Le parnasse

Le Mont Parnasse est le lieu de séjour d'Apollon et des neufs muses, mais c'est réellement une montagne de Grèce. Aujourd'hui c'est un domaine skiable... Au XVIIIème siècle, des étudiants du quartier latin appellent un amas de gravats, formant une butte artificielle, le Mont Parnasse, d'où le nom actuel du quartier. Tout cela n'est pas très glorieux mais Les Parnassiens ont su embellir ce nom !

Apéritif

« L'art pour l'art ! »

Théophile Gautier


La genèse

Dans les années 1850, les limites du romantisme apparaissent. En effet celui-ci, par une présence trop importante de l’auteur dans son œuvre, engage l’art en politique. De plus, il s’éloigne de la réalité en se tournant vers le rêve et l’exotisme. Ainsi émergent le réalisme qui s’appuie sur le réel pur et le Parnasse qui refuse tout engagement de l’art qui doit être impersonnel et froid.

Le Mont Parnasse n’est pas qu’une gare ! C’est d’abord le lieu de résidence d’Apollon et des neuf muses puis par habitude, le séjour symbolique du poète en inspiration. Ce terme est utilisé par Alphonse Lemerre dans son anthologie de poésie moderne : le Parnasse contemporain. Publié sous forme de 18 brochures à partir de 1866, ceux qui y sont publiés se nomment les Parnassiens.

Il y en aura deux autres en 1871 et 1876. C’est cette année-là qui marque la fin du mouvement à proprement parler même si certains Parnassiens continuent à suivre les règles et le style du Parnasse.

Les Parnassiens

Les Parnassiens sont d’abord groupés autour de Théophile Gautier, qui est le précurseur du mouvement, à travers notamment sa théorie de l’art pour l’art présentée dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1835.

On considère aussi Théodore de Banville comme précurseur. Tous les samedis soirs, Banville, Villiers de l’Isle-Adam, Prudhomme et Coppée se réunissent chez Leconte de Lisle, chef de file du Parnasse, ou Hérédia.

En plus de ceux déjà cités, qui sont les plus représentatifs, on trouve dans le Parnasse contemporain Rimbaud, Verlaine, Baudelaire et Mallarmé mais qui s’éloigneront du Parnasse pour dessiner le symbolisme.


Un coin de table, de Henri Fantin-Latour
Assis de gauche à droite : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud,
Léon Valade, Ernest d'Hervilly, Camille Pelletan, debout,
de gauche à droite, Pierre Elzéar, Émile Blémont, Jean Aicard.

Le rejet du romantisme

Le Parnasse se réclame tout d’abord d’une impersonnalité qui marque son refus de lyrisme. Ainsi le poète doit se distancer de son œuvre et le pronom personnel « je » est aboli : cela implique l’absence de sentiments personnels. Cette froideur est accompagnée d’une objectivité donc d’une neutralité politique affirmée. Ces caractéristiques se font donc en réaction au romantisme.

Une poésie si froide peut difficilement être joyeuse (vous en conviendrez !) Ainsi les thèmes abordés sont ceux de la faillite des rêves, du désespoir, de l’appel à la mort libératrice… que de réjouissances !

Le culte du travail

Un aspect majeur du Parnasse est le culte du travail : le poète est un sculpteur ou même un laboureur qui transforme le langage en beau. La marque de Lemerre, éditeur et sans qui le Parnasse n’aurait sans doute pas existé, représente un homme retournant la terre à l’aurore ou au coucher du soleil ; au dessus de lui, on peut lire l’expression :
« Fac et spera » : Agis et espère.

Aussi, Gautier ordonne-t-il dans « L’Art » :
« Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !».

Pour le Parnassien, l’important n’est pas l’inspiration, même si elle est bien présente, mais le travail. Même si Voltaire a dit que « l’homme n’est pas fait pour travailler, la preuve c’est que cela le fatigue », ce doit être la première qualité du poète.


