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 Romance  Surnaturel

Quand la neige fond...

Rouge-coeur

Rouge-coeur

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2 février 1991
Le ciel est gris, la neige blanche. Béatrice virevolte entre les flocons en riant. Ses cheveux sont tout blancs à présent, mais elle n’en a que faire. Samuele l’attrape par la taille, la serre contre lui et l’embrasse.
Ils se sont rencontrés dans un couloir, six jours plus tôt. Elle est tout de suite tombée sous le charme du jeune étudiant italien. Elle lui a fait faire le tour de la ville, et il lui a appris la passion.
Béatrice est une jolie jeune fille qui a quitté sa campagne et ses parents pour venir étudier la psychologie à Paris.
Elle adore cette ville, elle aime Samuele, et il neige. Il neige et Béatrice est heureuse. Ses baskets sont trempées, et elle a un peu froid, mais Samuele la serre contre son cœur, et c’est tout ce qui compte. Souriant, il penche la tête en arrière et tire la langue pour boire les larmes du ciel. Elle l’imite. La lumière froide de l’hiver l’éblouit, un flocon tombe sur son œil. C’est froid. Elle fait papillonner sa paupière, mais déjà la gêne s’est envolée. Le petit flocon a fondu sur sa pupille.

27 février 1991
Il est parti.
Béatrice est effondrée dans son lit, anéantie. Pourtant, elle n’a pas versé une larme, comme si son œil était gelé. Pensée idiote !
Il est parti, comme ça au matin, sans rien dire, sans même lui laisser un mot. Ils ont passé la nuit à s’aimer, follement, passionnément, et maintenant il est parti.
Béatrice ne comprend pas. Elle a l’impression que son cœur a fondu comme la neige au soleil, ce n’est plus qu’une flaque sur un trottoir de béton que les enfants piétinent.

19 mars 1991
Impossible ! Impossible, impossible, impossible ! Béatrice tient tremblante le test dans sa main. Il est positif. Elle est enceinte.
Que faire ? Que penser ? Un petit homme pousse dans son ventre, une petite chose fragile.
Elle s’approche hésitante du miroir, soulève son tee-shirt. On ne voit rien encore. Un simple petit renflement que l’on devine à peine, peut-être.
C’est si irréel ! Béatrice est partagée entre la détresse et une joie profonde, une joie indescriptible. Ce sentiment quand on découvre la neige pour la première fois.

6 décembre 1991
Il fait froid, et Béatrice a mal.
Elle voudrait hurler, crier aux médecins, aux sages-femmes, de tout arrêter. Il est très bien là où il est, au chaud, tranquille, qu’il y reste ! Elle respire profondément, pousse un cri rauque. Le décor est un peu flou, la salle sombre. Encore un dernier effort.
Béatrice est épuisée, son corps tout entier lui fait mal. Elle ne pense plus à rien à présent, elle voudrait juste dormir. Mais avant, elle veut tenir son bébé dans ses bras.
Les médecins ont l’air agités, l’atmosphère s’emplit de tension. Où est son enfant ? Qu’ont-ils fait de son petit garçon ? Pourquoi n’a-t-il pas pleuré ?
— Mademoiselle ?
— Où est mon bébé ?
— Il va bien, mademoiselle, mais…
— Pourquoi je ne peux pas le voir ? Je veux mon bébé !
— En fait, nous préférons le garder en observation pour le moment. Il y a quelque chose…
— Mais vous venez de dire qu’il allait bien ! Donnez-moi mon enfant !
— Calmez-vous, mademoiselle ! Votre bébé va bien, mais il semble qu’il y ait un problème avec ses yeux…
— Un problème ? Comment cela ? Je ne comprends pas…
— À vrai dire, nous non plus. Il semblerait que… Eh bien, en fait…
— Il semblerait que quoi ?
— Il semblerait qu’il ait de la neige dans les yeux.

