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Fébriles, les filles parlent trop fort, rient faux, se houspillent moqueusement dans le vestiaire tout en se préparant. Et moi j’ai beau m’efforcer d’être là, m’efforcer de me tendre vers l’objectif – le match –, rien n’y fait, je ne peux penser qu’à Léonore. Elle sera là, dehors, sous le soleil, forcément à côté de la barrière puisque les tribunes lui sont inaccessibles, et pour la première fois il va falloir jouer devant elle, sentir son regard brûlant d’amour posé sur moi, me cherchant sur le terrain...
— Bon les filles, vous êtes visibles ?
Le son monte, des glapissements, des couinements, les dernières à avoir encore les fesses à l’air sautent dans les culottes, les shorts, les brassières renforcées. Rien de plus efficace pour mettre notre poulailler en émoi que la voix du coq-coach derrière la porte. Marie-Ann, la capitaine, jauge d’un œil sévère notre troupe qui masque sa trouille derrière quelques derniers éclats de rire de fanfaronnes. Personne n’est dupe, mais c’est comme ça qu’on fonctionne.
— Les filles, avant de laisser entrer le coach, un seul mot. On est chez nous. On a fait nos preuves, la montée est au bout des quatre-vingts minutes. Ça va être dur, ça va être chaud, ça va saigner. Mais on est chez nous.
Elle n’a rien eu besoin de dire, on est toutes debout, bras sur les épaules, têtes contre têtes. Elle est la louve chef de meute, elle est ce qui nous soude et fait de nous un seul grand corps, et pourtant, même en criant avec les autres « On est chez nous ! », je vois le visage de Léonore, j’entends sa voix, et mon estomac se tord à l’idée de sortir. Avec un peu de chance, Papa ne l’aura pas amenée pour l’entraînement, et je pourrai puiser en moi ma force de concentration pour être prête.
Le coach s’impatiente, et silencieuses à présent, nous sortons en file indienne pour gagner notre en-but. Mais Marie-Ann me retient juste avant la porte.
— Éléa, ça va aller ? Tu es toute blanche.
— Problèmes gastriques.
À peine ai-je dit ça qu’une douleur me traverse.
— Je vous rejoins.
Et devant son regard soucieux :
— T’inquiète, je vais gérer.
Je n’ai que le temps de me ruer dans une cabine de toilettes avant que mon repas de onze heures ne passe dans l’autre sens. Accroupie au bord de la cuvette, de l’eau plein les yeux, je ne peux pas résister au flux des souvenirs.

Le premier signe, je crois que ça a été l’encrier renversé. On jouait dans l’atelier de Papa, assises par terre côte à côte, et Léonore, qui avait depuis toute petite montré les meilleures dispositions artistiques et la plus fine habileté à manier plumes et pinceaux, a heurté le pot et répandu une tache noire sur notre toile en cours. Nous aimions dessiner à quatre mains. J’ai levé les yeux vers elle, déjà courroucée, mais je suis restée figée : elle avait le regard un peu vide, la nuque raide. Le pire c’était ce filet de bave qui s’insinuait depuis ses lèvres, menaçant de lui dégouliner sur le menton, d’aller se noyer dans l’encre étalée. Ça n’a duré qu’un instant, le temps d’appuyer sur un interrupteur pour éteindre la lumière, et de rappuyer pour rallumer. Quand elle a vu les dégâts, elle s’est tournée vers moi l’air courroucé. « Tu aurais pu faire attention, quand même ! » Je n’ai rien osé dire, mais en moi s’est ouvert un gouffre béant d’incertitude et de terreur.
Voulais-je la protéger ? Espérais-je conjurer le mauvais sort en fermant les yeux – si je ne regarde pas, le monstre n’existe pas –, et en retenant les mots interdits ? Je n’ai rien dit, ni à elle ni à personne, à commencer par nos parents, ces bons grands géants qui devaient bien le savoir eux-mêmes s’il y avait un problème.
Et puis il y a eu la série des chutes, celle dans l’escalier le jour où on jouait à chat, celle dans la cour de l’école, celle de la balançoire le jour du barbecue avec la famille et les voisins. C’est là que le premier nuage a pénétré dans la maison. Tonton Claude a regardé bizarrement Léonore qui se relevait.