L'art pour l'art

Enfin, et surtout, le Parnasse suit la théorie de l’Art pour l’art avancée par Théophile Gautier dans la préface de Mademoiselle de Maupin où il annonce : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid. » L’art est gratuit est inutile. Certains pourraient se demander quel est son intérêt : l’intérêt de l’art est l’art lui-même…

Cette préface fit scandale car il affirme aussi que « penser une chose, en écrire une autre, cela arrive tous les jours, surtout aux gens vertueux. » Il établit ainsi le droit de l'artsite à traiter n'importe quel sujet, en mettant de côté la morale bourgeoise. Mais passée la première récation de scandale, il suscita l'engouement et il fut fortement sollicité dans le milieu du journalisme.

Les auteurs

Louise-Victorine Ackermann
1813-1890

poésie  

Les anglais trouvent Louise-Victorine Ackermann pessimiste en raison de ses textes où l'on ressent le mal-être des romantiques... Mais nous, nous la trouvons aventureuse ! Elle voyage avec la littérature anglaise dans les contrées de Byron et Shakespeare, elle découvre Berlin et ses poètes avec fougue, et revient en France toute prète à écrire des pages entières. Elle épouse Paul ...

Théodore de Banville
1823 - 1891

poésie   nouvelle   conte  

Théodore de Banville fut un ami intime de Charles Baudelaire, de Victor Hugo et de Théophile Gautier. Surnommé « le poète du bonheur », ses vers sont travaillés à l'extrême et tendent à la perfection formelle du poème. En ce sens, Banville est un des auteurs à l'origine du mouvement parnassien. Les Odes funambulesques sont le sommet de son art. Salué par Baudelaire puis Mallarmé,...

Charles Baudelaire
1821 - 1867

poésie   nouvelle   citations/pensées  

Avec la parution de ses Fleurs du Mal, en 1857, Baudelaire écope d'un procès pour atteinte aux bonnes mœurs. Il sera condamné à payer une amende de 300 francs et contraint de retirer six poèmes du recueil, parmi les plus beaux. Les pièces censurées ne seront réhabilitées qu'en 1949. Pour la première fois un poète concilie laideur et beauté, faisant surgir le sublime de la ...

Émile Blémont
1839 - 1927

poésie   nouvelle  

Émile Blémont, né Léon-Émile Petitdidier le 17 juillet 1839 à Paris et mort le 1er février 1927, est un poète et dramaturge français.

Lié à Victor Hugo, ainsi qu'aux poètes symbolistes et à ceux du Parnasse, cet auteur est l'un des fondateurs de La maison de la poésie et de la Société des poètes français.

Louis-Hyacinthe Bouilhet
1822 - 1869

poésie  

Poète et auteur dramatique, Louis Bouilhet étudie tout d'abord la médecine sous la direction du père de Gustave Falubert lui-même. Toutefois c'est une voie qui ne le passionne guère et c'est pour cette raison qu'en 1846 il se rapproche du fils et de son aspiration première ; la littérature. Leur amitié et collaboration littéraire est grande. Bouilhet et son expérience de la ...

Philoxène Boyer
1825 - 1867

poésie  

Illustre inconnu aujourd'hui, il était pourtant l'ami de Charles Baudelaire, Théodore de Banville, Gustave Flaubert, Théophile Gautier et Victor Hugo. Philoxène Boyer fut un personnage au moins aussi étrange que son prénom. Son manque d'hygiène était légendaire : toute sa vie il acheta des chaussures de plus en plus grandes car il refusait de se couper les ongles des pieds. Il laisse ...

François Coppée
1842 - 1908

théâtre   conte   poésie  

Poète populaire, il est tout de même lié à l'école parnassienne qui salue sa musicalité et son lyrisme. Son œuvre abondante est parcourue par une volonté de révéler l'émotion d'une manière naturelle et dans un style simple. François Coppée est pastiché et moqué dans certains poèmes de Rimbaud et de Verlaine qui signent de son nom des textes parodiques et licencieux.

Charles Cros
1842 - 1888

poésie  

On dit de lui qu'il est un Janus déroutant, fantasque, épris de liberté et plein de surprise.
Charles Cros ne se résume pas à son célèbre « hareng saur », c’est aussi un homme de progrès et d’invention ! Il invente un télégraphe automatique présenté à l’Exposition universelle de 1867, il travaille aussi sur les couleurs et invente enfin le « paléophone », soit le ...