7 décembre 1991
Étrange petit bonhomme aux yeux de neige. Béatrice l’a appelé Florian. Son bébé Flo, son petit flocon.
Béatrice le protégera. C’est son enfant, son enfant à elle, à elle seule. Il est toute sa vie déjà, il n’y a plus que lui qui compte.
Elle le regarde, lui murmure son amour, le serre contre son cœur. Dors petit flocon, dors avant que le soleil ne te fasse fondre.

2 septembre 1998
Le bâtiment se dresse devant eux, imposant, écrasant. Béatrice serre fort la main de son fils. Florian est à la fois excité et inquiet. Il tire sa mère en avant, Béatrice résiste.
— Florian, attends !
— Mais…
— Il n’y a pas de « mais » qui tienne. Tes lunettes sont bien mises, elles ne risquent pas de glisser ?
— Non, Maman…
— Tu y fais bien attention. Tu ne chahutes pas et surtout, tu ne les enlèves pas. Sous aucun prétexte.
— Je sais… Laisse-moi y aller, maintenant… S’il te plaît…
Béatrice regarde Florian, si petit et pourtant si grand déjà. Elle lui caresse délicatement la joue, l’embrasse sur le front et lui lâche la main. Le petit garçon s’éloigne en courant et disparaît derrière le grand portail de l’école.
Le cœur de Béatrice se serre. Malgré elle, elle a un mauvais pressentiment. Bien sûr, ce n’est pas comme quand il avait trois ans, et qu’elle avait essayé de l’inscrire en maternelle. Il est plus grand, maintenant, il sait faire attention à ses lunettes.
Mais si jamais par mégarde en jouant… Si jamais quelqu’un voit ses yeux… Ce sera de nouveau comme trois ans plus tôt. Des regards dégoûtés, curieux, choqués, et puis des mots. Des mots aussi dévastateurs qu’une tempête de neige. « Anormal », « effrayant », « repoussant », « monstrueux »…

Quand la cloche sonne, Florian se met en rang avec les autres. C’est une sensation nouvelle, étrange. Faire partie d’un groupe, être avec d’autres enfants de son âge. La maîtresse les fait entrer en classe. Florian s’installe tout au fond, dans un coin.
Quand tout le monde est assis, la maîtresse se présente et demande ensuite à chacun de faire la même chose. Florian s’enfonce dans son siège, la boule au ventre. Il n’a aucune envie de parler devant tout le monde. Les uns après les autres, les CP se lèvent et, brièvement, exposent un petit morceau de leur vie au reste de la classe. Florian prie pour disparaître quand vient son tour. Il repousse lentement sa chaise. Tous les yeux sont braqués sur lui, il est cerné, aucune échappatoire possible.
— Je m’appelle Florian et j’ai six ans.
— Tu as des frères et sœurs, Florian ?
— Non.
— Et que font tes parents ?
— Ma maman travaille dans une bibliothèque.
— Très bien, Florian, tu peux t’asseoir.
Le petit garçon accueille cette nouvelle avec un immense soulagement.
Bientôt, la sonnerie retentit pour annoncer la récréation. Les enfants sortent en courant dans la cour. Florian s’installe contre un arbre et regarde les autres jouer. Trois garçons s’approchent de lui. Florian se souvient qu’il s’agit de Joseph, de Bruno et de Martin.
— Pourquoi t’as pas parlé de ton papa ?
— Je suis sûr que c’est parce qu’il est en prison.
— Et puis pourquoi tu portes des lunettes de soleil à l’intérieur ? Ma maman dit toujours qu’y faut pas les mettre à l’intérieur.
— En plus, y’a même pas de soleil.
— Enlève-les, maintenant !
— Je peux pas… J’ai pas le droit…
— En fait, t’es qu’une poule mouillée.
— C’est pas vrai !
— Si, c’est vrai !
Joseph attrape alors vivement les lunettes de Florian et les jette par terre. Le verre se brise.
— C’est horrible !
— Il a les yeux tout blancs.
— Il fait peur.
Les autres enfants, curieux, commencent à s’approcher. Florian ne bouge plus, sous le choc. Quelqu’un lui lance un cahier à la tête. Le décor est trop flou et trop blanc à travers la neige de ses yeux, sa tête bourdonne.
La maîtresse disperse les jeunes élèves, attrape Florian et l’emmène à l’infirmerie. Le reste se passe comme dans un rêve.
Une femme en blouse blanche lui braque une petite lampe dans les yeux, qui l’éblouit plus encore. Sa mère arrive, rouge d’avoir couru, et il passe avec elle, pour la deuxième et dernière fois, le grand portail.
Il n’ira plus jamais à l’école, et pour lui, c’est comme si tous ses rêves s’envolaient dans un immense tourbillon de neige.

