Ma voix active

il y a
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En me tortillant un peu j’arrive à attraper mon téléphone sur le chevet. J’ouvre l’application « Nature Sounds » et appuie sur le petit symbole du sapin. Des bruits de forêt s’élèvent dans ma chambre. J’augmente le son, mais pas trop non plus. Je ne supporte plus les bruits trop forts. A chaque fois que je lance cette application, j’ai l’impression que je me reconnecte avec le vrai monde. Que je redécouvre un peu la vie. Des oiseaux chantent, et on entend le bruit d’une cascade au loin. Cela fait une éternité que je ne suis pas allée en forêt. Je peux ajouter des grillons, si je veux me plonger dans une ambiance de forêt estivale, ou des crapauds si je veux m’imaginer près d’une vallée en fin de journée. Enfin bon...

Imaginer est l’un des seuls verbes qu’il me reste. Depuis que je suis cloîtrée sur ce lit d’hôpital. Depuis trois mois maintenant.

Il a été arrêté. Mais moi aussi, en quelque sorte, j’ai été arrêtée. De vivre.

Il paraît que nous sommes deux femmes à mourir chaque semaine en France sous les coups de nos conjoints ou ex-conjoints. Et ce chiffre doit être encore plus important à l’échelle mondiale. Devrais-je me sentir soulagée de n’être pas passée de l’autre côté moi aussi ? J’hésite à répondre... Le trottoir est arrivé si vite lorsqu’il m’a défenestrée. Lorsqu’il a hurlé que je n’étais qu’une salope, une ordure, une merde. Il m’a d’abord relevée du sol dur du balcon où il m’avait assommée et laissée presque inconsciente, pour me hisser sans hésiter au-dessus de la balustrade. Me jeter sur le bitume comme une eau sale, me balancer du deuxième étage comme une grosse crasse. J’ai saisi son bras en tentant de le retenir, mais j’ai compris que finalement ce serait la meilleure chose qui pouvait m’arriver désormais. J’ai desserré mon étreinte. Me libérer. Mourir enfin. Écrasée la tête contre le trottoir. Écrasée de chagrin et de désespoir. Écrasée sous le poids de ses mots infâmes. Écrasée sous son poids à lui, sous ses coups, sous ses insultes. Écrasée par toutes ces années de violence et d’humiliations quotidiennes. Écrasée par... J’utilise la voix passive. Quand on est harcelé et battu, notre vie s’écrit à la voix passive. Voix passive car vie passive. Vie de merde. Pendant toutes ces années c’était moi la merde, celle qui colle au talon de la chaussure. Je ne me souvenais plus de ma vie d’avant. C’était devenu ma seule vie.

Écrasée par la honte, aussi. La question que tout le monde pose quand ils découvrent notre calvaire : « Mais... pourquoi tu n’es jamais partie ? » Dans chacune de ces interrogations, dans chacun de ces regards incrédules, dans le ton dubitatif, presque accusateur, c’est moi que l’on agresse encore une fois. Comment se fait-il que l’on demande toujours aux victimes d’expliquer les raisons de leur agression ? Pourquoi met-on systématiquement leur parole en doute ? Personne ne demande jamais comment c’est possible qu’un homme, qu’un humain, s’en prenne à un autre humain, ou quelle éducation le bourreau a bien pu recevoir pour croire qu’une autre personne peut lui appartenir corps et âme. Corps meurtri, et âme éteinte. Je ne connais pas les estimations pour les hommes battus. Homme ou femme, c’est la même souffrance, la même dépendance psychologique qui s’est mise en place petit à petit. On connait tous le même début d’histoire, rose, lisse, brillante. Puis on se laisse enfermer doucement dans une spirale horrible dont on ne sort jamais, ou jamais indemne en tout cas. Les premiers temps on garde l’espoir, on ne comprend pas ce qui se passe, on pense que le pire est derrière nous, on laisse une nouvelle chance, puis une autre, puis c’est la routine qui prend le dessus. Et on n’en revient plus. Le mieux finalement, c’est d’en mourir. Comme ça au moins on n’a jamais à s’expliquer. Comment voulez-vous expliquer l’inexplicable, justifier l’injustifiable... Cette vie monstrueuse nous avale sans que nous ne puissions nous défendre, d’une manière insidieuse, vicieuse. Car nous avons affaire à l’innommable, à la pire des intelligences, celle qui veut faire mal, qui tisse sa toile petit à petit autour de nous, nous faisant miroiter le beau et le bonheur, tournoyer dans une danse de salon, notre petit salon fermé - puisque plus personne ne vient plus nous voir, puisque les ponts ont été savamment coupés. Nous avons cru que l’autre nous aimait pour ce que nous étions. Mais il ne nous désirait que pour ce que nous allions devenir : sa proie. Une âme innocente prise dans une grande toile d’araignée, qui plus elle se débat, plus elle envoie des signes à son agresseur. Des appels au crime. Au crime organisé ! Tout est soigneusement orchestré pour que la descente en enfer soit parfaite. C’est l’agonie lente d’une petite libellule qui se débat sans jamais réussir à se dégager. On perd très vite ses couleurs, sa frivolité, son insouciance. On appelle à l’aide en sourdine, et bien sûr personne ne nous entend. Personne ne se promène sur notre toile. Et elle est trop large pour qu’on nous entende au-delà. Personne ne nous connait plus depuis longtemps, de toute façon.