Léon Dierx
1838 - 1912

poésie  

Léon est originaire de la Réunion comme Leconte de Lisle. Il est très inspiré encore par le romantisme lorsqu'il compose ses premiers vers toutefois c'est dans le Parnasse qu'il se retrouve. Il écrit Lèvres closes en 1867, qui devient le manifeste des parnassiens. Il est sacré « prince des poètes » à la mort de Mallarmé. Et puis, plus rien pendant un long moment. Le silence total ...

François Fertiault
1814 - 1915

poésie  

La vie de François Fertiault est très mal connue, sans doute parce que son œuvre est tombée dans l'oubli. Il meurt pourtant à 101 ans, longévité peu courante à l'époque. Le seul ouvrage que la postérité ait retenu est Les Amoureux des livres, publié en 1877. Quelques-uns de ses poèmes paraissent dans les livraisons du Parnasse contemporain. Enfin, on sait aussi qu'il correspondait...

Anatole France
1844 - 1924

nouvelle   conte   poésie  

Anatole France est un auteur de référence au début du XXe siècle. Son autorité littéraire se mesure dans les publications de ses contemporains. Il est celui qui incarnait alors le mieux l'homme de lettres, entièrement dévoué à la langue. Paul Valéry, qui détestait France, élu à son siège par l'Académie, ne prononça pas une seule fois son nom lors de l'éloge traditionnel. Fait...

Théophile Gautier
1811 - 1872

nouvelle   poésie   œuvres érotiques  

Gautier est le dédicataire des Fleurs du Mal, le fameux « poète impeccable ». Son œuvre abondante est une recherche permanente de la perfection : dans la préface à Mademoiselle de Maupin, on trouve jetées les premières idées de l'art pour l'art, dont le Parnasse se réclamera. Au Club des Hachichins, qu'il fonde avec le psychiatre Jacques-Joseph Moreau, il expérimente, en compagnie...

Albert Glatigny
1839 - 1873

poésie  

Paul Bourget dans Etudes et portraits écrivait à propos d'Albert Glatigny, « la plus étrange figure littéraire qu'ait peut-être vue notre âge; un comédien errant et ronsardisant qui a aimé les vers comme on aime l'amour, et qui en est mort ».

Heureusement qu'il ne s'agissait pas de vers de terre !

 

José-Maria de Heredia
1842 - 1905

poésie  

Né à Cuba, José-Maria de Heredia est envoyé en France à l'âge de neuf ans, par sa famille qui tient une exploitation de café à Santiago de Cuba, afin d'y effectuer ses études et passer son baccalauréat. Il restera à Paris jusqu'à la fin de sa vie. Il publie très peu et rassemble ses écrits en un recueil unique, Les Trophées, qui lui ouvrira les portes de l'Académie Française ...

Charles Marie René Leconte de Lisle
1818 - 1894

poésie  

Leconte de Lisle est avant tout le chef de file du courant parnassien. Ce mouvement littéraire du milieu du XIXe siècle est une réaction face à l'épanchement sentimental du romantisme qui commence à sombrer dans la mièvrerie. Dans ses Poèmes barbares, Leconte de Lisle forge une écriture dépersonnalisée aux vers travaillés à l'extrême. Sa poésie reflète grandeurs passées, ...

Jean Lorrain
1855 - 1906

nouvelle   théâtre   poésie  

Dandy fin-de-siècle, Jean Lorrain a plusieurs facettes : journaliste, romancier, poète, éthéromane. Tourné vers le scandale, il n'hésite pas à afficher ouvertement son homosexualité et se présente sous le surnom d'« Enfilanthrope ». Il se battra même en duel contre Marcel Proust à propos d'un recueil de poèmes et de nouvelles de ce dernier que Jean Lorrain critiqua violemment. Sa...