14 novembre 1998
La salle d’attente est pleine de courants d’air. Une dame âgée assise en face fixe Florian par-dessus ses lunettes, les sourcils froncés. Béatrice passe un bras autour des épaules de son fils et lance un regard sévère à la vieille dame qui détourne le regard.
Bientôt, le patient précédent sort, et c’est le tour de Florian. L’ophtalmologue le salue et l’invite à s’asseoir. Florian a peur de se faire réprimander pour ses lunettes cassées, il a les jambes en coton. Sa mère lui presse la main et lui sourit pour le rassurer, mais les contours de ses lèvres sont flous dans le brouillard blanc de la vision de Florian.
Après l’avoir examiné en détail une fois de plus, toujours aussi fasciné par son cas, l’ophtalmologue disparaît dans son petit atelier, derrière son bureau.
Florian ne peut pas s’empêcher de penser que cet homme a quelque chose d’un savant fou. Ses patients ne sont que des cas désespérés, et il fabrique lui-même les lunettes adaptées à leur vision peu commune.
Au bout d’un moment, le médecin revient avec une paire de lunettes très légères, fines, aux verres sombres, qu’il tend à Florian. Ce dernier les prend et les met délicatement. Elles sont moins encombrantes que les lunettes de soleil, plus simples, et avec elles, il voit net et gris. Gris comme le ciel d’hiver.

31 décembre 2000
Florian et Béatrice sont montés sur le toit. La nuit commence à tomber. Les bruits de fêtes et les rires des passants dans la rue leur parviennent comme un écho lointain. Béatrice a préparé du chocolat chaud avec de la guimauve, « comme dans les films », lui a dit Florian.
Bientôt, une première fusée transperce la toile noire du ciel et explose en une fleur multicolore. Une deuxième la suit déjà, et plein d’autres encore. Les lumières scintillent de mille éclats avant de disparaître dans la nuit.
— Regarde la rouge, Florian, comme elle est belle !
Le petit garçon baisse la tête. Béatrice s’en veut. Comment a-t-elle pu oublier, même un instant, que Florian ne sait rien des couleurs ? Pour lui, tout est blanc, gris ou noir. Le décompte résonne, et c’est le bouquet final.
— Bonne année, Maman…
— Bonne année, mon chéri. Et n’oublie pas de faire un vœu.
Ils se serrent l’un contre l’autre. Si ses yeux gelés ne l’empêchaient pas de pleurer, Florian aurait les joues inondées de larmes. Un vœu ? Son seul vœu, son seul désir est irréalisable. Il faudrait que la neige n’ait jamais existé.

13 août 2003
Le soleil est brûlant. Tous les volets sont fermés, la chaleur est intenable. Florian se tient debout, la tête levée vers le ciel, les yeux grands ouverts.
Béatrice arrive en courant, le tire par le bras. Il se débat, mais elle parvient à le faire rentrer dans le hall frais.
— Qu’est-ce qui t’a pris ? Tu aurais pu attraper une insolation !
— Rien…
— Comment ça, rien ?
— Ça ne sert à rien !
— Florian !
— Elle ne fond pas ! Elle ne fondra jamais ! Jamais ! Jamais, je ne serai normal !
Béatrice reste sans voix. Son fils s’enfuit en courant dans les escaliers, et elle entend bientôt la porte de l’appartement claquer. Malgré la chaleur, elle est prise d’un frisson.
Son fils lui échappe. Il est sans cesse en colère contre elle, contre lui-même. Il se hait. Il se déteste. Il le lui a dit, après qu’elle l’eut empêché de se brûler les yeux à la bougie. Il le lui a crié de nouveau en frappant violemment dans un miroir.
Béatrice est désespérée. Elle l’aime plus que tout et pourtant, ça ne suffit pas. Elle a l’impression de se trouver prise dans une avalanche, dans le noir complet, étouffée.