— François, elle fait souvent ça ta petite ?
J’ai tourné la tête, en même temps que Papa, et j’ai vu Léonore, à quatre pattes devant la planche qui avançait et reculait encore tout doucement. Pas à quatre pattes sur les paumes et les genoux, comme on fait quand on est bébé, mais en appui sur les doigts et sur les pointes de pieds, comme si elle jouait à faire le pont, sauf qu’elle avait l’air de lutter pour se remettre debout. Papa a rigolé.
— Eh bien ma petite chamelle, tu te crois dans le désert ?
Léonore a levé les yeux et s’est affalée par terre. Papa et son frère se sont regardés, et le nuage était là, dans leurs yeux. Ils n’ont pas remarqué ma présence, parce que j’étais cachée sous la table en attendant mon tour d’avoir la balançoire. Mais à partir de là Papa s’est mis à l’observer plus attentivement, à la scruter même parfois. Il a remarqué en même temps que moi ses premières absences, souvent quand la pièce changeait soudainement de luminosité, comme si elle avait des éblouissements, ou en voiture, quand elle se laissait absorber par les lignes discontinues sur le bord du fossé. Et ses maladresses croissantes.
Maman s’étonnait qu’il nous laisse si peu toutes seules, c’est pour ça que je sais qu’il ne lui a rien dit avant la première vraie crise, quand Léonore est tombée par terre de tout son long dans le salon sans raison. Maman a poussé un cri, Papa a attrapé Léonore et l’a emmenée directement aux urgences de l’hôpital – on habite à cinq minutes, c’était plus rapide que d’attendre le SAMU –, et d’un seul coup je me suis sentie amputée de ma moitié. J’ai su, intimement, que nos routes parallèles allaient diverger, que j’allais continuer à grandir, et elle rester cette enfant qu’elle était, à jamais. Et mon cœur s’est gonflé de chagrin.

Elle regarde le ciel et elle vole, agitant majestueusement ses bras devenus des ailes, sentant le vent glisser sous son ventre, emplir ses narines de parfums suaves et d’exhalaisons fleuries. Elle est là et elle est ailleurs, la tête collée contre la vitre de la voiture, elle ne voit pas défiler les maisons, les arbres, elle vole, libre de ses mouvements, et grande, infiniment.

Face au miroir, je regarde ce visage qui a mûri, qui rayonne de finesse et d’intelligence. Je ne suis pas orgueilleuse, juste réaliste, il faudrait être aveugle pour ne pas trouver objectivement beaux ces grands yeux turquoise, ce nez fin et court, ces lèvres légèrement pulpeuses, ces pommettes hautes et cette mâchoire volontaire. On m’a si souvent comparée à Diane Kruger que pour ne ressembler qu’à moi, j’ai dû sacrifier ma longue chevelure blonde pour cette coupe courte pleine de mèches rousses qui m’a valu mon surnom de Fox. Pour ne plus ressembler à Léonore non plus. Mon esprit agité superpose au mien son visage crispé, sa mâchoire qui bascule vers le côté lorsqu’elle essaie de parler, je ferme les yeux. Si seulement je pouvais la haïr. Mais j’ai trop honte, honte d’être celle qui continue à vivre debout, celle à côté de qui le malheur est passé. Coupable de ma bonne santé, du bon fonctionnement de mes muscles, de mon cerveau et de tout mon corps.
— Bon Éléa, qu’est-ce que tu fiches ? Tu sais bien que ce match va se jouer sur les coups de pied. Alors grouille-toi de venir t’échauffer.
J’ai sursauté, je suis à la porte devant Lolo, l’adjoint du coach.
— Je suis là, j’y vais.
