All I want for Christmas

il y a
3 min
5
lectures
0

J'ai attendu des années avant d'ouvrir cette boîte de Pandore d'où ne cessent de s'échapper mes histoires qui ne sont que la transfiguration de petits souvenirs épars. Que me restera-t-il après  [+]

Je n'ai jamais vraiment cru au Père Noël parce que dans la famille de ma mère on était catholique pratiquant et on ne parlait que de la naissance de Jésus. Mais comme tous les enfants, j'étais invitée à faire ma commande au Père Noël avec l'ultime question : « Qu'est-ce que tu demandes au Père Noël ? » Je me suis mise à refuser de commander quoi que ce soit à ce mec-là le jour où le diable s'est invité à notre table en usurpant son costume.

Je viens d'allumer un feu de bois dans la cheminée. Ce n'est pas qu'il fasse très froid, il ne fait plus jamais froid à Noël mais ça donne un peu de vie à la maison vide.

Ce 24 décembre là nous avions, comme d'habitude, invité les deux mamies : Célestine et Octavie. Elles étaient toutes deux veuves, n'habitaient pas loin l'une de l'autre, auraient pu s'entraider mais ne s'entendaient pas. C'était le jour et la nuit. Pour passer le temps, Célestine tricotait des napperons en crochet pour les fêtes de la paroisse tandis qu'Octavie jouait au bridge. Cette dernière avait le don d'humilier Célestine et chaque année lors du repas de Noël, Octavie essayait d'écraser Célestine en offrant les plus beaux cadeaux, en arborant les plus belles toilettes et en se montrant la plus populaire auprès de ses petits-enfants à savoir mon frère et moi. En fait, malgré son côté bigot, je préférais l'effacement de Célestine à la vanité, l'extravagance et la fausse bonne humeur d'Octavie.

Je m'apprête à passer un Noël en musique. Je mettrai la musique assez fort pour couvrir le bruit des voitures qui arrivent chez les voisins et les éclats de rire des familles heureuses de se retrouver ou qui font comme si. C'est Noël !

Mes parents faisaient tout pour que la soirée se passe bien, pour que les mamies ne se déclarent pas la guerre, surtout pour qu'Octavie ne sorte pas ses griffes jusqu'à faire pleurer Célestine. Ils y arrivaient en général assez bien. On flattait les aïeules avec la même courtoisie en les complimentant sur leur bonne santé, leur forme pour leur âge. Elles se redressaient fièrement, surtout Octavie.

Je me suis préparée une tasse de thé avec quelques biscuits à la cannelle. J'essaie d'oublier les festins écœurants qui se préparent chez les voisins.

Une autre chose qui séparait nos grand-mères était la gastronomie. Célestine était sobre et pieuse. D'après elle, à Noël, une brioche et un bol de chocolat suffisaient. L'Enfant Jésus n'était-il pas né dans le dénuement le plus total ? Il fallait respecter cela. C'était un péché de se gaver à Noël ! Octavie, par contre profitait de cette soirée pour se permettre tous les excès ignorant son diabète et son cholestérol. Mes parents encore une fois essayaient de ménager la chèvre et le chou en prévoyant un repas festif sans l'être trop.

Des larmes me viennent aux yeux. Je ne sais si c'est la fumée du feu ou le pathos de la musique. J'aurais peut-être dû aller à la messe de minuit.

Célestine avait cependant pris son air pincé devant le plateau de fruits de mer tandis que les yeux d'Octavie s'illuminaient et qu'elle déployait sa serviette en se léchant les babines. Nous redoutions quelque remarque désagréable venant de l'une ou de l'autre. Ce fut pire ! Mon petit frère adoré se mit à gonfler comme un ballon de baudruche, il avait du mal à respirer. Mon frère allait éclater ou mourir étouffé un soir de Noël. À mes yeux, et ceux de Célestine bien sûr, c'était la punition pour manger des choses trop riches à Noël. Ma mère quitta précipitamment la table pour emmener mon frère aux urgences et je restai le seul enfant à table entre les mamies qui ne s'aimaient pas. Et je pensais : « Maudit soit le Père Noël ou celui qui se fait passer pour lui, tout ce que je veux pour Noël c'est être loin d'ici avec mon petit frère ! »

Mieux vaut être seule plutôt que mal accompagnée. C'est ce que je me dis en entendant les bruits festifs qui viennent de la rue malgré la musique.

Octavie profita de l'absence de ma mère pour s'empiffrer sous le regard désapprobateur de Célestine. Elle finit par s'en rendre malade. Ma mère revint finalement avec mon frère qui allait mieux. Il s'agissait d'une allergie aux fruits de mer. Le repas de Noël pouvait reprendre son cours mais à ce stade plus personne n'avait faim. Après avoir ouvert les cadeaux, il était temps de reconduire les mamies chacune chez elle. Mon père devrait encore jouer fin pour qu'Octavie ne vienne pas provoquer Célestine pendant le trajet en voiture. Elles nous remercièrent toutes deux pour ce bon Noël en famille. Si on se fie à la photo prise lors de l'ouverture des cadeaux, tout le monde à l'air souriant et heureux. Mon petit frère est à moitié caché par une branche de sapin. Il valait mieux car il avait vraiment triste mine ce soir-là !

Je m'endors au coin du feu. Noël ou pas, il faut que j'aille me coucher. Je suis invitée pour le repas de Noël chez mon frère demain. C'est gentil. Dommage qu'il ait épousé une pimbêche.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,