Si le vent tombe

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"Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, elle sera poète, elle aussi ! ” Arthur Rimbaud

Ce matin sur la plage. La tempête galope, me pousse, m'enveloppe de ses grands bras froids. Elle souffle, siffle et le sable devant moi fuit en longues bandes désordonnées, au ras du sol, serpents éperdus. Les milliards de grains bruissent et m'agacent puis, par moment, une grande gifle vient claquer mon dos, une rafale. Le mistral sauvage, violente, bouscule, étourdit, affole. Sur les ailes de ce grand oiseau ébouriffé vient la folie, Van Gogh l'a appris à Arles.
Le jongleur amateur a déserté son poste au fond de la plage. Il est là tous les jours s'exerçant à lancer et rattraper deux vieux petits thermos en guise de quilles. Il n'est pas très doué. Je déteste les jongleurs en général, ils sont à mon avis le fond du panier en matière d'art de la rue, mais pour celui-ci ma détestation atteint un paroxysme. La trentaine bien sonnée, tout chez lui est ridicule : le bandeau qui retient des cheveux qui n'ont pas besoin de l'être, les pieds nus et le pantalon de toile un peu large, froissé juste ce qu'il faut. Il tente des figures complexes et, l'air de rien, du coin de l'œil vérifie si on le regarde. Il m'insupporte tant que lorsque je le vois, je me retiens avec peine d'aller lui dire à quel point il est pathétique. Il faut lui reconnaître cependant une indéniable opiniâtreté. Aujourd'hui, le vent a eu raison de lui.
Il a l'âge de mon fils.
Sur le chemin qui remonte vers la ville, les cyprès chauves, pourtant immenses et puissants plient. Leurs jeunes feuilles s'envolent au loin.
J'ai laissé mon père à la maison.
Il est si vieux ! Recroquevillé dans son fauteuil, silencieux et amer.
Hier après la pluie, les hirondelles ont dansé un ballet précis et silencieux. J'ai contemplé leur vol longtemps, jusqu'à ce que frémisse les feuilles à l'arrivée du vent maître. Aujourd'hui, tous, hommes, animaux, oiseaux sont restés chez eux ; les bateaux, à l'amarre.
Mais moi, je suis en route.

Mon fils était gay. Nous le savions son grand père et moi car il ne s'en cachait pas. Nous n'en parlions pourtant pas. Mon père parce que cela bousculait trop ses convictions en matière de sexe et de virilité et comme il adorait son petit fils, il n'abordait pas le sujet de peur de dire des horreurs et de le blesser. Moi, j'attendais. Je me disais qu'un jour il aborderait le sujet, quand il serait prêt. Ou pas. Car, il savait, j'en suis sûre, qu'un jour il pourrait arriver au bras de son amoureux comme on arrive chez ses parents au bras de son amoureuse.
Cela n'arrivera jamais.

Il y a quelques années, de jeunes hommes disparaissaient les uns après les autres et on retrouvait leur corps noyé dans la petite rivière qui traverse la ville.
Le premier, « suicide sans doute » a dit le procureur. Le second quelques mois plus tard, probablement encore « un pauvre paumé qui ne supportait plus le fardeau de la vie »... Le troisième « vraisemblablement le même schéma », sacrée coïncidence !
Et puis mon fils. Noyé, lui aussi.
Cela m'a déchirée. Je ne peux trouver de meilleur terme. Ce qui a rafistolé un temps mon être fracturé est la colère.
Avant que le procureur n'intervienne dans les médias, j'ai parlé. J'ai crié que ce n'était pas, contrairement à ce que l'autre con allait dire « un suicide ». N'était-il pas étrange qu'en quelques mois quatre jeunes gens se « noient » dans la rivière ? Y avait-il un lien, un profil ?
Pourquoi mon fils heureux, je le savais heureux, se serait-il suicidé ? Pourquoi le jeune M, marié et qui attendait un enfant se serait donné la mort ? Et les autres avaient-il une quelconque raison de partit un beau soir pour se jeter à l'eau?
On me répondit avec tous les égards dus à une mère éplorée que l'enquête n'allait pas dans le sens que je voulais lui donner. Des meurtres ? Allons, allons, la douleur vous fait divaguer. Laissez faire les professionnels. Ecoutez sagement ce qu'ils ont à dire.