Bizarrement au lieu que ça me mette la pression, ça fait le vide dans ma tête. La lourde responsabilité du demi d’ouverture : ça passe entre les perches, tu gagnes, et c’est la montée. Ça ne passe pas, et même si toute l’équipe essaie de te consoler, tu te diras toute ta vie que la première div manquée, c’est à cause de toi. Je sens le fluide dégouliner dans mes veines, c’est comme ça que je me représente le mécanisme, le fluide glisse de mon œil à ma cuisse, à mon genou, à mon pied : le bon angle, précisément, la bonne distance du tee, exactement, le ballon avec la parfaite inclinaison pour que le pied l’envoie à l’endroit voulu. Quand l’échauffement de groupe se termine, que les combinaisons ont toutes été revues, je les laisse finir sans moi, et je vais me positionner devant les barres. C’est le moment préféré des deux petits du coach, Lucas et Candy : l’un récupère les ballons derrière les barres, l’autre me passe une nouvelle balle pour que je ne perde pas de temps entre deux tirs. Ils se ruent vers moi. Pour la première fois à cet instant, je cherche Léonore du regard, mais elle n’est pas là. Un soulagement intense m’envahit. Peut-être que Papa a changé d’avis, qu’il s’est dit qu’il faisait trop chaud, que ce serait trop bruyant, trop fatigant. Les autres sont au fond, dans leur maillot bleu et jaune. On va les piler.

Trentième minute, score 6 à 3. Elles sont dans nos vingt-deux et nous avons beau y mettre tout notre cœur, rien n’y fait, elles avancent, je sens la volonté des filles qui plie, Marie-Ann est sortie sur blessure, on ne sait pas si elle va re-rentrer. Ruck, je guette la demie de mêlée, je sens que ça va partir de mon côté, et là j’entends le cri, « Léla ! », elle doit être juste là, sur ma droite, ne pas regarder, ne pas se laisser déconcentrer « Léla, c’est Léonore ! », ça sort de mon côté, je bondis, j’attrape l’adversaire et j’y mets toutes mes forces, toute ma hargne, cri de douleur, coup de sifflet, l’arbitre est à côté de nous.
— Plaquage dangereux, madame. C’est la dernière fois, après je vous sors. Pénalité pour les bleues !
On ne discute pas avec l’arbitre. On ne se justifie pas. J’aide la fille à se relever, elle me lance le regard qui tue du genre « toi, tu vas pas finir le match sur tes deux jambes », je lui en renvoie un qui dit « essaie voir, on verra si tu respires aussi bien avec deux côtes cassées », on s’esbrouffe. Elles demandent la pénal-touche. Sans Marie-Ann, c’est mort, c’est notre gros point faible, la touche à cinq mètres de notre ligne. Pendant que les copines se placent, je ne peux pas m’empêcher de me tourner vers elle. Elle est là, revêtue du même maillot que moi, avec mon numéro 10, elle tient un drapeau aux couleurs du club. Papa me regarde, il m’envoie un petit salut de la tête, je lui souris, les yeux vaguement tournés vers eux deux. Quand je reviens dans le match, la deuxième ligne que j’ai plaquée me nargue avec un petit sourire cruel depuis l’alignement. Je voudrais que ce match soit terminé, je voudrais m’enivrer pour tout oublier. Elles marquent, évidemment, et par ma faute elles prennent le score : 6-10.
— Ouais, ouais ! Bravo Léla !
Je ne peux pas m’en empêcher, je me retourne furieuse vers Léonore qui ne comprend rien au rugby, qui me félicite au plus mauvais moment, j’ai envie de cracher de lui crier de dégager, mais à ce moment-là j’entends : « Merci Mongolito ! T’es sympa d’encourager les adversaires, très fairplay ! » La 5 évidemment. La fureur monte, contre mon père, contre la 5, contre Léonore, contre moi. Les dix minutes qui suivent, je suis là, je joue, mécaniquement, mais je suis absente, perdue dans ce passé qui me déchire. Lorsque l’arbitre siffle la fin de la mi-temps, c’est un soulagement de pouvoir regagner le vestiaire, et laisser affluer le passé loin de son regard.

