Totenkopf

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Par trois fois, le bâton s'abattit violemment sur la jeune femme qui gisait au sol, et le dernier coup la fit rouler sur le côté.
Le sang poisseux rougissait sa chevelure blonde, il traçait sur ses joues pâles de sinistres sillons qui finissaient en gouttes sur le sol gelé.
L'homme qui venait de s'acharner sur elle retint son quatrième coup. Il avait le souffle court d'un dément, et ses yeux exorbités jaillissaient de son visage crasseux. Il tremblait violemment en balançant son arme d'avant en arrière, comme un joueur de base-ball qui s'apprête à battre.
« Vas-y ! Qu'est-ce que tu attends ! FINIS-LA !! » cria un deuxième homme très maigre, mal rasé, aussi repoussant que le premier. Puis il s'avança et tenta d'arracher le bâton des mains de son comparse indécis.
« Donne-moi ça !
– Attends ! fit l'autre en résistant mollement.
– Attendre quoi ! Nous n'avons plus le temps, elle va nous signaler ! Donne-moi ça, nom de Dieu ! »
Le bâton changea de mains. La jeune femme ouvrit alors les yeux en gémissant. Elle tenta désespérément d'amortir le coup de grâce en levant son bras, mais le bois se brisa sur son crâne l'instant d'après.
Le mal rasé se pencha ensuite sur le corps inanimé, puis il entreprit de fouiller les poches profondes de la veste ensanglanté. Il en sortit divers objets, un briquet, un carnet, des papiers – et un petit fourreau contenant un poignard. Sans hésiter, il dégaina la lame et l'enfonça dans la jugulaire de sa victime.
«  Aaron ! Tu es devenu fou !! lui cria l'autre. Qu'as-tu fait ! 
– Ce que j'ai fait ? Ce que j'ai fait ? La même chose que ce qu'elle a fait à ta sœur, à ta mère, à nos cousins ! Ressaisis-toi, Jacob ! Nous devons partir d'ici tout de suite ! »
Le dénommé Aaron rangea le couteau dans le fourreau qu'il cacha ensuite sous ses haillons rayés. Et sans attendre son frère, il sauta le fossé qui les séparait de la forêt sombre.
Subjugué par la vision d'horreur – et pourtant il en avait vu d'autres – Jacob resta encore quelques instants près de la morte.
Elle avait son âge, à peu près. Ils auraient pu être amis, ou amoureux, dans un autre monde. Un monde où elle n'aurait pas arboré un insigne à tête de mort au col de sa veste.
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