Témoignage d'un mort

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Je suis né seul. J'ai grandi seul. Je vis seul. Je vieillirai seul et mourrai seul. Tel est mon destin funeste.

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Le cœur serré, les yeux rivés au plafond, le corps frêle, le visage humide, JUSTICE ne pouvait se libérer de ses pensées. Le remords et le regret le consumaient, dans le silence et la solitude. Des sentiments de honte, de méprie, et de dégoût, l'envahissaient. Il se haïssait du plus profond de son être.
Il expira profondément. Il Ferma les yeux, croisa les jambes puis visualisa la scène une seconde fois. Il prit sa tête entre ses mains. Il sentit pour la première fois, le poids de celle-ci, écrasé ses épaules. Il se cacha le visage. Son nom lui paraissait semblable à une farce. Il se sentait pire qu'un acteur imbécile sur scène. Il se voyait un simple pion sur un échiquier aussi grand que le monde. Il estima sa vie à rien. Il résuma tout bonnement sa vie, à la mort et à la destruction.
Il s'allonga sur le tapis rouge de la salle. Les rares spectateurs qui assistaient à la scène en silence, se retirèrent. Il était seul devant son seigneur mais en guerre avec son âme.
Il ferma les yeux cacha les photos horribles, croisa les bras puis se languit d'un sommeil profond. Il ne bougea plus. Le repos atténuera la douleur pensa-t-il. Malheureusement, à cause des idées qui bouleversaient son esprit, de fond en comble, dans un chaos indescriptible; on ne saurait dire, jusqu'à quand attendra t-il ce sommeil salutaire.
Il songea à la mort; à la fin. Il songea à mille manières de mourir. Il souhaita la mort. Il pria l'ange de la mort d'accomplir sa dernière volonté. Il arrêta de respirer.
Le battement, sec et cadencé de son cœur, l'étouffa. La gorge serrée, il sentit son cœur lui réclamer la vie. Il libéra ses poumons et les gonfla de fierté. Il se sentit soulager. Un âme retirer de force dun corp ne pourra reposer en paix. La mort devrait être une rédemption et non une punition perpétuelle. La fin n'est-elle donc pas la solution ? Il fut de nouveau perdu.
D'une part, la raison, la société et la justice; et d'autre part, le devoir, le pouvoir et la loyauté. Vagues par vagues, ses pensées le heurtèrent dans sa chair. Malgré ce fracas, il restait, couché, paisible et serein. Il mena une guerre sans merci à sa propre personne dans le silence de cette sombre nuit.
Sans espoir, d'un effort surhumain, il se redressa puis soupira. Il essaya de comprendre son état et d'un ton saccadé, il mâchonna :
« Des orphelins, des nouveau-nés, des vieillards, des clochards, des estropiés, des femmes enceintes, rien que des inaptes et des handicapés. Tous ces gens ! J'ai... J'ai pas...!
Pourquoi ? Je savais pourtant à quoi m'attendre en détruisant cette zone. Je savais que l'explosion détruirait l'hôpital et les tuerait mais je n'ai rien fait pour les sauver. Je les ai tués. Je les ai tous tués. Je ne suis qu'un monstre. Je... Je suis celui qui a tué tous ces gens mais pourquoi m'acclame t-on ? Pourquoi refuse t-on de voir la vérité en face. Pourquoi, moi le criminel, je suis décoré. Et pourquoi ces martyrs ne reçoivent que des injures et des insultes. Pourquoi la vérité est si amère aujourd'hui ? Oh mon seigneur, je ne suis qu'un bourreau, tuez-moi ! Je ne mérite pas de vivre.
Oh ma tête, j'ai mal ! Je reconnais mes fautes, seigneur ! Je dois me racheter, je dois me purifier, je dois avouer. Libérez moi de ces entraves dont une partie de la société m'a ligoté. Donnez moi le courage pour ce dernier combat et ce dernier sacrifice. Aidez moi à prouver au monde, ma culpabilité et faites que... »
Il ne finit pas ces mots lorsque, brusquement, il se redressa sur ses jambes. Il fixait ; surgit de nulle part, un jeune homme armé et nerveux. Le jeune homme lui jeta des phrases incompréhensibles. Il se répétait encore et encore; toujours avec ces gestes saccadés.
Ne sachant que faire, JUSTICE suivit son instinct et à chaque phrase complète du jeune homme, il répondait par des gestes adéquat à la situation tout en engageant la discussion. Des détonations retentirent, ce qui perturba d'avantage le jeune homme qui ordonna: «à plat ventre ! »
Ne comprenant ni l'ordre ni la langue dans laquelle il fut donné, il s'avança délicatement vers le jeune homme qui essaya de l'en dissuader. JUSTICE s'arrêta. Le jeune homme répéta l'ordre. JUSTICE ne fit aucun geste. Le jeune homme répéta encore et encore sans succès alors, il ajusta son arme vers les jambes de JUSTICE en vacillant.
Il pressa sur la détente. La balle siffla, fendit l'air puis perça son thorax. Le jeune homme s'en alla en titubant.
Le corps s'effondra, se débattit puis se contint. JUSTICE regretta tout ce qu'il a accompli et tout ce qu'il ne pourra jamais accompli. Il regretta d'avoir passé tout ce temps à ce morfondre. Il hurla de rage et s'éteignit.
Dans la salle, le corps gisait sur le sol. Son sang se mêla à la couleur rouge du tapis et noya les photos des victimes de l'exposition. Il restait silencieux comme toujours, dans ce silence accablant avec comme seul compagnie, ces visages de mort.
La douleur persistait mais un léger soulagement l'envahit. Les yeux s'ouvrirent. Le sang, les photos, le tapis rouge, les murs dénudés et la solitude firent place à une pièce étroite, un personnel médical et des sourires radieux. Il écouta son cœur et remercia son seigneur. La mort était loin.
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