Il y a eu la valse des examens. On y est tous passés, pour comprendre, d’où ça venait, la faute à qui, les risques pour qui. Mais rien. La faute à pas de chance, une série de gènes défectueux, il paraît que ça fait ça, parfois, avec les prématurés, surtout quand ce sont des jumeaux. Il y a eu les mots insoutenables, myopathie, épilepsie, dégénérescence cérébrale, maladie orpheline, d’autres sans doute que je n’ai pas voulu entendre ou retenir. Il y a eu les yeux gonflés, les cris, l’épuisement, le divorce. Et surtout il y a eu elle, et puis moi, toutes les deux comme un double qui s’efface pour devenir une ombre, comme Dorian Gray vivant perpétuellement à côté de son tableau découvert, lui qui embellit et prospère, l’autre qui se rétracte, et décline, décline, avec une espérance de vie raccourcie de jour en jour.
Sur toutes les toiles de ma vie, il y a des taches, cette encre noire versée sur mes jours en couleur. Les nuages dans les yeux de Papa, et son œuvre devenue torturée et lumineuse ; il semblait devenu un ange abritant un monstre, tous deux perpétuellement en lutte pour prendre le dessus, tel un docteur Jekyll et un Mister Hyde modernes. En moi aucun gène défectueux, mais ces crabes qui me dévorent et me rongent, la culpabilité, et sa jumelle, la honte. La danse qu’elle a arrêtée, l’école qu’il a fallu faire à la maison avec Papa, et le jour maudit où elle est revenue en fauteuil.
J’ai eu beau essayer, tout essayer, pour ne pas souffrir, pour qu’elle ne souffre pas. Mais l’amour ne suffit pas.

Elle danse, elle virevolte, sa robe légère s’élève en corolle autour d’elle, si gracieuse, si belle, elle est au milieu d’un terrain à l’herbe rase qui devient une prairie couverte de fleurs multicolores, des miroirs lui renvoient son image, souriante, lumineuse des reflets du soleil, des drapeaux flottent dans le ciel, blasons de chevaliers à ses couleurs, rouge et or, avec le numéro 10 partout, et dans son rêve, tantôt sa longue chevelure blonde danse autour de sa tête, tantôt s’agitent de courtes mèches rousses, c’est comme ça, les rêves, on est à la fois soi et un autre, mais on sait qu’on ne fait qu’un.

— Les filles, vous avez été formidables pendant trente-cinq minutes. Il s’en est fallu de rien pour que vous meniez à la mi-temps. N’oubliez pas que cette équipe-là, c’est ce qu’elles ont de meilleur, elles ont sorti leurs joueuses de première division, celles que normalement on réserve pour les phases finales. Parce que vous leur faites peur, parce que dans leur tête c’est loin d’être gagné.
Le coach nous regarde, une par une, et Marie-Ann, debout au milieu du vestiaire, demande :
— Et dans la vôtre ? Est-ce que c’est « ouf la saison est finie » ? Ou est-ce que c’est « vivement les huitièmes dans quinze jours » ?
— Les huitièmes ! La première div !
— Alors il va falloir aller la chercher cette victoire. Creuser dans vos tripes, dans ce qu’il y a de plus profond de votre volonté, de vos muscles !
Lolo arrive.
— L’arbitre vous attend.
— Qui c’est qui va gagner ?
— C’est nous !
— QUI C’EST QUI VA GAGNER ?
— C’EST NOUS !
Regonflées à bloc par les encouragements de Kptain Marie-Ann et du coach, nous revenons sur le terrain. Je n’ai pas réussi à évacuer mon angoisse, ni ma honte de m’exhiber en train de courir sur mes deux jambes musclées, mais je me sens prête à faire abstraction. Tandis que je me place au centre avec la balle pour la remise en jeu, je regarde Léonore. Elle dort. Je me demande à quoi elle peut bien rêver. Mais délivrée du poids de son regard, tout me paraît plus facile, d’autant que Papa donne de la voix pour nous encourager. Le match est tendu, on mène à tour de rôle, je réussis mes coups de pied, elles les leurs, on marque, elles aussi. J’ai tout oublié de ce qui nous entoure, mais je sens la houle des supporters qui nous transporte, la voix de Marie-Ann : « On lâche rien, les filles, on lâche rien ! », les directives du coach, précieuses, mais à cinq minutes de la fin, on est menées 22 à 24.