Mon fils aimait le vent. Je le revois, tout petit, avancer les yeux fermés et les bras ouverts à la brise marine, humant l'odeur du sel, un grand sourire aux lèvres.
Si reconnaissant de vivre, mon fils.

Je suis allée rendre visite aux familles des noyés. On a accepté de me parler. J'ai écouté le chagrin et entendu des doutes semblables aux miens. J'ai rencontré des femmes et des hommes dévastés, une mère et un père anéantis par un évènement qu'ils n'avaient conçu que dans des crises d'anxiété parentale ; des projections glaçantes vite écartées pour éviter d'y trop penser. Un autre couple frappé violemment par une réalité si féroce que tous deux en perdaient la raison. Certaines et certains avaient accepté les explications honteuses des autorités. Une famille, en revanche, n'y croyait pas plus que moi et ensemble nous avons commencé l'enquête. Nous avons chacun de notre côté essayé de comprendre ce que faisaient nos enfants près du pont où leur corps avait été retrouvé. C'était un quartier éloigné du centre ville et rien, semblait-il, ne présentait d'attrait pour de jeunes hommes la nuit. L'endroit était désert. Aucun bar, aucun lieu de rencontre.
Nous avons interrogé les amis de nos fils pour savoir s'ils avaient une idée du lieu où ils s'étaient trouvés le soir qui avait précédé leur mort. Le mien avait quitté son appartement vers 21h pour se rendre chez des amis qui vivaient à quelques kilomètres de là et en était reparti vers une heure du matin. Il avait très peu bu ce soir là. Il était rentré à pied.
L'autre, s'était rendu dans un bar où un groupe de jazz se produisait, avait bu quelques verres en compagnie de jeunes gens de sa connaissance et les avait quittés vers minuit pour rentrer chez ses parents, à pied lui aussi.
Ils n'avaient, ni l'un ni l'autre la moindre raison d'aller au bord de la rivière.
Les rues de la ville étaient à ces heures là plutôt vides, la saison estivale n'avait pas encore commencé, et parmi les habitants des maisons qui se trouvaient sur le trajet emprunté par mon fils et sur celui emprunté par l'autre jeune homme que j'appellerai S, aucun n'avait remarqué quoi que ce soit. Beaucoup dormaient.
Nous étions les parents de S et moi, après quelques semaines durant lesquelles nous avions interrogé de nombreuses personnes, plutôt découragés. L'ampleur de la tâche nous est apparue alors nettement. Nous n'étions pas des policiers, nous n'avions pas accès aux résultats de l'enquête, s'il y en avait eu une, ni bien sûr aux enregistrements des quelques caméras installées dans certaines rues de la ville. Nous ne savions pas, par exemple, si des traces de pneus avaient été relevées près de la rivière ni même s'il avait été possible d'en relever. Toutes les questions que nous avions posées aux policiers avaient reçu des réponses évasives et nous avions été gentiment mais fermement renvoyés à notre douleur.
Personne ne savait rien. Personne ne voulait rien savoir.

C'est à ce moment là que j'ai rencontré Élisa.
La première fois, elle était seule au bord de l'eau en ce jour d'hiver clair et frais. La mer était paisible et l'air pur permettait de distinguer parfaitement la découpe des côtes de l'île, dernière terre au sud avant l'Afrique. On apercevait même le tronc des arbres et quelques habitations nichées dans la verdure. Élisa, encore inconnue de moi, était assise dans le sable et parlait fort au téléphone. Elle m'a semblé affolée. Elle a dit à son interlocuteur qu'il était hors de question qu'elle sorte de nouveau avec eux, que « trop c'est trop » et qu'ils étaient lui et les autres malades, « de vrais enculés ». J'ai entendu tout cela parfaitement car je m'étais arrêtée à quelques pas d'elle pour contempler le large. Je n'avais pas l'intention d'écouter sa conversation mais elle criait presque, des larmes dans la voix. Et, bien sûr la teneur de ses propos, au moment même où je tentais de découvrir qui avait pu tuer mon fils, m'a fait dresser l'oreille. Elle a raccroché et est restée immobile un long moment. Elle ne m'a pas vue tout de suite mais lorsque ça été le cas elle a eu un mouvement brusque, un hoquet de peur, comme un enfant surpris la main dans le sac.
- Désolée, je n'ai pas voulu vous effrayer.
- Vous fouinez, sale pute ?
Je dois dire que ses premières paroles m'ont sonnée. Je ne m'attendais pas à une telle violence chez une si jeune fille. Blessée, j'ai répondu :
- Pas du tout. Je me promène comme chaque jour et vous parliez si fort...
- Et alors, z'êtes pas obligée d'écouter. La plage est assez grande non ? Pourquoi vous vous arrêtez à côté de moi ? Si c'est pas pour fourrer votre nez dans ce qui vous regarde pas...
Désarçonnée, j'ai bredouillé quelques vagues mots d'excuse et me suis éloignée. J'étais furieuse contre elle et contre moi-même qui ai toujours du mal à répliquer quand on me rentre dans le lard. J'ai un tortueux esprit d'escalier et la répartie qui aurait fait mouche m'arrive bien longtemps après l'escarmouche.
Je l'ai revue une ou deux semaines plus tard, alors que je traînais mon découragement sous le soleil pâle de février. Je commençais à réaliser que jamais je ne saurais ce qu'il était arrivé à mon fils, mon tendre fils, mon toujours tout petit.