5 mars 2007
Florian traîne des pieds derrière sa mère.
Elle lui a dit que ça lui ferait du bien d’avoir une vraie atmosphère de travail et qu’en plus, comme cela, elle pourrait l’aider. Elle aurait dû dire le surveiller pour qu’il ne fasse pas de bêtises. D’autant plus que Florian n’a pas besoin d’aide ; même sans être allé à l’école, il est doué pour les études.
Avant d’entrer, Béatrice se retourne vers son fils. Florian l’ignore. Une fois à l’intérieur, elle lui indique une petite table, à l’écart. L’adolescent y pose lourdement son sac et s’enfonce dans une allée. Seul au milieu des étagères courbées par le poids des livres, Florian respire. Il attrape un roman au hasard. Sans Famille d’Hector Malo. Il se laisse glisser sur la moquette rêche de la bibliothèque et entame sa lecture.

Béatrice commence un peu à s’inquiéter. Ça fait presque quatre heures que Florian a disparu dans les rayons. Il n’a pas pu sortir, bien sûr, elle l’aurait vu. Et puis, il ne peut rien arriver dans une bibliothèque. Tourmentée, elle trébuche sur un livre. Elle se baisse pour le ramasser… Florian !
Florian est assis par terre, absorbé par sa lecture, entouré de livres, souriant. Florian sourit ! Béatrice a un hoquet de surprise. Son fils tourne lentement la tête vers elle.
— Maman ?
— Florian, qu’est-ce que tu fais ?
— Tu le vois bien, je lis…
— Mais… ça fait des heures…
Florian regarde sa montre. Pour lui, c’est comme si le temps avait disparu, comme s’il s’était figé de froid.

18 novembre 2012
Une bande de filles ne cesse de pouffer. Florian a du mal à se concentrer. Encore ces étudiantes qui pensent plus à batifoler qu’à étudier. Bientôt, l’une d’elle s’approche de lui.
— Salut, beau gosse !
Ses amies s’esclaffent. Florian ne dit rien. Mince ! ça fait quatre fois qu’il relit la même phrase.
— Hé ! dis, comment tu t’appelles ? T’as un problème de vue ? Parce que je suis en médecine et je veux justement faire spécialité ophtalmologie.
— Ah oui ?
— Oui. Et j’aimerais beaucoup me plonger dans tes yeux, beau brun.
— Vraiment ? Je ne crois pas.
— Allez, laisse-moi voir…
— Foutez-moi la paix, maintenant !
Florian se lève, attrape son sac et sort.
Chaque fois c’est la même chose ! Et s’il a le malheur d’enlever ses lunettes… Soit elles sont terrorisées, soit elles le regardent de façon totalement différente, comme un rat de laboratoire. Et les garçons… Soit ils sont jaloux, soit ils le trouvent trop bizarre pour en faire un ami. Finalement, il n’a que sa mère, les livres et la neige. Cette fichue neige !

22 janvier 2015
La bibliothèque est presque vide. Eloane ne le quitte presque pas des yeux. Cela fait une semaine qu’elle cherche par tous les moyens à l’aborder, mais chaque fois qu’elle approche du but, elle renonce. Ce soir, Eloane est décidée ; elle n’a rien à perdre.
Il se lève, ramasse les livres posés devant lui, les rapporte au comptoir et retourne chercher ses affaires.
La jeune fille vient à sa rencontre.
— Bonjour !
— Bonjour.
— Je m’appelle Eloane, je viens souvent à la bibliothèque et… je me demandais…
— Si vous pouviez me draguer ? M’étudier, peut-être ? Ou encore, pourquoi je porte des lunettes de soleil à l’intérieur ?
— Non… je ne voulais pas dire ça… Attendez, ne partez pas…
Il s’éloigne, et Eloane reste sur place, interdite.

