Reboot

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La part des anges, Yucca Editions, Prix du jury Lons 2022 et sélection Tatoulu 2023 (classe de 5eme). L'abri, éditions Astobelarra, prix des plumes de Fébus Orhtez 2022. Tous mes autres titres ... [+]

Image de Grand Prix - Hiver 2019
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Au-dessous de lui, le monde défilait : depuis son dernier passage, d’étranges structures avaient envahi la croûte terrestre. Des serpents noirs zébraient la planète, formant un immense filet aux mailles serrées. L’énergie de la Terre palpitait encore, intacte, mais contrainte par ces étranges armatures. Il s’était posé sur l’un de ces reptiles inconnus, quelque part plus au sud. Il lui avait docilement restitué la chaleur du soleil et celle caractéristique d’un mouvement continu. Il avait senti la vibration désagréable d’un frottement récurant : ce serpent vivait des heures sombres, apparemment labouré à longueur de journée par le passage rapide et désagréable de curieuses bêtes mécaniques sur son dos. L’organique semblait être relégué au profit d’autre chose...
Il en avait vu plus encore, à l’approche des amas de métal qui constellaient la Terre : ces insectes ovoïdes filaient à vive allure, s‘enfonçant dans le ventre des tumulus de verre et d’acier qui couvraient la planète. Il s’en dégageait une odeur fétide et une chaleur maligne. Sans parler des fumées toxiques qui s’échappaient d’autres lieux, en périphérie, tout aussi arides et toujours couverts de cette peau dure et noire...

Il cligna des paupières et bascula son corps vers le nord. Était-il possible que la Terre se soit métamorphosée de la sorte en si peu de temps ? Il avait dormi 2000 ans. Une petite sieste, en somme. Avec nostalgie, il se remémora les monticules de bois et de pierre que ses insectes préférés, les petits bipèdes, construisaient lors de sa dernière sortie. Ils couraient en tous sens à l’époque et il aimait les regarder défier les autres animaux de sa Création. Ils étaient si petits et pourtant si intrépides ! Il s’était bien amusé, avec ces chutes de matériaux. Il devait en convenir : ceux qui ne devaient être que des délires artistiques de fin d’éveil, avec leur curieuse démarche déséquilibrée et leur corps nus, avaient bien proliféré durant son repos.

Il survola les terres surpeuplées, émaillées de lueurs artificielles criardes et de bruits lointains dissonants, puis il survola la mer immense, aux remous réguliers et familiers. Mais quelles étaient ces particules flottantes à la dérive dans son océan ?
Lorsqu’il s’approcha des terres gelées du Nord, il reconnut son palais bleuté : le feu de la Terre couvait toujours sous la glace, retranché mais bien vivant, il pouvait le sentir. Trop d’ailleurs. Il percevait avant tout un grand déséquilibre dans les forces en présence. Lorsqu’il serra ses pattes griffues au sommet de son trône-iceberg, la glace s’effrita étrangement, manquant de le précipiter dans la mer tiède. Il étira son long cou, sentant la fureur l’envahir. Qui avait fait souffrir son monde de la sorte ? Pas ces ridicules insectes humains, tout de même ? Pas ses jouets ?
D’un battement d’ailes puissant, il balaya les miasmes portés par le vent du sud. S’en était trop ! Un rugissement venu du fond des âges emplit sa cage thoracique, la colère déployant ses milliers d’écailles : passant du vert émeraude au carmin en quelques secondes, le dragon miséricordieux redevint un seigneur de guerre. Ainsi, les humains s’étaient joués de lui, oubliant dans l’architecture de leurs fantasmes urbains qui était leur maître.
L’ancestral dragon se plongea dans la mémoire collective des êtres vivants de sa Création et émit un rire cruel : il comprenait maintenant. Ces créatures dérisoires avaient pris le pouvoir, l’avaient honnis, lui, clamant haut et fort que la magie n’existait pas, qu’il n’était qu’une chimère arriérée !

S’élançant de nouveau vers le sud, le dragon gonfla ses glandes, préparant le feu sacré qu’il allait déverser sur les insectes ingrats. Demain, la Terre aurait retrouvé sa forme originelle. Elle aurait les 2000 ans à venir pour se reconstruire. Le dragon, quant à lui, aura bien mérité une nouvelle sieste.

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