Mon petit joue au bord de l'eau, les cils perlés de gouttelettes salées, les cheveux éclaircis de soleil et de mer, les doigts plongés avec délices dans le sable humide. Il rit et se lève puis court vers moi.

Cette fois Elisa tente de marcher à grands pas dans le sable sec et semble s'enliser plus qu'avancer. Petite, mince, elle a des cheveux blonds et cassants à force d'avoir été colorés et décolorés, cheveux dont les pointes atteignent ses épaules et, son air vache a disparu. Nous nous croisons, je la salue. Elle m'ignore. Pas un regard dans ma direction. Je m'aperçois alors qu'elle pleure.
- Mademoiselle, tout va bien ?
- Foutez-moi la paix.
Je pense qu'elle ne m'a pas reconnue.
- Je ne veux pas vous embêter mais si je peux...
- Non mais, vieille conne, de quoi je me mêle ?! Je vous demande rien. Putain !
Là, elle éclate en sanglots. Je reste plantée devant elle, un peu honteuse à l'idée que je me moque de son chagrin et que la seule chose qui me motive est qu'elle sait peut être quelque chose. Qu'elle sait ce qui est arrivé au bord de cette maudite rivière. Derrière la grossièreté de son langage et la vulgarité de son apparence - elle est hyper maquillée, ses ongles des mains comme des pieds sont vernis chacun d'une couleur différente et flashy, des bracelets de pacotille tintinnabulent à ses poignets et un tatouage légèrement baveux représentant une toile d'araignée gâche sa cuisse droite dévoilée par un minuscule short- il y a une émouvante fragilité.
- Je sais que j'ai l'air de me mêler de ce qui ne me regarde pas mais vous avez l'air tellement malheureuse...
- Je suis pas triste.
- Vous pleurez.
- Et alors ?
- Eh bien, si vous pleurez c'est que quelque chose ne va pas.
- Rien ne va, si tu veux tout savoir !
- Racontez-moi.
Je me dis qu'elle va, une fois de plus, m'envoyer bouler. Nous sommes face à face, presque seules. Quelques rares personnes marchent, d'autres promènent un chien. J'ai un brusque désir de la prendre dans mes bras, malgré le fait qu'un monde nous sépare. Elle pourrait être ma fille. Je ne le fais pas. Je sais qu'elle n'aimerait pas. Elle s'essuie les yeux d'un grand geste du bras, étalant un peu plus la demi tonne de mascara dont elle a emplâtré ses cils et je m'aperçois qu'elle a de très beaux yeux noirs. Ils me foudroient.
- Pourquoi je te parlerais ? T'es pas ma mère ou quoi.
- Non mais parfois ça fait du bien de parler à quelqu'un d'inconnu. Ça soulage et c'est sans conséquence.
- Ça...
- C'est si grave ?
- T'imagines même pas.
- Même les choses très graves finissent par s'arranger.
Elle rit, un rire amer, rendu rauque par les pleurs.
- Tu sais rien, pauvre conne.
Soudain, j'en ai assez. Elle ne me parlera sans doute pas, je ne suis pas psychologue et apparemment je ne trouve pas les mots pour déclencher des confidences. Peut-être aussi n'a-t-elle rien à me dire qui aurait un rapport avec ce qui est arrivé à mon fils. Je tourne les talons. Une main m'attrape le bras.
- Attends !
Je m'arrête mais ne la regarde pas.
- Tu crois que si j'ai vu quelque chose de très très grave je serais pas une complice ?
- Complice ? Tu as assisté à un délit ?
- Un délit ?
- Oui, un vol ? des violences ?
-...
- Qu'as-tu vu ?
Elle hésite.
Puis, brusquement, comme on se jette d'un très haut plongeoir, dans un mélange de phrases hachées et de sanglots, elle me raconte.
Son histoire est banale. Une adolescente qui s'ennuie dans une petite ville de province en révolte contre ses parents et qui va se fourrer dans des endroits qu'elle devrait éviter. Des rencontres fascinantes au départ, des rencontres dangereuses, un homme charismatique, un groupuscule qui pue la violence, l'intolérance et la xénophobie. Mais elle tombe amoureuse d'un des membres de ce que l'on pourrait appeler un gang. Et la voila coincée.

