Tomber

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Grande lectrice et grande rêveuse, j'écris depuis toujours mais ce n’est que depuis peu que je me suis mise à écrire des petits récits de fiction, des nouvelles. Mes thèmes de prédilection  [+]

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14 Décembre 2003 – Tombe la pluie
Tombe la pluie ce soir, impassible manège vertical. Une pluie fine et glacée qui étire ses fils interminables et tresse une triste dentelle sur le ciel. Tombe la pluie ce soir, tu ne viendras plus me voir.
Et mon cœur saigne du gris.
Sur la plage abandonnée, la pluie a mêlé le ciel et la mer en camaïeu de gris argent, céladon, tourterelle, tourdille et galet. Elle tombe depuis des jours et des jours et des jours, incessante, filante, ruisselante, indifférente, comme une punition divine. L'horizon s'est noyé dans ce coton de bruine.
Je tente en vain de redessiner ton visage dans ma mémoire. Mais il se brouille et s'échappe sans cesse, insaisissable comme ces gouttes opalescentes qui effacent les dessins des enfants sur le sable.
La pluie tombe, tombe, tombe, fines perles moirées ruisselant sur mes joues, s'effilant en arabesques délicates. Elle fond ses larmes de mercure dans les miennes. Et son rythme obsédant, mélodie minuscule qui répète le même motif à l'infini, m'engourdit peu à peu.
Les aiguilles irisées qui suintent des nues pénètrent insidieusement ma peau. Elles creusent en moi des galeries souterraines invisibles aux mille ramifications, sans trouver de sortie. Je me sens devenir une éponge trop gorgée d'eau.
Il va falloir que j'essore une bonne fois pour toute ce trop-plein de chagrin qui déborde et m'imprègne jusqu'au bout de mes yeux.
Mais tombe la pluie ce soir, impassible manège, compagne insoucieuse et silencieuse, étrangère à ma peine.

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12 Février 1980 – Envolée amoureuse
Il est beau, il est grand, il est brun. Il a ce sourire un peu tordu et ce regard malicieux qui font palpiter des petits papillons dans mon ventre. Je fais semblant de ne pas le voir. Lui aussi. Nous entamons une danse secrète et savante, nous évitant, nous croisant, nous évitant encore. Il me frôle, je le frôle. Mon cœur bat la chamade, mes mains tremblent et j'ai l'esprit embrouillé. Quand je suis près de lui je perds tous mes moyens, je bégaye, je me liquéfie. Mes pieds ne touchent plus terre, j'ai la tête dans les nuages, je perds l'équilibre. Je m'envole, je vole, je vole.
Bref, je crois que je suis tombée amoureuse.
Les Québécois disent « tomber en amour », comme on tombe d'un précipice dans la mer. Plouf !!!
Est-ce une chute mortelle ?

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15 Septembre 2010 – Regarde les hommes tomber
Lorsque j'étais plus jeune je pratiquais l'équitation. C'est une bonne école de vie. Pour les timides et inadaptés, les enfants qui ont des problèmes de communication avec autrui et le monde extérieur. Les chevaux sont des aides précieuses en thérapie car ils ressentent finement nos émotions, comme un miroir. Ils apaisent aussi. Ils dégagent une impression rassurante de puissance calme, de douceur. Ce sont des animaux intelligents et doux que l'on a envie de respecter. Ils nous offrent leur chaleur et leur confiance.
J'ai suivi deux écoles différentes. La britannique où le respect de l'animal et la symbiose entre le cheval et son cavalier comptaient avant tout. Et l'école militaire française où la maitrise de l'animal et la discipline passaient d'abord. C'est là qu'un jour, bien que me voyant crispée et peu sûre de moi, le moniteur a insisté, me forçant à me dépasser. Le cheval, sentant ma peur a reculé devant un obstacle et j'ai fait une mauvaise chute. Mes pieds se sont pris dans les rênes et ses sabots n'ont pu m'éviter, broyant ma cuisse. Dans ce manège froid et sonore, il n'était pas question de se plaindre. Aussitôt, j'ai dû remonter sur le cheval, pâle de douleur et sur le point de tomber encore, mais dans les pommes cette fois.
J'ai compris que malgré sa rudesse, le moniteur avait eu raison. Il ne faut jamais rester sur un échec. Quand on tombe il faut se relever. Mais parfois c'est plus facile à dire qu'à faire.
Un petit haïku japonais dit :
" Telle est la vie
Tomber sept fois
Et se relever huit."
Aujourd'hui je tombe en chute libre. Je n'ai plus rien à quoi me raccrocher. Plus de résistance à l'air. Je n'arrive plus à lutter contre la pesanteur de ma vie.
C'est arrivé en douce, sans prévenir, insidieusement. Pourtant une chute ça fait du bruit. Le vase du salon ou l'arbre qui tombent, on les entend.
Là, je tombe, je tombe. Je hurle en silence et personne ne m'entend.
Je chois, je dégringole, je glisse, je m'affaisse, je m'effondre, je m'écroule. J'ai l'impression que je vais disparaitre dans un long tunnel noir sans issue.
J'attends la huitième chute.

