UNE FEMME COMME LES AUTRES

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Elle brosse longuement ses cheveux bruns aux reflets acajou, qui tombent en cascade sur ses épaules. Elle aime ce moment où, face au miroir, elle se pouponne telle une diva.
A coup de pinceaux, elle redessine son visage : crème et fond de teint sont appliqués sans excès ; elle pose sur ses paupières les ombres qui éclaireront son regard. L'eye liner est précis sur ses grands yeux couleur geais ; elle balaie de mascara ses cils longs et courbés, et finit le tableau avec un beau rouge qui souligne sa bouche fine.
Temps d'enfiler cette robe longue et sobre sur laquelle elle a craqué il y a quelques semaines. De belles sandales pour finir, et des perles à ses oreilles font d'elle celle qu'elle aime être ! Elle avance vers le miroir et observe cette silhouette qui lui plaît. Elle se trouve belle !

Un brin prétentieuse direz-vous ! Qu'importe ! Elle le dit comme elle le pense. D'ailleurs, elle n'attend aucune approbation de votre part. Seul compte le regard qu'elle porte sur elle à cet instant, et ce qu'elle voit lui plaît !

Tant pis pour vous qui la jugez sans la connaître et qui, sur les quelques lignes retranscrites, vous êtes déjà fait une opinion de Maxime. Eh oui, elle a un prénom d'homme. Elle a eu beaucoup de mal à l'accepter. Mais il paraît que c'est plutôt sexy pour une femme ! Cependant, elle l'avoue volontiers, si elle le pouvait, elle en changerait !

Quoiqu'il en soit, il n'y a aucune prétention de sa part. Si vous saviez !

Elle sourit, prend une cigarette, un café et regarde les badauds qui ne la remarquent même pas au balcon de son sixième étage. Assez traîner, il est temps d'y aller. Elle sort de l'appartement ; devant l'ascenseur, elle attend longuement lui semble t-il. Le décompte des étages se fait lentement. Les portes s'ouvrent alors sur un couple qui la regarde avec insistance.

« Bonjour » dit-elle sous le regard appuyé des occupants.
Mais un sentiment de malaise l'envahit alors, l'empêchant de faire le moindre geste. Elle est comme paralysée. Les portes se referment lentement et l'ascenseur poursuit sa descente.

Maxime fait demi-tour et telle une automate retourne chez elle, verrouille la porte, jette son sac sur le canapé et enlève l'un après l'autre, sandales, robe, bijoux... qui jonchent désormais le sol. Elle se poste devant le miroir de la salle de bains, se regarde une dernière fois avant d'effacer toutes traces de maquillage, et fait tomber le masque. L'exercice est difficile ; il y a de la rage dans ses yeux, de la douleur aussi. Un dernier geste met fin à cette mascarade : avec une délicate violence, elle ôte la perruque qui habillait son visage. Cette image qui s'affiche désormais ne lui ressemble pas, ne lui ressemble plus ! Rien à voir avec celle qu'elle est en réalité et que personne ne devine ! Pourquoi est-ce si difficile pour eux de voir celle qu'elle est en vérité ? Elle souffre tellement, en sillence, en cachette. Ses yeux sombres regardent à présent l'image qui se reflète dans le miroir. Et cette image ne lui plaît pas. Non, vraiment pas !Elle est si différente !

Dans ce regard, qui est désormais sombre, une larme en suspens, l'envie de pleurer, mais elle ne le fera pas. Elle est forte et résistera. Elle hurle en silence, se sent briser à l'intérieur.

Le téléphone interrompt ses pensées :

« Allo Monsieur Perrier, désolée de vous déranger... »

Le reste de la conversation est bref et importe peu. Seul compte ce retour à la réalité ... Nouveau regard dans le miroir et ces mots qu'elle prononce ; ils sont pour elle bien sûr, mais pour vous aussi qui lisez son histoire :

« Oui, je suis Maxime PERRIER ; je suis Directeur Général de Gerber Communication. Mais laissez-moi vous le dire : au plus profond de moi, je suis une femme, quoique vous pensiez... J'ai trop longtemps été obligée de faire semblant, pour ne pas salir la famille et ce nom que je porte ; j'ai été obligée de me taire à cause du qu'en dira t-on ? J'ai tu celle que j'étais sous la pression de mon père qui l'avait découvert et en avait informé ma mère. Et j'avais alors promis de me « ranger », d'être le fils qu'ils voulaient que je sois... Et je l'ai fait dans la douleur, chaque jour durant, parce-que j'avais vu cette tristesse dans leurs yeux... Parce-qu'ils n'avaient pas compris, parce-qu'ils ne voulaient pas entendre... Alors, j'ai fait semblant toutes ces années, avec cette envie à chaque fois, de vouloir... ou de ne plus vouloir... Mais, c'en est fini. J'en ai assez de cette souffrance qui rythme ma vie. De cette supercherie... Je veux commencer MA vie, celle à laquelle j'aspire depuis toujours. Mes parents seront déçus, ne voudront plus entendre parler de moi ; ils me renieront sans doute, et j'en souffrirai, tout comme eux, mais ils ne l'avoueront jamais c'est certain... Mais moi enfin, je serai moi. Aujourd'hui, je vous le dis, je suis une femme comme les autres. Et je m'appelle Ophélie. »

Sur ces mots, elle se rhabille, remet du fard sur ses joues ... et redevient cette femme qu'elle était l'instant d'avant ; retrouvant ce plaisir devant le miroir de celle qu'elle aime voir : une femme comme les autres...
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Phil Bottle · il y a
Que cela doit être terrible à vivre!
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