Tu ne m'attraperas pas

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Image de Court et noir - 2021
Image de Très très courts
J’ai dix ans, comme tous les jours, je vais à l’école. Je viens de tourner au coin de ma rue. J’attends ce fameux monsieur qui débarque toujours à la même heure. Dès que je le vois, j’accélère le pas. Je ne tiens pas à ce que ses grandes jambes rattrapent mon petit corps. Cela fait des mois que ça dure. Des mois que j’ai lancé un défi, contre son gré, à ce grand bonhomme aux enjambées véloces. Tiens, il neige, ce n’était pourtant pas prévu. J’ai froid et le ciel devient obscur. Comment c’est possible ? Je constate une couche épaisse de neige à mes pieds. Ah ! je l’aperçois ma dose d’adrénaline. Top départ !
Je tente de marcher plus vite. Mes jambes deviennent lourdes. Mes pieds font craquer la neige gelée. Oh ! Je n’ai plus de chaussures. Je marche au ralenti tandis que je ressens une présence pas très loin derrière. Mon gars n’aurait apparemment pas subi la même sanction. Je claque des dents de froid et de peur. Un souffle chaud caresse ma nuque. Je cherche de l’aide.
La place Gambetta, habituellement affairée, est déserte. Je croise seulement deux personnes engoncées dans des vieux blousons capuchonnés. Je ne remarque pas le moindre trait de visage dans leurs vieilles cagoules. Le seul arbre et le panneau indiquant les jours de marché détonnent avec ce paysage funeste. Une cascade d’eau s’est affalée sur eux et a gelé instantanément. La température a chuté d’au moins vingt degrés depuis mon départ de la maison. Je continue ma route en longeant la sous-préfecture. Je change de trottoir. Mon mystérieux me rejoint.
Je force le pas. La pointe de ses chaussures vient cogner mes talons meurtris par la glace. Mes vêtements me collent et ce vent glacial fige mes cheveux longs. J’ai parcouru un kilomètre. Je constate que j’habite à un kilomètre du Pôle Nord. Ce n’est pas possible ce froid. Je tente de courir mais les jambes sont raides. D’un coup une lame vient s’enfoncer entre mes omoplates. Je continue sans oser me retourner. Je crois bien que cette fois j’ai perdu la course. Je le croyais pacifiste ce type. Je voulais juste m’amuser. Cette entaille fait pénétrer le froid en moi. Malgré tout je ne lâche rien.
J’ai quitté les vieilles rues de la ville pour filer vers le fleuve. Une main se risque à me saisir les cheveux. Peine perdue, le crin gelé ne permet aucune prise. J’arrive au bord du fleuve blâmé par Chioné. Rien n’aura échappé à cette météo effroyable. En me penchant, je distingue un corps pris dans la glace. C’est une fille, chemise de nuit et cheveux longs noirs. Elle me ressemble...mais c’est moi ! Je suis à la fois au bord de l’eau et dans la glace. Je crie, en vain, aucune résonnance. Juste un frimas qui va se perdre au-dessus du fleuve. Ce corps me fixe et me fait signe. Je ne comprends pas. Quelques gouttes de sang coulent à mes pieds. Ce n’est pas le mien. Impossible avec ce gel que l’entaille ait laissé s’échapper de l’hémoglobine jusque-là. Je me retourne et découvre cet homme que je provoque depuis quelques temps. C’est un colosse. Je n’ai plus d’issue. Ses mains s’abattent sur mon cou... Aaaaaaaahhhhh !!!
- Mais enfin que se passe-t-il ? Tu as fait un cauchemar. Tu es en sueur.
J’ai dix ans, comme tous les jours, je vais aller à l’école.
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