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10 Novembre 1989 – Le Mur de Berlin est tombé
Le Mur de Berlin est tombé cette nuit dans un fracas assourdissant que le monde entier a entendu.
Il était près de minuit, les Berlinois affluaient de partout des deux côtés du mur, se massaient devant les points de passage. A une heure du matin c'était l'euphorie. Des milliers de personnes se sont précipitées sur le Ku'Damm, s'embrassant, partageant des verres de sekt ou mousseux, riant, s'offrant des fleurs, se photographiant devant la porte de Brandebourg. Les Trabant faisaient la queue pour franchir Checkpoint Charlie. C'était une fête incroyable et spontanée. On dansait et on chantait assis à califourchon sur le Mur. Certains avaient commencé à le détruire à coup de pioches, de masses et de marteaux... Ce matin, j'ai envie envie de m'écrier comme Kennedy : « Ich bin ein Berliner ! ».
J'ai connu Berlin. J'ai aimé cette ville. J'y ai vécu intensément mon adolescence à l'âge où les modifications de mon corps, de mes pensées et les difficultés de ma construction identitaire trouvaient leur reflet dans les fractures de la ville. Je n'étais pourtant pas consciente de l'étrangeté de cet enclavement, c'était simplement mon nouveau lieu d'attache, un nouveau pays après tant d'autres. C'était juste normal, un jalon de ma vie. Mais au moment décisif où l'on se demande qui on est, on se sent encore plus étranger à soi-même dans un pays étrange et étranger.
Un sentiment d'impermanence et d'inadéquation ne me quittait pas, l'impression d'être une étrangère à moi-même et aux autres partout où j'allais. A grandir sans racines je devais les chercher en moi-même, les faire pousser tout doucement pour qu'elles s'accrochent quelque part dans ma mémoire. Il m'avait fallu apprendre à laisser partir les choses, à abandonner des souvenirs pour effleurer de nouveaux sols d'un pied léger. Que transporter quand le voyage est son mode de vie ?
Berlin était une ile adolescente comme moi, coupée en deux, comme moi. Contestataire, militante, artiste, fascinante, centre névralgique d'une Europe à l'aube de la naissance d'un nouvel être, d'une nouvelle ère.
J'avais une vision romantique de cette ville qui devenait une personne
Le côté Ouest, vitrine sous perfusion de la richesse occidentale étalait sa modernité débridée et son effervescence artistique face au côté obscur et triste de la partie Est, opposition particulièrement visible du ciel la nuit quand la moitié de la ville restait illuminée rendant l'autre partie encore plus sombre. L'Est représentait l'inconnu, la peur et la méfiance qui nous étreint au sortir de l'enfance lorsque l'on appréhende le passage à l'âge adulte.
L'Ouest cachait sa misères et ses désespérés dans des quartiers oubliés comme Kreuzberg et voulait faire croire que tout était beau dans le meilleur des mondes. Insouciance surréaliste de vivre dans un lieu hors norme, peuplé d'artistes, où les jeunes affluaient pour échapper au service militaire, où l'on côtoyait des soldats de trois nationalités dans la rue tous les jours comme si c'était normal.
Ville des émotions. Ville extravagante. Ville-refuge ou « ville des catastrophes » ? Beaucoup ont rêvé d'échapper à eux-mêmes, de se réparer en s'enfuyant dans ce lieu improbable, paradoxalement symbole de liberté, de mouvement.
Berlin attirait alors comme des phalènes brumeuses tous les artistes underground de la fin des années 70 comme David Bowie qui était venu y poser ses valises avec Iggy Pop et Brian Eno pour échapper à la folie. Brûlé par la coke, il commençait à voir des fantômes partout.
Je les avais peut-être croisés, Bowie et ses fantômes ? Au Sound ou ailleurs ? Peut-être étais-je passée sous les fenêtres du studio Hansa que Bowie et Eno avaient investi et qui se trouvait près de Check-point Charlie. C'était une ancienne salle de concert qui avait notamment été utilisée comme salle de bal par les officiers de la Gestapo pendant la guerre. Elle était immense, ce qui donnait une atmosphère et des effets d'échos particuliers que Visconti, le producteur, a décidé d'utiliser pour les sessions d'enregistrement. La pièce était sombre et les lourds rideaux toujours tirés. Lorsqu'on les ouvrait, on apercevait le mur tout proche et une passerelle où se tenait un artilleur prêt à tirer sur toute personne s'aventurant dans l'espace découvert entre lui et le côté est de Berlin. Ils étaient au beau milieu d'un film d'espionnage et c'est comme si ce lieu étrange et oppressant avait imprégné l'album. L'idée de Bowie était aussi de déstabiliser son équipe et lui-même. Il pensait que sortir de son environnement familier était propice à la création.