Elle avait rencontré l'un d'entre eux un soir dans une boite connue pour être plutôt mal famée, Le Paradise. Elle y allait pour boire jusqu'à l'hébétude, avaler quelques extasies et rigoler avec les copines en regardant les danseurs. Ce soir là elle avait remarqué un beau gars musclé, tatoué, au crâne rasé. Elle l'avait dragué sans aucune finesse et ça avait marché. Ils avaient « couché » et s'étaient revus régulièrement. C'est lui qui, une fois qu'elle avait été « accro », l'avait introduite dans le petit groupe d'extrême droite auquel il appartenait. Leurs activités consistaient essentiellement à palabrer interminablement sur l'immigration, les étrangers, les juifs, les homos, les islamo gauchistes et la France souveraine, à infiltrer des manifestations en hurlant des slogans racistes et à, de temps en temps, faire irruption an conseil général ou régional de la « grande ville » pour « foutre la panique ». Ils refaisaient le monde à leur manière haineuse et nauséabonde. Et ils avaient un « chef », véritable orateur qui savait leur donner un sentiment de puissance et de légitimité par ses discours enflammés truffés d'arguments « chocs ». Elle avait été très vite fascinée par les paroles de cet homme aux yeux enfiévrés, elle les buvait sans tout comprendre comme on boit un alcool fort sans l'apprécier. Elle s'était laissé entraîner à hurler avec la meute, à casser, voire à terroriser des passants. C'était jubilatoire parce qu'elle avait, pour la première fois, du pouvoir sur les autres, parce qu'elle se sentait invincible au milieu des siens. Elle s'était recréé une famille, une famille qu'elle avait choisie et avec laquelle elle commettait impunément des actes répréhensibles.

Lorsqu'elle me parle de cette période, il y a encore dans sa voix l'enthousiasme des débuts.
Et puis c'est devenu vraiment « craignos ».

Une nuit alors qu'Élisa et quatre gars rentrent du Paradise, passablement ivres, ils rencontrent un jeune homme. Un des membres du groupe s'écrie :
- J'le connais celui-là. C'est un mec d'extrême gauche ! Une raclure ! Qu'est ce que tu fais là connard ?
L'autre ne répond pas et tente de continuer son chemin.
En un instant, ils sont sur lui et commencent à le bousculer. Chaque fois qu'il essaie de fuir, ils le rattrapent tels des chats s'amusant avec une souris. Sa terreur les fait rire et ils le poussent de plus en plus violemment. Élisa restée à l'écart s'amuse aussi de l'impuissance de ce « salaud d'islamo-gauchiste ». Soudain l'un d'eux dit :
- Eh les gars ! y a qu'à l'emmener à la rivière, on va le laver de sa crasse de clown de gauche.
Le jeune homme ne crie pas. Il pleure. Ils le traînent, le tirent, le portent lorsqu'il se laisse tomber comme un poids mort et parviennent à la rivière. Ils sont survoltés, hors d'eux et à peine arrivés sur la berge, ils le jettent dans l'eau. Puis lui maintiennent le visage immergé. A ce moment là Élisa crie. Ça va trop loin ! Mais on lui demande de « fermer sa gueule ». Tétanisée, elle le voit se débattre follement, ses jambes envoyant des gerbes d'eau dans tous les sens et dans le bruit des rires et des cris de ses agresseurs. Ça lui semble durer une éternité. Enfin, les mouvements se font plus lents, plus rares et cessent tout à fait. Les quatre acolytes se relèvent, trempés et soudain silencieux.
Le nuit noire les entoure, froide.
Après une brève concertation, on décide de le laisser là.
«  Il n'a pas de trace de coup, on l'a pas tapé vraiment. On pensera qu'il s'est noyé accidentellement. Et tout le monde la boucle. » Le petit ami d'Élisa a pris les choses en main et après lui avoir passé un bras impérieux et vaguement menaçant autour des épaules, il l'entraîne, suivi des trois autres, muets.