Et soudain le trou, j’appelle, je récupère la balle, je sens sur mes talons mes copines prêtes à me soutenir ou à récupérer la balle, raffut, les vingt-deux mètres, plus rien ne peut m’arrêter et...
Le choc est énorme. La numéro cinq est arrivée en travers au moment où je regardais de l’autre côté, j’ai été projetée au sol tête la première, elle m’a retourné le genou, je n’ai même pas le temps de hurler qu’elle s’affale sur moi, me lacérant la cuisse avec son pied.
— Alors, « Léla », ça fait quoi de se faire rétamer devant Mongolito ?
— Espèce de sale...
J’entends le hurlement de Léonor, j’entends les larmes qui coulent, ses gros sanglots de bébé, je ne peux pas faire ça, pas risquer d’être sortie sur carton pour avoir mis mon poing dans la figure de cette triple idiote, je desserre mon poing, j’attends qu’elle se relève, je reste à terre, ça va effrayer Léonore mais il faut que je gagne la pénalité, parce que la meilleure des vengeances, ce sera la victoire, l’arbitre a sifflé, les supporters huent la 5, lui adressent toutes sortes de quolibets, le soigneur arrive avec son éponge, sa bombe de froid, une bouteille d’eau. En moi le calme s’installe. Ma douleur au genou et à la jambe me paraissent intolérables, mais quoi ? Tenter l’essai au risque de se heurter à leur défense en béton et échouer à deux points du but ? Ou passer la pénalité ? Si ça avait été à droite, Marie-Ann aurait pu la tenter. Mais à gauche, il n’y a que moi. Je gagne du temps, plus que deux minutes au chrono. Pourvu que l’arbitre ne compte pas trop d’arrêts de jeu.
— Madame, vous sortez ou vous restez ?
— C’est bon.
Je me relève. J’ai l’impression de ne plus avoir qu’une seule jambe, et un infime instant je me sens dans la peau de Léonore. Je n’ai pas le droit à l’erreur. Je n’ai pas le droit de faillir. Même si ça doit me conduire à l’hôpital, à quinze mètres des poteaux, je dois la mettre. Marie-Ann me regarde, un point d’interrogation dans les yeux. Je hoche la tête.
— On prend la pénalité.
L’arbitre désigne les barres, les deux arbitres de touche gagnent l’en-but. Je dispose le tee, je place la balle, je recule. Immobile, je cherche le point de fuite, il ne doit pas y avoir de tache sur ce tableau-là. Mais à cet instant, j’entends comme un murmure dans le silence des tribunes :
— Léla...
Je me tourne vers elle. Nous nous regardons. Intensément. Elle a encore des larmes sur ses joues mais elle me sourit. Et c’est comme si toutes les forces qui lui restaient, elle me les transmettait, comme si la connexion profonde qui nous unissait enfants venait de se recréer, ce lien que je croyais perdu et qui n’était qu’enfoui sous mes monstres. Tu es ma sœur, Léonore, tu le seras jusqu’au dernier instant, parce que je t’aime. Je dépose un baiser sur mes doigts et je le lui envoie. De son geste malhabile, elle l’attrape et le serre dans son poing contre sa joue.
L’instant d’après le stade entier hurle, tambourine, chante, trompette. Tandis qu’on m’emporte du terrain sur une civière, je regarde le tableau : 25-24, 78:45. Marie-Ann me tient la main jusqu’au bord du terrain. Malgré la douleur, je murmure :
— Ne lâchez rien. Donnez tout. Jusqu’au bout.
— T’inquiète. On va gérer !
Je les ai regardées se battre comme des louves tandis que j’attendais les pompiers, j’ai souri malgré la douleur lorsqu’elles se sont jetées dans les bras les unes des autres, qu’elles ont dansé serrées les unes contre les autres en chantant « on est en première, on est en première... », j’ai réconforté Papa qui s’inquiétait tellement pour moi, et pour ces huitièmes que je ne jouerais pas. Mais la plus belle image que j’ai emportée avec moi dans le camion qui m’emmenait à l’hôpital, c’est celle de Léonor parvenant pour la première fois depuis des mois à lever ses deux bras vers le ciel, comme si elle volait, comme si elle dansait.