Et c'est dans ce lieu chargé de mémoire qu'est née la chanson titre de l'album Heroes, une de ses plus belles chansons d'amour. Musicalement différente du reste de l'album sur lequel elle ne devait pas figurer, elle évoque l'histoire de deux amoureux qui se retrouvent tous les jours sur un banc au pied du fameux "mur de la honte", symbole de haine, choisi volontairement pour leurs rencontres romantiques.
Lors d'un concert à Berlin en juin 1987, lorsqu'il a commencé à chanter cette chanson, la foule s'est embrasée. Des milliers de personnes étaient également massées de l'autre côté du mur pour écouter la star. Le public a commencé à scander "le mur doit tomber" et la situation a dégénéré, avec de violents affrontements avec la police qui a sorti les canons à eau.
Deux ans plus tard, le mur est tombé.
"Standing by the wall
And the guns shot above our heads
And we kissed as though nothing could fall
And the shame was on the other side..."
Le mur de Berlin est tombé et mon mur de peur intérieur commence à s'effriter libérant assez d'espace pour y laisser entrer la vie.
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29 mars 1984 – La faute à Voltaire
C'était ma meilleure amie.
On s'était connues durant nos études à La Rochelle. On partageait le même goût pour la poésie et la vie nocturne. Elle me disait Maïakovski. Je répondais le Roi Lézard. On partageait presque tout d'ailleurs. On habitait sur le même palier. Lorsqu'elle ne trouvait pas le sommeil elle toquait à ma porte. On passait la nuit à parler et au petit matin, on allait se poster dans la rue sur les Murs pour voir le soleil se lever sur la mer. Lorsque nos chemins se sont séparés, on a continué à correspondre régulièrement par lettres. Elle m'a invitée un jour à venir la voir à Paris. Elle vivait dans un petit studio du quartier Saint-Michel et faisait des piges pour un journal dans la rubrique culturelle. En parallèle, elle avait publié un recueil de nouvelles à compte d'auteur, qu'elle m'avait promis de m'offrir.
Je l'ai prise au mot et je suis « montée à la capitale » en train, la prévenant juste du jour de mon arrivée. Arrivée à Paris, j'ai grimpé les marches jusqu'au dernier étage de l'immeuble où se trouvait son studio. Je nous imaginais déjà arpenter le Paris bohème et écumer les cinémas et librairies du Quartier Latin. J'étais heureuse et légère.
La porte était entr'ouverte et je l'ai entendue parler avec quelqu'un. Je sais, cela ne se fait pas d'écouter aux portes. Mais elle était ouverte. Était-ce intentionnel ? Elle parlait de moi et disait qu'elle allait devoir supporter pendant quelques jours une fille qu'elle n'avait pas du tout envie de revoir. Une fille sans personnalité, qui ne cessait de la coller et de l'imiter et qui croyait tout ce qu'on lui disait. Elle s'était assez servie de moi, m'avait assez vampirisé.
Tétanisée, je me suis arrêtée dans le couloir, sans plus faire de bruit. J'avais un goût métallique dans la bouche et l'envie de vomir. Elle racontait en riant qu'un jour, lorsque nous étions voisines, elle s'était introduite chez moi. Elle avait fouillé partout, avait trouvé mon journal. L'avait pris et avait également emporté quelques bijoux en toc, mon appareil photo, seul objet de valeur que je possédais. Elle m'avait enfin volé des sous-vêtements qui séchaient dans la salle de bain pour faire porter les soupçons sur un mec, un petit voleur minable.
« Et cette conne a tout gobé ! C'était vraiment jouissif de servir de confidente à celle-là même que j'avais dupé. Elle m'a beaucoup inspirée pour mes nouvelles, je n'ai jamais quelqu'un d'aussi naïf. Mais, là je suis emmerdée, je n'ai pas du tout envie de la voir. Je ne pensais pas qu'elle répondrait à mon invitation. Je peux venir dormir chez toi ce week-end ? Elle trouvera porte close et sera obligée de partir. Je dirai que j'avais oublié sa venue... »
J'ai fait demi-tour, les jambes flageolantes, la vision brouillée de larmes de colère, de honte et de chagrin. Je suis repartie vers la gare en trainant mon sac et mon âme devenus trop lourds. J'avançais comme une aveugle en me cognant partout.
Je n'avais rien vu venir.
Je suis tombée des nues
Je suis tombée de la lune
Je suis tombée du ciel
Je suis tombée des nuages
Je suis tombée de haut
Je suis tombée du poirier
Je suis tombée des airs
Je suis tombée de ma chaise
Je suis tombée par terre.

