Retour à Bamako

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Je vais quitter Bamako. Ce n'est pas ce que vous croyez, je pars le cœur léger, la tête haute. Pas comme les autres, les migrants, à pieds par la Mauritanie, moi j'ai pris un aller simple Air Mali pour la France. Je ne rêve pas d'un ailleurs plus heureux, le bonheur je l'ai trouvé, il se nomme Catherine. Je vais quitter Bamako pour elle. Elle m'attend sur l'île d'Ouessant. Dans ses lettres, elle me parle d'elle mais surtout de cette terre qui va m'accueillir, des criques balayées par des vents d'une violence inouïe, des eaux changeantes, noires les jours de tempête, turquoises par beau temps. Elle y est née, a fréquenté l'école privée comptant dix-sept élèves en tout, s'est éloignée le temps de ses études supérieures et s'y est établie son diplôme de médecine en poche. Tu sais, cette île, tous veulent la quitter et tous y reviennent. Au fil de nos correspondances, j'ai découvert son univers, la vie qu'elle mène. J'aime bien la lire en attendant de la retrouver. Elle détaille ses courses effrénées au petit matin d'une pointe à l'autre de l'île, les discussions avec les habitués au café du port, le retour des chalutiers arborant le fanion aux mouchetures d'hermine noires, les rares escapades à Brest pour un concert ou une expo, les baignades de fin de journée. Elle me décrit aussi ses consultations jusqu'à pas d'heure puisqu'elle traite tous les maux, les gerçures tranchantes, les grossesses, les fins de vie, les problèmes de couple. Je devine aussi l'immense solitude qui parfois l'étreint. Ce rocher au milieu de nulle part, il t'apporte beaucoup de plaisirs mais il peut te rendre folle. Cette terre de l'extrême d'une beauté terrifiante, l'océan omniprésent à perte de vue, cette vie insulaire, ce sont mes racines, m'écrit-elle. Je reçois ses mots alors que je m'apprête à quitter mon pays, elle sait qu'ils feront écho à mes propres sentiments, à mes doutes. Je l'entends presque me chuchoter Ousmanne, tu vas quitter Bamako, ses rues de poussière rouge, ta terre de naissance, ta terre de vie, es-tu sûr que ce déracinement ne va pas t'abîmer ? Sauras-tu trouver ta place dans ce pays qui t'est étranger ?  Je ne vais pas renoncer mais je sais qu'un jour je reviendrai à Bamako.
 
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