Florian a mal à la tête. Comme d’habitude. Il sait qu’il ne devrait pas passer ses journées à lire, mais que peut-il faire d’autre ? Les livres sont sa vue. Toutes ces couleurs qu’il ne connaîtra jamais, ces histoires qu’il ne vivra jamais, ces paysages qu’il ne contemplera jamais. Ce monde qu’il ne connaît pas vraiment. Et puis cette fille. Encore une personne trop curieuse ou une de ces étudiantes en sciences qui pense pouvoir l’aider. Comme toujours. C’est pour ça qu’il préfère rester seul. Surtout depuis que sa mère est partie.
Elle est tombée malade, l’hiver dernier. Juste un rhume, d’après elle. Et puis… une semaine plus tard, la fièvre l’emportait sans d’autres explications. Maintenant, qu’importe s’il a froid, personne ne pourra jamais lui réchauffer le cœur.

25 janvier 2015
Eloane n’arrive pas à se concentrer sur sa lecture. Il est assis juste en face d’elle. Elle sait qu’après la façon dont il l’a renvoyée, elle ne devrait plus penser à lui, et pourtant, c’est tout le contraire. Ses mèches brunes qui lui tombent sur le front, la manière qu’il a de caresser les livres, ses lèvres…
La première fois qu’elle l’a vu, elle s’est trouvée comme hypnotisée, sous le charme. Alors elle est revenue. Il n’était pas là. Au bout d’une heure, elle a rangé ses livres et ses affaires, déçue. Elle l’a bousculé. Son parfum. Il s’est excusé. Sa voix. C’était sa faute, elle s’en voulait. Et puis il est allé s’asseoir sans plus lui prêter attention, sans qu’elle ait eu le temps de le connaître.
Il vient tous les jours. Elle aussi. Il ne sait rien d’elle. Elle ne sait rien de lui. Pourtant, il y a quelque chose qui bondit dans son cœur chaque fois qu’elle le voit.
— Bonjour ! Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi. Eloane.
— Je me souviens. Mais je vous ai déjà dit que…
— Je sais. Vous ne m’aviez pas laissé le temps d’aller au bout de ma demande. Je ne voulais pas vous vexer ou vous blesser. En fait, j’ai remarqué que vous veniez ici tous les jours, et moi aussi. Alors, je sais qu’on ne se connaît absolument pas, mais je voulais vous proposer d’aller boire un verre.
— Comment ?
— Si ça vous dérange…
— Non, non. Pourquoi pas ? C’est juste que… Je suis désolé. Pour l’autre fois.
— Ça ne fait rien.
— Au fait, je m’appelle Florian.

25 juin 2015
Eloane a organisé un pique-nique pour Florian et elle. Pour fêter leurs six mois d’amitié, en quelque sorte. Mais surtout pour le voir. Pour passer du temps avec lui, ailleurs qu’à la bibliothèque.
Pour le lui dire, peut-être. Non. Ce serait trop étrange, et ça risquerait de gâcher ce qu’ils partagent déjà. Et puis, il ne peut pas l’aimer. C’est encore une inconnue. Ce sera toujours une inconnue qui ne pourra jamais vraiment le comprendre. Comprendre le vide et la rage en lui. Ses blessures… Eloane a la gorge serrée. Elle a peur que Florian n’ait pas de place dans sa vie à lui offrir, même pas une place de la taille d’un flocon de neige.

