qui trottinait aussi vite qu’il pouvait, s’attendant à voir arriver le monstre d’un instant à l’autre. Mais ils étaient prêts depuis longtemps quand ils entendirent le raclement des griffes du dragon qui se posait lourdement à l’entrée. Prestement, Ratafia grimpa le long du mur, au fond de la caverne et se glissa dans un gros trou dans la paroi. Tout près de son museau, à l’entrée de l’orifice, se trouvait un tas d’os prêt à tomber que Lucas avait empilé et qu’une petite corde astucieusement enroulée retenait. Dans un coin, il pouvait apercevoir la chandelle que Lucas avait allumée derrière un gros paquet de vieux tissus que tous deux avaient ramassé sur le sol. « Pauvres gens ! », avait dit Lucas plusieurs fois en pensant au sort des victimes du dragon, enlevés dans leur champ ou dans leur chaumière pour finir dévorés.
Et maintenant, debout au milieu de la caverne, il attendait bravement l’entrée du dragon qui fit brusquement son apparition en soufflant et grognant bruyamment.

Chapitre 6

Lucas le vit arriver lentement. De sa gueule dépassait des morceaux de ce qui avait dû être une charrette de foin qu’il terminait d’engloutir. « Halte ! », hurla Lucas de toutes ses forces en brandissant son épée. Le dragon s’arrêta et le fixa de ses méchants petits yeux verts et cruels. Il partit soudain d’un immense éclat de rire qui résonna sur les murs de la caverne. Derrière son rocher, Ratafia sentit les poils de sa fourrure se dresser. « Qui es-tu, petit vermisseau humain qui ose me commander ?! », lança le dragon d’une voix terrible. « Je suis Lucas, le grand sorcier du royaume », répondit Lucas en essayant de parler sans que sa voix tremble. « Un grand sorcier ! Voyez-vous ça ! », lâcha le dragon avec un rire sinistre. « Et que me vaut l’honneur de votre visite, ô grand Lucas, sorcier du royaume ? », continua-t-il, l’air de beaucoup s’amuser. « Je suis venu t’avertir que si tu continues à terroriser les pauvres gens de la région, je serai obligé de te renvoyer en enfer pour l’éternité », répondit Lucas en sentant que ses genoux s’entrechoquaient de peur. « Et comment comptes-tu t’y prendre, ô grand sorcier aux genoux qui jouent des castagnettes ? », rétorqua le monstre en aiguisant ses griffes tranchantes sur le sol. « Tu vas voir comme mon pouvoir est grand », dit Lucas en se tournant vers le fond de la grotte. « Ô forces de la terre, des océans et du ciel, montrez à ce stupide animal ce qu’il risque à me défier ! ». Dès qu’il entendit ces mots, Ratafia grignota de ses dents pointues et aiguisées la corde qui retenaient le tas d’os qui s’écroula soudain sur le sol, avec fracas, et s’éparpilla dans toutes les directions. Le dragon fit un pas en arrière, surpris. « Est-ce donc là tout ce que tu sais faire, petit sorcier ? » Lucas se tourna vers l’amas de vêtements derrière lequel Ratafia s’était faufilé discrètement. « Ô forces du tonnerre, des éclairs et des orages, manifestez-vous pour convaincre cet incrédule ! » Brusquement Ratafia poussa la chandelle sur les vieux tissus qui prirent feu tous ensemble et illuminèrent les murs de la caverne. Lucas pouvait voir les flammes se refléter sur les crocs du dragon qui fixait le brasier l’air inquiet. Rapidement, Ratafia s’était écarté du feu pour se réfugier dans le casque d’un malheureux soldat que le dragon avait dû avaler d’un coup de gueule. Il vit le dragon gonfler son poitrail et commencer à faire aller et venir sa queue couverte d’écailles. « Tes petits tours ne me font pas peur », gronda-t-il en s’avançant vers Lucas et en ouvrant sa gueule. « Crois-tu m’impressionner avec tes os qui volent et ton misérable petit feu ? » Lucas tendit son épée en avant, prêt au combat. Mort de peur, Ratafia se mit à courir de toute la force de ses petites pattes sous le casque qui lui servait de cachette, l’entraînant avec lui vers la sortie de la grotte, avec un grand bruit de casserole. Abasourdi, le dragon se retourna, cherchant à comprendre par quel prodige un casque pouvait se déplacer tout seul sur le sol de la caverne. C’est ce geste qui le perdit. D’un bond, Lucas lui plongea son épée dans l’œil, se laissa tomber au sol et roula sur le côté pour éviter les coups de pattes du dragon qui se débattait dans tous les sens avec des hurlements à vous glacer le sang. Ratafia, qui était sorti de dessous sa cachette observait la scène, fasciné. Soudain, dans un dernier grognement, le dragon s’effondra par terre. Il cracha quelques flammes et cessa de bouger. Il était mort ! Lucas se releva péniblement, tout étourdi par sa chute. Il s’approcha du dragon, saisit le manche de son épée et la retira d’un coup sec. Le monstre ne bougea pas. Il ne terroriserait plus jamais personne. Ratafia rejoignit Lucas qui le souleva délicatement du sol. « Cher petit compagnon », lui dit-il, « grâce à toi, nous avons réussi. Quand je l’ai vu s’approcher, j’ai bien cru que ma dernière heure était arrivée ! Sans ton aide, je n’aurai jamais revu le château. » Afin de prouver qu’il avait bel et bien vaincu le dragon, Lucas trancha un morceau de sa queue qu’il emporta sur son épaule. Il avait aussi dans sa poche une grosse dent qu’il avait arrachée dans la terrible gueule de la bête. Après un dernier coup d’œil dans la caverne où reposait pour l’éternité celui qui avait mis la région à feu et à sang, il redescendit le rocher avec Ratafia sur ses talons. En bas les attendait Flamboyant qui se mit à hennir en agitant sa crinière en signe de joie lorsqu’il les vit arriver. Lucas fourra Ratafia dans sa poche, enfourcha sa monture et prit le chemin du retour. Ils galopèrent ainsi longtemps avant de retrouver leur chemin. Enfin, un matin ils aperçurent les tours du château qui se dressaient dans la brume. Flamboyant accéléra le pas et une heure plus tard, ils franchissaient le pont-levis sous les acclamations de la foule que les guetteurs avaient prévenue. Lucas brandissait le morceau de queue et la dent du dragon en signe de triomphe.
Ratafia, dressé dans sa poche, contemplait le spectacle, impatient de retrouver sa famille et de leur narrer son aventure.

