Forum | Le Tripot

(D)écrire un tableau

Sandra G.
Sandra G. · il y a
Ça vous dirait d'écrire un poème (en vers ou en prose) sur un tableau que vous appréciez ou qui a suscité chez vous une attraction particulière ?

Cela pourrait aussi être une oeuvre d'un autre type : les statues, un monument ou une architecture, un objet, etc...
Ce qui compte c'est de retranscrire comment vous le voyez, comment vous l'avez ressenti (on est pas des pros du genre) et de mettre le lien pour qu'on puisse le découvrir !

·

Pour poster des commentaires,
Sandra G.
Sandra G. · il y a
Dans une niche du Centre Pompidou, une oeuvre surprend quand elle est débusquée.
Pouvez-vous imaginer la finesse des broderies parties investir la rudesse frigide des barrières métalliques de nos contemporaines villes ? Quand les grillages sans âmes sont posés ici et là, froids, gris, ébauches qui nous séparent, nous protègent ou nous empêchent ; des artistes urbains trouvent toujours des moyens d'évoquer la sensibilité dans les espaces qui en ont le moins. Même les barrières-frontières ne résistent pas à l'art de quelques fous et leur savoir-faire donnant au fer une vie délicate à voir.


Panneau Lace Fence, Demakersvan (2007) :
https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cxx5yp7/rrgRBK7

Comme je trouve que la photo ne rend pas au mieux l'effet produit, en voici d'autres sur un article de blog consacré à ces artistes :
http://mariusetrobinson.blogspot.fr/2010/06/un-collectif-de-designer-hollandais.html

·
Sandra G.
Sandra G. · il y a
Une femme alanguie
Sur un fauteuil de soie
Nous regarde comme on la voit ;
Elle capte la lumière
Qui la met en émoi
Princesse vertueuse
D’on ne sait quel endroit
Son buste réhausse son teint
D’un rose qui l’habille comme il convient
Auréolée d’or, la blancheur de sa robe
Fait d’elle un ange qu’on adore
Elle vogue comme Ophélie.
Une femme alanguie
Sur un fauteuil de soie
Nous regarde comme on rougit
Alors on baisse les yeux
Qui s’attardent doucement
Sur ses courbes soyeuses
Libérées de carcans ;
Dans ce confort de voluptés
Le regard pénétrant
Son ventre chaud
Jusqu’à la pointe de ses pieds
La Maja tombe le masque des convenances
Pour nous révéler sa vraie beauté
Celle d’une femme épanouie.
Je vois dans ce parallèle
L’antagonisme de l’homme
Devant le corps féminin
Où la blancheur immaculée
Cède à la chaleur charnelle
Sans aucune vulgarité
On croirait même à un air aguichant.
Dans ces tableaux de dix huit cent
Goya met en lumière
Deux sœurs jumelles
L’une divine, l’autre putain
La même femme pourtant.



La Maja desnuda, Goya (avant 1800)
https://www.museodelprado.es/coleccion/obra-de-arte/la-maja-desnuda/65953b93-323e-48fe-98cb-9d4b15852b18?searchMeta=la%20maja

La Maja vestida, Goya (1800-1808)
https://www.museodelprado.es/coleccion/obra-de-arte/la-maja-vestida/a3121efc-6924-454c-8a9f-e4320f26d3d0?searchMeta=la%20maj

(Evidemment ce n'est qu'une interprétation personnelle)

·
Coum
Coum · il y a
Description subtile, le peintre habille ses toiles. Il peut d'une pose dénuder son sujet. Je ne suis pas d'accord avec ta conclusion sur ce tableau mais c'est un long débat.
Bonne journée

·
Sandra G.
Sandra G. · il y a
Qu'à cela ne tienne, propose la tienne ;-D
Plaisanterie à part, tu as raison, ce n'est très certainement pas la vraie conclusion puisque Goya aurait peint la Maja desnuda sans prévoir la Maja vestida. Mais quand on les voit au Prado, ça produit un effet troublant (notamment par rapport à son visage et le traitement de la lumière). Dans la conclusion, ce n'est pas quelque chose que je "cautionne" si on peut dire ça comme ça mais plutôt une mise en avant d'une des contradictions fortes auxquelles, je pense, ont à faire les hommes (mais je n'en suis pas un, je ne peux pas savoir !).
Merci pour ta lecture

·
Coum
Coum · il y a
Un excellent peintre peut dénuder, d'abord, une femme qui pose habillée pour la revêtir ensuite. Je ne sais pas, si mon propos est suffisamment clair et si tu comprendras la situation de l'artiste. La pause dans les gestes, la lumière et les ombres primaires font partie du message que le peintre veut faire passer ; c'est l'art de la composition et de l'œuvre. Je ne connais pas assez Goya pour mettre en avant les pratiques dont ils faisaient usage. Mon avis, ici, restera donc réservé. Nous en discuterons, peut-être, un jour :-D
Merci pour ce post.

·
Sandra G.
Sandra G. · il y a
En y réfléchissant, si on prend l'ordre chronologique des peintures et non la disposition du Prado, la lecture pourrait être sensiblement différente :

Une femme posée
De façon délicate
Comme prête à être offerte
Aux plus exquises saveurs
Semble se complaire
Dans cette délicieuse attente
Où elle suscite les sueurs.
"Cachez ce sein que je ne saurais voir !"
Gronde la morale des Inquisiteurs
Et voilà qu'on la drape
Pour satisfaire aux bonnes moeurs
Voilà qu'on innocente
Nos plaisirs coupables
D'avoir un court instant
Imaginé l'ardeur.

Qu'à cela ne tienne
L'homme est un joueur
Qui invente des stratagèmes
Pour dénuder les coeurs
De ses chères et tendres soeurs
Comme descendues du ciel.
Une toile sur l'autre
Et par un fin mécanisme
La vérité nue du peintre
Nous dévoile l'érotisme.


(Là encore, évidemment, ce n'est qu'une interprétation possible parmi d'autres...)

En fait, les toiles étaient disposées l'une sur l'autre et non côte-à-côte comme au musée, je viens de le voir sur Wikipédia. On y apprend aussi que l'Inquisition avait voulu cacher la Maja desnuda au public et faire un procès à Goya pour obscénité mais que ce-dernier avait eu le soutien d'un Cardinal. Autre anecdote : l'Espagne avait édité des timbres avec la Maja desnuda ce qui a choqué l'Amérique des années 30 qui renvoyait systématiquement toutes les lettres qui portaient ce timbre, ça rigolait pas !

·
Coum
Coum · il y a
Très bien écrit. C'est l'œuvre d'une époque.
Merci, je vais m'y intéresser.

·

La charte du forum

La littérature (courte) est avant tout une passion, et un loisir qui s’adresse à tous. La diversité et l’éclectisme de la communauté Short Edition font donc toute sa richesse,...

Lire la charte