Elle me dit que les jours qui ont suivi, elle a été comme un « putain de fantôme ». Elle revivait la scène encore et encore et revoyait, lorsqu'elle fermait les yeux, les jambes du « pauvre mec » s'agiter dans le noir. Elle refusait de sortir avec eux le soir, n'allait plus au Paradise et se cloîtrait chez ses parents. Cela a inquiété Marc, le petit ami. Il s'est arrangé pour la « coincer » au moment où elle sortait de chez elle. Après lui avoir fait du charme pour la dérider et constaté qu'elle refusait de lui parler, il s'est mis en colère, l'a traitée de « conasse » et menacée de lui « faire sa fête » si jamais elle ouvrait «  sa putain de gueule ». Terrorisée, elle est rentrée en courant.



Son récit me glace. Elle sanglote, face à la mer grise. Je me fous, en cet instant, de ce qu'elle peut bien éprouver. Je sais que ces monstres ont tué mon fils et les autres.
- Est-ce qu'il y a eu d'autres...meurtres ?
J'hésite à prononcer le mot, non pas parce qu'il n'est pas juste mais parce qu'il me semble si terriblement définitif !
Elle hausse les épaules et détourne le regard.
- J'ai plus fait de virée avec eux. J'en sais rien.
Je sais qu'elle ment.
- Tu n'es pas retournée en virée mais tu les as revus ? Tu as écouté leurs conversations ? Entendu des choses qui t'ont fait penser qu'ils avaient recommencé ?
- Non.
- Tu ne les as pas revus depuis ce soir là ?

Elle se tait.
Je regarde la mer. Il me semble que ce récit, mon chagrin, ma fureur, elle pourrait tout engloutir.
Et je pourrai m'y noyer.

- Ils ont tué ton fils. Parce que c'était une tapette.

La phrase cogne contre le ciel bas et la mer étale. Comme surgie de nulle part elle reste suspendue dans le silence mat.

- Tu te demandes comment je sais ? Que tu es sa mère ? Tu connais Google, les réseaux sociaux ? Je savais que j'avais déjà vu ta tête quelque part. Après, y avait ta photo. Surtout celle où tu engueules les flics, elle a fait un peu le tour du Net.

Je n'ai rien à dire. Je suis assommée.
Elle se détourne et s'éloigne vers les bâtiments qui bordent la plage. Sa silhouette fine et droite sous le ciel blanc. Sa confession l'a apaisée.
Elle m'a laissée là, plantée sur le sable, seule avec la révélation.

Quelques jours plus tard, j'ai appelé la gendarmerie. J'ai raconté. Mais je n'avais qu'un témoignage et un prénom. «  Que voulez vous qu'on fasse avec ça, Madame ? »
J'ai essayé de retrouver Élisa, sans succès. Je me suis dit que de toute façon, même si je la trouvais elle refuserait de témoigner. Je suis allée au Paradise. Eux, je les ai tout de suite repérés. Marc en particulier. Un beau mec, malgré son crâne rasé. Je les ai suivis et je sais où ils habitent.

Puis est arrivé le printemps. Avec lui l'énergie.
Aujourd'hui, accompagnée par la puissance du mistral, ma fureur est en route. J'ai avec moi, le fusil de chasse de mon père et des cartouches. Si le vent tombe, je ne m'en servirai pas.
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Phil Bottle · il y a
Haletant! Et le vent n'est pas tombé!
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Farida Johnson · il y a
Ben non. Merci Phil pour la lecture.
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