28 janvier 2016
Eloane attend Florian devant la bibliothèque, comme d’habitude. Il arrive, et elle a un léger frisson, comme d’habitude. Ils s’installent face à face, comme d’habitude. Florian prend un nouveau livre, et Eloane le dévore des yeux, comme d’habitude.
Elle l’aime. Elle l’aime, et il n’en sait rien. Parfois il lui sourit sans raison, lui prend la main, mais la plupart du temps, il est distant, comme s’ils se connaissaient à peine. C’est un garçon froid comme la glace, et pourtant, elle l’aime.
Ils restent deux heures en silence à lire, et puis vient l’heure de repartir. Ils se lèvent et sortent ensemble. Il neige, dehors. C’est froid et doux.
Eloane propose à Florian de le raccompagner. La vérité, c’est qu’elle ne veut pas le quitter. Ils marchent en silence. Les flocons semblent danser dans le ciel. Florian a l’air triste. Sans la neige… Eloane lui prend la main, se serre un peu plus contre lui. Il a les mains gelées. Eloane l’arrête. Florian ne comprend pas. Leurs lèvres se touchent, leurs langues s’emmêlent. Eloane tremble.
— Je t’aime.

Un flocon glisse sur la joue de Florian, puis un deuxième. Il pleure. La neige de ses yeux fond.
Eloane l’embrasse de nouveau, et son cœur s’embrase. Il s’est arrêté de neiger.
Florian fait papillonner ses paupières. Les couleurs l’éblouissent. C’est magique ! Incroyable !
Eloane le regarde avec amour. Le soleil fait fondre la neige, et elle est son soleil. La chaleur fait fondre la neige, et elle est sa flamme.
Florian la serre contre lui, elle se blottit entre ses bras.
— Tes yeux ! Ils sont bleus.

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Lain
Lain · il y a
Snif
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Arlo
Arlo · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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LN26
LN26 · il y a
Je ne découvre ce beau texte que maintenant. Mais il vaut mieux tard que jamais quand le texte est d'une telle qualité. L'histoire est poétique et prenante du début à la fin. En plus, il n'y a pas une mais deux histoires d'amour; c'est fait pour moi ! Bravo !
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Ion Bab
Ion Bab · il y a
Bonjour,
Pourriez vous me contacter je voudrais vous proposer de transformer votre nouvelle en court métrage.
Merci
ionb@live.fr
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Le petit Léo
Le petit Léo · il y a
une istoire très poétique, j'aime beaucoup, je vote.
Je vous invite à aller lire ma dernière nouvelle "ONYRAC"
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Bloody
Bloody · il y a
Quelle poésie dans cette histoire ! Merci pour ce flocon si raffiné et si rafraîchissant ! Vous nous offrez un merveilleux moment de lecture et d'empathie. Bravo Rouge Coeur !
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Michael D'arcy
Michael D'arcy · il y a
Simple et très beau, bravo! Votre sensibilité est follement communicative.
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Guy Bellinger
Guy Bellinger · il y a
Je découvre ce texte après la bataille mais il n'est jamais trop tard : je me retrouve en effet dans le même état que vos nombreux votants comme, sous le charme. Ce beau portrait d'un garçon pas comme les autres (me revient en mémoire "Le garçon aux cheveux verts", le film de Joseph Losey) ne peut laisser indifférent, pas davantage que l'amour sincère qui parvient à le tirer de son isolement douloureux. Pas plus que votre style sans chichis qui va droit à l'essentiel autrement dit droit au cœur. L'omniprésence de la neige, à la fois froide et belle, renforce l'adhésion du lecteur.
Je vous propose de toucher à mon tour votre (rouge) cœur (y parviendrai-je, c'est une autre histoire...) avec les aventures et mésaventures de Lola, ma petite héroïne de "La neige, la sittelle et le grand-père" (http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/la-neige-la-sittelle-et-le-grand-pere)
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Rouge-coeur
Rouge-coeur · il y a
Wahou ! Merci infiniment pour ce commentaire qui me touche énormément ! Je vais de ce pas lire les aventures de cette Lola :)
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Rouge-coeur
Rouge-coeur · il y a
Merci à tous pour vos commentaires qui me touchent beaucoup. Je suis très prise par mes études ce qui m'empêche de vous répondre à tous individuellement et de venir lire vos oeuvres autant que je le voudrais. En tout cas mille fois merci !!!
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Geneviève Marceau
Geneviève Marceau · il y a
Ca roule pour toi! :-)
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