Chapitre 7

Quelques heures plus tard, dans la grande salle du château, le seigneur accueillit Lucas qui lui raconta comment, avec l’aide de Ratafia, ils avaient vaincu le dragon. Il montra le bout de queue qu’il avait coupé et la dent qu’il avait arrachée et un murmure de crainte parcourut les spectateurs qui se serraient pour mieux voir nos deux héros. Le seigneur fit s’agenouiller Lucas, posa son épée sur son épaule et le fit solennellement chevalier. Puis il lui donna la main de sa fille, la belle Gwendoline, ainsi qu’un long parchemin orné d’un sceau en cire sur lequel était écrit à la plume d’oie que la moitié des terres de la région lui appartenait dorénavant. Lucas jura devant toute l’assistance de servir son maître jusqu’à la fin de ses jours, avec courage et honneur. Quant à Ratafia, sous les yeux de sa famille, il reçut une montagne de gruyère. Il fut déclaré grand sujet du royaume et eut droit, à ce titre, au respect de tous et à leur protection. Un grand banquet fut ensuite donné en leur honneur au cours duquel on célébra les noces de Lucas et de Gwendoline. Sur l’épaule de Lucas, son nouveau maître, Ratafia ne se lassait pas de l’entendre raconter leur aventure et se dressait sur ses pattes lorsqu’il entendait parler de lui. Très tard dans la nuit, Lucas prit congé de ses hôtes et partit avec Gwendoline vers sa nouvelle demeure. Dans sa musette, il emportait la famille de Ratafia, toute heureuse de savoir qu’elle vivrait dorénavant sans souci, sous la protection du courageux chevalier qui avait vaincu le dragon. Quant à Ratafia, tout fier, il se tenait agrippé à la crinière de Flamboyant, ses petites moustaches frémissant dans le vent. Et depuis, dans toute la région, on célèbre le jour ou un petit rat aida un jeune page courageux à tuer un monstrueux dragon. La nuit venue, avant d’aller se coucher, les enfants mettent sur le pas de la porte des petites miettes de pain et de fromage. Et le lendemain, elles ont disparu. « C’est Ratafia qui est passé ! », disent les parents en souriant. « Tant qu’il veillera sur nous, nous vivrons en paix ».
Et ils vécurent très longtemps en paix.

82 VOIX

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Pour poster des commentaires,
Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
ce conte ne manque pas de suspens ni d'inventivité.
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MissFree
MissFree · il y a
Il est vraiment bien ce conte. J'ai passé un agréable moment.
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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
C'est très gentil à vous. Un grand merci!
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Chantane
Chantane · il y a
une belle histoire que les enfants adoreront qu'on leur conte , avec pour récompense la paix, j'adore +5
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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
Un très grand merci! Bonne soirée!
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Klelia
Klelia · il y a
Adepte de fantasy j'ai adoré votre histoire ! Mes 4 votes. Et merci pour ce joli moment de lecture
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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
C'est moi qui vous remercie. Très bonne soirée!
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Zouzou
Zouzou · il y a
...pot de terre contre pot de fer! bravo +5 si vous aimez , je vous invite dans mon 'taj mahal' ,' mante orchidée' , 'jacarandas' et 'petit matin'
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Guilhaine Chambon
Guilhaine Chambon · il y a
Toutes mes voix pour ce joli texte . Je vous invite à découvrir Au fait qui est en finale et si le cœur vous en dit de visiter ma page. Belle journée
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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup pour vos voix! De mon côté, j'avais déjà voté pour votre texte il y a quelques temps.Très bonne soirée!
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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup!
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Yasmina
Yasmina · il y a
Excellent conte avec tous les ingrédients qu'on aime ! Mes 5 votes !
Puis-je vous inviter à Bora Bora pour une autre histoire merveilleuse ;-) avec "Nos corps bord à bord" ?

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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup. Vous avez mes votes. Bonne soirée!
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Yasmina
Yasmina · il y a
C'est très gentil à vous ! Merci beaucoup ! Je vais aller lire votre autre texte en compét'.
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Annelie
Annelie · il y a
Fan de contes car j'en écris, je vous donne ma note maximum + 5. Merci pour ce vrai régal.
On vous propose des lectures !
J'offre un Ttc tango : " Milonga", en lice jusqu'au 21.

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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
Merci, c'est très gentil. Vous avez mon vote. Bonne soirée!
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Annelie
Annelie · il y a
Merci beaucoup !
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Arlo
Arlo · il y a
Très bon conte à l'imaginaire riche. J'attends une suite avec impatience. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir son poème "à l'air du temps" en finale du grand prix été poésie. Bonne chance à vous.
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V. H. Scorp
V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup! Vous avez mon vote. Belle journée et bonne chance également!
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