Ecoute, Ecoute mon prince monseigneur

il y a
3 min
11
lectures
1

A ce miroir où je me regarde sans fin, Je réfléchis au reflet de ma peau moirée Un doigt posé sur les lèvres de ma bouche, Et je tais les promesses de soirées, Non tenues dans les draps de ... [+]

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

Bien avant que le soleil ne paraisse,
Sortant de son sommeil, la sultane,
Voulu poursuivre son récit profane,
Avant que ne la gagne à nouveau la paresse.
 
Elle dit alors à son seigneur, curieux de contes,
Et des savants poètes qu'il admire,
Alangui entre les bras d'une ottomane,
Tout attentif à la concubine, qui lui raconte
L'histoire au palais d'un grand émir,
Du marchand chrétien venu toquer à sa porte.
 
Désirant présenter des voiles et des étoffes,
Avec un peu d'encens et de myrrhe,
Il parvint par quelque heureux mirage
Et quelque imprudence aux dames du sérail,
Alors occupées nues à la toilette.
Il les entreprit toutes et tant de ses soies,
De ses drapés, de ses robes et de ses voilettes
Insistant pour que chacune en porte
Tant et tant qu'enfin elles les mirent.
Il n'en put alors éviter une catastrophe,
Si ému qu'il était par le devant, de tant de beautés.
Oh mais quel manque de tenue et mauvaise image !
Comment ose-t-on montrer chez d'autres
Ce que l'on cache chez soi ?
Et le génie des eunuques, de tels émois ne pouvant supporter
La vue, de bel apôtre
Transforma le drapier en figure de sel.
De bain il ne fut plus question, ni de soie ou de maille.
À l'endroit des effets dont la cause était entendue,
À peine cachés par l'escarcelle,
Teintaient des sequins comme mille grelots,
Et les femmes trouvaient cela rigolo,
Riant de cette fin sans funérailles
Et de la culotte à l'étoffe tendue.
Mais quelle surprise ne vint encore très bientôt...
 
Et à ce point la sultane s'arrêta dans sa sagesse,
De continuer l'histoire de cette cour,
Car était apparu à la princesse,
Le commencement d'un nouveau jour.
Son mari ne connut que le lendemain la suite
De l'intrigue dont sa femme était instruite,
Et qui la poursuivit avec un consommé talent.
 
Après cet infortuné et vigoureux marchand,
Mais qui ne vint bien vite et aussitôt
Annoncé par le tintinnabulement
De ses breloques, un bijoutier musulman,
Les doigts parés de mille gemmes,
Sertis dans des anneaux de précieux métaux.
Le hammam n'étant que peu son truc,
Dans les appartements des odalisques,
Il s'en alla quérir un verre d'orangeade,
Non sans courir un moindre risque,
Que dans les vapeurs du bain turc.
Ni le vert polisson des émeraudes et des jades,
La transparence écarlate de ses rubis,
L'azur des topazes dans le zenana,
Ni les servantes de tous leurs j'aime,
Célébrant de leurs lèvres
Les charmes d'un si bel artisanat
Ne purent prévenir le gentil Joaillier,
Du génie des eunuques, un géant de Namibie
Qui de l'honnêteté de l'orfèvre
Se trouvait fort peu convaincu.
Aussi le prit il par la peau du cou,
Le pétrit comme une terre émaillée
D'un peu de magie et la cuisson du raku,
Qui ne put éviter à son cœur un arrêt subit.
 
Mais quand un mal surpris la favorite,
Le chant du premier pinson matinal
Prévint la Maharané que le temps de la pose
Était heureux pour ménager sa prose,
Si elle ne voulait précipiter une issue fatale.
Son mari, encore, dû se satisfaire
De cet interlude à la fin du lapidaire,
Concédant à sa dame un savant mérite.
 
Mais, un mal surpris la favorite
Dans son bain trop chaud, qui d'une migraine
Fit un malaise profond le jour du shabbat.
C'est au médecin juif que le palais fit appel,
L'allant chercher au fond de ses pénates,
Afin que de Sabbat la reine,
La faiblesse soit circonscrite.
Quelques plantes odoriférantes,
Des citronnelles et des menthes,
En baume lui furent prescrites,
Pour mille et une nuits de cure
Par l'apothicaire qui la sauva sapristi,
D'une fin gisante et nue en sa chapelle,
Ou du moins de la Buissière la sacristie.
Pour se récompenser de sa peine après un tel succès,
Le médecin demanda quantité d'or,
De la reconnaissance et des hommages.
Mais le génie des eunuques n'en eut cure,
Qui en quelque temps le mit dehors,
Sans plus de procès,
Mais c'est heureux, sans plus de dommages,
Que des coups de tatanes et de savates
En somme, à coup de pieds dans le cul.
 
Mais la sultane à l'Adhan du matin
Au premier appel du Muezzin
À l'instant se tut,
Faisant à son époux la promesse
Si de lui prêter vie encore il avait la gentillesse
De poursuivre son conte le lendemain.
1

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Les Histoires de RAC
Les Histoires de RAC · il y a
De bonnes idées ♪