Pierre Louÿs
1870 - 1925

œuvres érotiques   poésie   nouvelle  

Érotomane, érudit, poète, Pierre Louÿs professa tout le long de sa vie un goût pour le désir sous toutes ses formes. Se plaçant en héritier de la littérature libertine, son œuvre repose entièrement sur la femme. Mais il publia très peu de son vivant. Ce n'est qu'après son décès que tous ses écrits érotiques ont été découverts. Et lors de la vente de ses biens on retrouvera,...

Catulle Mendès
1841 - 1909

poésie  

Catulle Mendès appartient à la génération de Verlaine, Mallarmé, Zola, à celle du premier symbolisme et naturalisme. Il est le petit protégé de Théophile Gautier (si bien qu'il épousera sa fille) avec qui il fonde en 1859 la Revue fantaisiste, dans laquelle on sent les prémices du Parnasse. Il y publie des vers qui sont fort bien accueillis. Catulle Mendès était un homme ...

Albert Mérat
1840 - 1909

poésie  

Albert Mérat est un poète parnassien. Dans son œuvre l'Idole, il revisite le blason littéraire en dédiant aux femmes un sonnet pour chaque partie du corps. Le plus croustillant arrive ; rien n'est écrit sur les fesses et le sexe féminins, thèmes éminement poétiques toutefois. Verlaine et Rimbaud, s'arment contre la censure et écrivent « Le sonnet du trou du cul », faisant ...

Stuart Merrill
1863 - 1915

poésie  

Poète de nationalité américaine, Stuart Merril passe son enfance à Paris qui l'adopte totalement. Il rencontre les futurs symbolistes, notamment René Ghil et Ephraïm Mikhaël et apprécie de plus en plus les charmes de la langue française. Il retourne aux Etats-Unis pour faire son droit à Columbia College et transmettra les valeurs du Parnasse à ses confrères. Pas indifférent à la ...

Sully Prudhomme
1839 - 1907

poésie  

Sully Prudhomme est le premier français à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1901 ; il est alors membre de l'Académie Française depuis vingt ans déjà. Sa poésie, très travaillée et soucieuse de perfection formelle, est rattachée au courant parnassien. Il est l'un des premiers intellectuel à s'engager dans l'affaire Dreyfus et à le défendre.

Léon Valade
1841 - 1883

poésie  

Léon Valade est un poète qui oscille entre la veine parnassienne et fantaisite. Il fait carrière dans l'administration comme secrétaire. Mais la littérature occupe une grande place dans sa vie. Proche de Coppée et Verlaine, ils fréquentent ensemble la bohème littéraire et parisienne. Valade écrit un recueil de vers en collaboration avec Albert Mérat intitulé Avril, mai, juin. Ça ...

Auguste de Villiers de L’Isle-Adam
1838 - 1889

nouvelle  

Ce « génie », comme l'a qualifié Mallarmé, a laissé quelques œuvres singulières, parmi lesquelles Les Contes cruels qui dépeignent avec une ironie virtuose les travers de la bourgeoisie. Il joue également un rôle de premier ordre dans la naissance du théâtre symboliste avec sa pièce Axël. On raconte qu'il ne pouvait écrire qu'à plat ventre : l'inspiration lui venait plus ...

Leconte de Lisle est avant tout le chef de file du courant parnassien. Ce mouvement littéraire du milieu du XIXe siècle est une réaction face à l'épanchement sentimental du romantisme qui commence à sombrer dans la mièvrerie. Dans ses Poèmes barbares, Leconte de Lisle forge une écriture dépersonnalisée aux vers travaillés à l'extrême. Sa poésie reflète grandeurs passées, mythologie et histoire de l'humanité. Il incarne la figure du poète travailleur. Sa chevelure ...

EN SAVOIR +

La mort du soleil

Le vent d’automne, aux bruits lointains des mers pareil,
Plein d’adieux solennels, de plaintes inconnues,
Balance tristement le long des avenues
Les lourds massifs rougis de ton sang, ô soleil !

La feuille en tourbillons s’envole par les nues ;
Et l’on voit osciller, dans un fleuve vermeil,
Aux approches du soir inclinés au sommeil,
De grands nids teints de pourpre au bout des branches nues.

Tombe, Astre glorieux, source et ...

LIRE LA SUITE