Et depuis, je ne cesse de tomber. C'est une chute infinie.

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2 mai 1993 – Tombée enceinte
C'est une petite fille, nous a dit le gynécologue. On imagine déjà notre princesse sautillante avec ses couettes, ses yeux malicieux et son rire en cascade. On est fous de joie.
Mais pourquoi dit-on « tomber enceinte » ? Comme si c'était une disgrâce, une lourde fatalité. Comme si on avait gardé de ces millénaires obsédés par la Chute Originelle le sentiment que l'homme était condamné à tomber éternellement et que la femme devait expier pour les péchés de l'homme. « J'augmenterai les souffrances de ta grossesse et tu enfanteras dans la douleur » nous dit la Bible dans la Genèse.
Mais dans le verbe « tomber », il n'y a pas que l'idée de chute. Même si cet évènement qui va transformer notre vie est empreint d'une gravité... toute terrestre qui nous fait trébucher d'émotions ! Dans le verbe « tomber » il y a aussi l'idée de surprise et de soudaineté.
Tu es une surprise merveilleuse ma petite princesse ! Je tombe déjà sous ton charme.
Il signifie aussi « devenir » dans les expressions « tomber amoureux » ou « tomber malade ». Je suis tombée d'accord avec moi-même : je crois que je vais choisir ce troisième sens !
Alors je deviens une enceinte.
L'homme passe sa vie à ériger des murs, des remparts, des forteresses qui le séparent de son prochain. Moi, je construis une belle et douce enceinte, une magnifique bulle de protection pour permettre à la vie de grandir en sécurité au creux de mon corps.
Lorsque mes murs intérieurs se sont effondrés, j'ai élevé ce nouveau mur en moi. Mais c'est un mur poreux. A travers cette paroi palpitante, notre future princesse est bercée par nos voix et nos caresses.
« Une chanson douce, que me chantait ma maman »
Ne t'inquiète pas ma poupoune, mon petit chat, je vais te tresser un beau nid bien douillet, fait de plumes, d'herbes tendres, de fleurs multicolores qui sentent bon, de musique et de colibris. Tu es là, bien au chaud dans le berceau de mon ventre.
Entends-tu ma chanson ma belle ?

