Une italienne

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A ce miroir où je me regarde sans fin, Je réfléchis au reflet de ma peau moirée Un doigt posé sur les lèvres de ma bouche, Et je tais les promesses de soirées, Non tenues dans les draps de ... [+]

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Aux jaunes des murs, aux verts des persiennes
Au bleu du ciel della Piazza del Campo
La foule piaffait au spectacle du Palio
Depuis les ocres de la terre de Sienne.
 
Et comme elles sont drôles leurs trognes,
Quand certaines, perchées à leur loggia   
Se bigornent de querelles et de chicayas,
L'orgueilleux du haut en bas pointant l'ivrogne.
Et pullulent les palabres d'hurluberlus,
Comme les occasions de se taire perdues,
Avec leurs grands yeux aux regards éperdus
Qui, exaltés par l'ivresse et la berlue
Vont de remue-ménages passionnés
En brouillaminis confus et chiffonnés.
 
Et ces galeries d'étranges créatures,
Sous les corbeilles et les balcons,
Attentives, assises en parterre rubicond,
Bruissent aussi de la scène sous les tentures.
 
Car elles sont amateures de théâtre.
Au côté d'un petit notaire mal fagoté
Soupire une bourgeoise empapillotée,
Près de sa sœur à la mine olivâtre.
C'est un agglutinement de bobinettes
Et même de moustaches ébouriffées,
Une compagnie étonnamment attifée,
D'acteurs involontaires de saynètes,
Du rose et du fard à la bouche mâchurée,
Qui chuchotent piano des avis délurés.
 
Et qui peuvent chanter comme une cocotte
Dans une petite auberge transalpine
Mitonnant sur les feux de la cuisine,
Cartes et menus pour leurs compatriotes.
 
C'est une troupe de petites gens,
Celles du commerce de boutique,
Le Parmigiano, les herbes aromatiques,
De l'épicerie pour trois sous d'argent.
Ça salive aux pâtes fraiches en peloton
Qui dégoulinent comme une garniture
Pendue aux râteliers des devantures
Selon l'inspiration du marmiton,
Les rouges Pomodori et le basilique
Epelés sur les ardoises en italique.
 

 
Et dans les rues de cette belle ville
L'on peut aussi accueillir le vagabond
Le jeune tout autant que le barbon
Dans les convenances et la grâce civil.
 
Une sibylle, adroite passementière,
Par quelques points de couture,
Malgré les désespérantes conjectures,
Saura comme une habile couturière
Armée de jolis fils à ses aiguilles,
D'un peu de tissus et d'accommodations
Dans son atelier de confection,
Rendre allure à leurs vilaines guenilles,
Changeant l'usure et la patine en lustre,
Pour l'éclat d'apparences plus illustres.
 
Parce que cette affectation chaplinesque
Leur échut d'une sorte de petit héritage,
Suite à d'innocents marivaudages,
Et quelques malentendus grotesques.
 
Locataires des faubourgs à cancan
Gardez-vous des manières chaloupées,
De la bouche gourmande des poupées
Et de leurs invitations à l'encan.
Il demeure toujours une mégère
Derrière les carreaux à sa fenêtre
Une marâtre qui s'ingénie et fait naître
Des conversations cancanières,
Dénouant le galon doré de la famille
Sur le ruban rouge d'une jolie fille.
 
Et tout est bien qui finit à temps
Quand veille des nuits sous l'édredon
Entre froufrous, chuchotis et fredons
Et que répète la voix de l'intermittent.
 
Inspiré d'Aubusson et d'aventures
Il tapisse une multitude de personnages
Qui se fondent dans des paysages,
Tissés de fils et de parementures.
Il est cependant d'une étoffe populaire
Attentif au motif, à la pièce et sa chute,
Lorsque se fait le silence. Silence ! Chuuut !
Avant la générale c'est la couturière,
Dernier acte, dernière scène, dernier vers,
Qui fait un point à l'endroit, un point à l'envers.
 
Interprétation du travail de la plasticienne textile Rebecca Campeau
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