Finaliste

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Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
un récit très fort et émouvant, j'aime bien la finesse avec laquelle vous décrivez les ressentis de vos personnages
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Christian Guillerme
Christian Guillerme · il y a
Beau récit qui tient en haleine. Le seul bémol est le fait de pouvoir taper une pénalité sur une seule jambe,pour ensuite sortir et attendre les pompiers preuve de gravité de la blessure (absence des huitièmes), mais c'était agréable à lire. Bravo et bonne chance pour cette finale !
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Titi_Super_Pumpkin
Titi_Super_Pumpkin · il y a
Un récit qui donne envie aux lecteurs inexpérimentés de ce mettre à lire plus souvent. Une seule chose à faire : http://www.laissemoichercherca.com/?q=%22Emmanuelle%20Solac%22
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Didier Caille
Didier Caille · il y a
un récit qui tient bien en haleine :) et si le coeur vous ne dit je vous invite à découvrir mon univers http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/les-plumes-du-plaisir?all-comments=true&update_notif=1512411494#fos_comment_2269162, belle journée.
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Emmanuelle Solac
Emmanuelle Solac · il y a
Merci à vous. Je vous ai soutenu en retour bien que je n'aie guère la fibre poétique, pour les anaphores qui rythment votre texte.
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Ratiba Nasri
Ratiba Nasri · il y a
Une histoire magnifique et bouleversante. Une famille déchirée par la maladie et la culpabilité de Léla face à sa jumelle. Un peu comme dans le portrait de Dorian Gray (comme vous le citez). La fin est belle à pleurer. Bonne chance Emmanuelle pour la finale ! +4 voix
Une invitation à soutenir ma nouvelle 'Le tisseur de rêves' en finale du Grand Prix.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-tisseur-de-reves-1 Merci.

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Emmanuelle Solac
Emmanuelle Solac · il y a
Merci à vous pour ce commentaire qui me touche beaucoup. J'ai soutenu votre nouvelle moi aussi, malgré son côté un peu trop manichéen et parfois un peu simpliste, car c'est ce que l'on voudrait voir arriver dans la vraie vie... et votre fin est astucieuse. Bravo à vous pour toutes les voix recueillies, vous êtes bien partie pour l'emporter !
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Ratiba Nasri
Ratiba Nasri · il y a
Merci Emmanuelle pour ce joli retour. Oui, j'ai écrit ce conte pour faire rêver les lecteurs (la vie est parfois si dure que ça fait plaisir). J'écris également des nouvelles plus 'dures' aussi ;-) Belle journée !
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Angel
Angel · il y a
Mon soutien, pour ce très bon récit.
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Emmanuelle Solac
Emmanuelle Solac · il y a
Merci à vous.
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Lafée
Lafée · il y a
Votre texte se lit au rythme du match et c'est puissant et votre histoire est belle et votre écriture aussi alors, merci
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Emmanuelle Solac
Emmanuelle Solac · il y a
Merci beaucoup pour ce compliment.
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Findestemps
Findestemps · il y a
Vivre ou simplement survivre. Jolie histoire
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Emmanuelle Solac
Emmanuelle Solac · il y a
Merci à vous.
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Manu Jef
Manu Jef · il y a
Un match dans le match; les blessures du sport et les blessures de la vie; et au bout de ce combat la transcendance. Un contraste très sensible entre force violente et délicatesse des sentiments. On vit les deux avec un grand plaisir que renforce le style fluide du texte. Je n'ai qu'une voix et je ne l'ai pas perdue en vous soutenant.
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Emmanuelle Solac
Emmanuelle Solac · il y a
Merci d'avoir pris le temps (une fois de plus)... et d'avoir développé ce commentaire qui me touche beaucoup. Bonne chance à vous pour l'autre concours ;-)
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Klelia
Klelia · il y a
Histoire touchante et une bien belle leçon de vie !
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Emmanuelle Solac
Emmanuelle Solac · il y a
Merci à vous
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