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24 décembre 2015 – La chute des corps
Ce matin je me suis regardée dans la glace. J'avais mal dormi, je tombais de fatigue. Des cernes sous les yeux, les paupières et les commissures des lèvres tombantes, les cheveux dégoulinant en désordre sur un visage flétri. Je me suis demandée un instant qui était cette personne qui me regardait.
Selon la légende, Newton aurait découvert les lois de la pesanteur et l'attraction terrestre en recevant une pomme sur la tête alors qu'il sommeillait sous un pommier. Aujourd'hui la pesanteur me pèse et fait tomber mon visage.
Avant Newton, Galilée avait déjà établi que la vitesse d'un corps en chute est proportionnelle au temps et ne dépend pas de sa masse. Il a eu l'intuition que le frottement fluide, la résistance de l'air intervient dans cette chute pour la freiner ou pas. Autrement dit, dans le vide, une plume tombe aussi vite qu'une boule de bowling.
Si je me jette dans le vide ou si je voyage en apesanteur, est-ce que mes traits remonteront ? Il va falloir que je retombe dans le sommeil pour rêver que le temps n'existe pas.
Et puis Einstein est arrivé qui a montré que la gravitation était une déformation de l'espace-temps. Si, comme dans le paradoxe des jumeaux, je tombe dans un trou noir et que je remonte, je serais plus jeune que si j'étais restée sur place.
Et si je repartais en voyage ?

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18 Janvier 2017 - A la tombée de la nuit
Après des semaines de pluies glaçantes et de grisaille déprimante, le soleil est enfin revenu aujourd'hui. Un temps froid et sec qui m'a poussée dehors pour aérer mes idées noires. Je suis assise sur le sable froid de l'hiver devant une mer apaisée. C'est le soir, et je suis seule avec moi-même sur la plage, un instant de pause dans la course effrénée de mes jours. Immobile enfin, je contemple un coucher de soleil liquide.
C'est drôle, pourquoi tout le monde est-il ému devant un coucher de soleil ? Il n'y a rien de plus banal pourtant. Est-ce un sentiment d'humilité devant l'immensité cosmique qui nous remet à notre place d'infiniment petit et dérisoire ? Où la magie de cette petite mort journalière que l'on sait toujours suivie d'une renaissance porteuse d'espoir de lendemains plus légers ?
Peut-être tout simplement parce que c'est beau. Le plus grand écran de cinéma du monde, gratuit et tout équipé en technicolor, 3D et cinémascope. Un tableau mouvant qui se crée en direct devant nos yeux éblouis. Le ciel déploie en douceur sa palette infinie d'un pinceau soyeux et lumineux. Les rouges mordorés se fondent lentement en bleu nuit. Dégradés subtils de flammes orange, pourpre et mauve qui s'effilochent à l'infini. Trainées jaune d'or et nuages gris clair ouatés de rose. La lumière est diffuse, les teintes se refroidissent et les étoiles apparaissent une à une. La nuit tombe sans bruit, trébuchant dans les longs plis de sa robe de velours.
La nuit est tombée mais ce n'est pas grave. Elle n'a pas eu mal. Elle se relèvera demain.
Comme tous les jours.
Depuis des millions d'années.
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