Le Seau

il y a
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Psychomotricien à la retraite, je consacre davantage de temps à l'écriture. En 2004, j'ai écrit un ouvrage traitant de mon travail clinique, publié chez Vernazobres-Grego, et ai eu le plaisi ... [+]



Lorsque l'enfant sortit, son seau tenu en main,
Elle leva les yeux vers la belle poupée
Derrière la vitrine, en fut estomaquée,
N'ayant jamais connu, en allant son chemin,
Chose si merveilleuse ! Elle sentit l'abîme
Qui la séparait de cette splendeur, un crime
Commis sur l'être miséreux, pauvre petit
En proie à la chimère et brûlant de dépit.
– Comment péronnelle, tu n'es donc pas partie !
L'enfant alors s'enfuit, cessa d'être éblouie.

Parvenue en forêt en pleine obscurité,
Elle s'y enfonça, quasi désespérée
D'y croiser quelque bête arrivant de côté,
Un revenant, un spectre... Elle en fut paniquée !
Elle allait devant elle, éperdue et pleurant,
Une sorte d'instinct la guidait vaguement.
Sans détourner la tête, elle trouva la source,
Plongea le seau dans l'eau, le stoppa dans sa course,
Le retira enfin et puis se laissa choir.
Épuisée elle était, se força à s'asseoir.
Accolée à son flanc, l'eau, dans le seau agitée,
Faisait des cercles, telle une anguille excitée.

Triste et fuligineuse était l'opacité
De la nuit, car à l'homme il faut de la clarté.
Or, l'immensité sépulcrale du silence,
Les choses hagardes font l'humain sans défense.
Elle n'osait s'enfuir, saisit l'anse à deux mains,
Amorça quelques pas, mais le seau était plein,
Et le récipient roidissait ses bras maigres,
L'anse de fer gelait la pulpe de ses mains.
Les coups, les hurlements assénés d'un ton aigre
Lui revenaient soudain, loin d'un regard humain.

Elle se redressa, marcha tête baissée,
Pourtant de s'arrêter elle y était forcée
Quand l'eau froide souvent tombait sur son pied nu.
Elle allait lentement sur le chemin connu,
Harassée, angoissée à l'idée d'être vue,
Celle que l'on battait à la moindre bévue.
Un oiseau de l'aube au plus profond de la nuit,
Telle est l'Alouette, ce sobriquet fortuit,
Donné par la voisine à cette pauvre fille
– Gueuse chez l'aubergiste, habillée en guenilles.

Une dernière halte auprès d'un châtaigner ;
Elle en avait besoin, pour bien se reposer.
La souillon repartit, ayant repris des forces,
S'appuyant sur des troncs, s'agrippant aux écorces.
Surprise ! Tout à coup, le seau ne pesait rien !
Était-il possible qu'on lui voulût du bien ?
En effet, une main, qui lui parut énorme
Venait de se saisir du seau, celle d'un homme
Arrivé dans son dos, sans émettre un seul mot.
L'enfant ne prit pas peur, posant là son fardeau.
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Joëlle Brethes · il y a
"C'est bien lourd, mon enfant, ce que vous portez là..." ... 😊😊😊
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Joël Riou · il y a
Merci pour la citation dont je n'ai pas souvenir :)
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Joëlle Brethes · il y a
C'est en gros ce qu'à dit Jean Valjean à Cosette en la débarrassant de son seau... ;)
J'aime beaucoup Victor Hugo même si c'est assez ringard d'avouer une telle chose ;)

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Joël Riou · il y a
Hugo reste indépassable !:)
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Camille Berry · il y a
Cosette devenue figure mythique de l'enfance malheureuse, dans la lignée de Poil de carotte, David Copperfield... Bel hommage !
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Joël Riou · il y a
Merci Camille pour vous être attardée sur un écrit refusé par Short et voué aux oubliettes.
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Utilisateur désactivé · il y a
C'est de la poésie ça ?
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Joël Riou · il y a
Je renouvelle la réponse que je vous ai faite sur l'un de mes poèmes. Vous êtes désactivé par Short, et je ne peux donc échanger vraiment avec vous, car je ne sais pas qui vous êtes. Merci d'être venu me lire malgré votre commentaire provocateur.
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Phil Bottle · il y a
Les jeunes de tous poils devraient lire ce poème... d'un autre siècle. Ils seraient plus respectueux de tout, et moins vandales... Ils s'ennuient, Ils se jalousent, ils rejettent...dit-on! La vie n'a pas été toujours aussi facile qu'aujourd'hui. Mais passé quelques générations, l'oubli efface tout. Et pour les guerres, c'est pareil. Que ne profitons-nous pas davantage de cette chance que nous avons de vivre en notre époque, malgré ses travers!
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Joël Riou · il y a
Merci Phil, je n'avais pas pris connaissance de votre commentaire. Il est vrai que les facilités de la vie, pour certains jeunes, ils n'en ont pas conscience.

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