J’ai aimé mon mari. Je l’ai aimé au-delà des premiers coups, lorsqu’il s’excusait systématiquement, lorsqu’il revenait vers moi avec des fleurs, avec des attentions. Ai-je continué à l’aimer plus tard lorsque les coups sont devenus journaliers ? Lorsque les viols ont achevé de m’anéantir ? Lorsque je n’ai plus été qu’une serpillière qu’on tord et essore avant d’être jetée à terre, avant qu’il ne m’aplatisse et me traine au sol en me crachant ses mots cruels et haineux ? Je ne sais plus. Les années ont passé sans que je les reconnaisse. J’ai parfois supplié et parfois laissé faire, et un viol où l’on se laisse faire, ce n’est plus un viol me diront certains. Je n’ai jamais imaginé que je finirais ici à l’hôpital, mon bourreau m’a interdit d’imaginer quoi que ce soit. Quand notre cerveau ne fonctionne plus, que notre corps n’a pas le temps de se remettre des coups qu’il en reçoit déjà d’autres, le temps avance sans que l’on ne réagisse. En attendant, nous passons à la casserole. Pas un petit plat mitonné avec amour, avec une ou deux bougies sur la table et une belle nappe. Un petit repas froid de reproches, de bouteilles jetées à la tête, de bris de verre que l’on ramasse en s’écorchant les genoux, de cheveux tirés violemment en arrière pendant qu’on nous viole notre intimité, qui ne l’est plus depuis longtemps.

Ces bruits d’oiseaux dans la forêt sont insupportables finalement. C’est trop doux, c’est trop loin de ce que je viens de vivre toutes ces années, c’est insupportable de niaiserie. Je n’arrive pas à me détendre, mon cerveau ne sait plus se relaxer, et j’ai bien peur que mon cœur ne sache plus s’attendrir. Sur l’application, on propose des bruits de la ville. Quelle étrangeté de vouloir écouter des bruits tels que des klaxons de voitures, des bruits des rails, des conversations bruyantes pour se détendre... Il y a même le bruit d’une machine à laver qui rince. Celui là je le connais par cœur, je suis restée des heures à n’écouter que cela, mon lavage de cerveau. Celui là oui, il a fait partie de ma vie. Quelques secondes me suffisent pour me revoir dans l’arrière cuisine, là où il arrivait sans prévenir et me plaquait contre le mur. « Ça sent le propre ici, ça change de toi, tu me dégoutes !... »

« Je ne ressens plus rien, docteur », ai-je dit un jour au médecin qui m’examinait. J’étais restée plusieurs semaines dans le coma. « Il faudra du temps, de la rééducation, beaucoup de patience, mais on vous remettra sur pied » m’avait-il répondu, se forçant à prendre un air confiant et paternel. Oui, sans doute. Mais aujourd’hui encore, je ne suis pas certaine de vouloir être sur pieds à nouveau. Je sens que mes muscles ne le voudront pas non plus. C’est encore trop tôt. Il m’avait regardé d’un air gêné ce jour-là, il avait compris que je ne parlais pas que du physique. Il aurait voulu que je me batte davantage. C’est toujours perturbant pour un homme ou une femme de penser qu’un être identique à lui a pu subir des horreurs. Cela lui renvoie une image bestiale de notre espèce, et nous déshumanise, du coup. Bouleversés par cette idée perturbante, nous nous persuadons alors que nous sommes face à des exceptions. Des êtres comme mon mari ne sont pourtant pas si rares, ces brutes qui torturent existent partout dans le monde, et ils viennent de tous les milieux. J’en ai appris des choses avec ma psychologue... Et ceux qui les regardent faire sont tous les autres. Tout le reste du monde. Je sais, je ne devrais pas généraliser, c’est ma douleur qui parle... J’ai encore tellement de mal à comprendre. J’essaie d’expliquer les choses, de trouver pourquoi tous ces gens que j’ai côtoyés au travail – avant qu’il ne me fasse démissionner –, au supermarché – avant qu’il m’empêche de sortir définitivement –, pourquoi tous ces gens qui ont aperçu mes bleus et lu la peur dans mes yeux n’ont jamais rien dit, rien tenté. La peur de s’exposer eux-mêmes sans doute. L’excuse de ne pas devoir se mêler de ce qui ne les regarde pas. Je me souviens de cette fois, petite, où j’ai entendu mes parents discuter à voix basse, parler de ces gestes qu’un voisin avait soi-disant envers ses enfants. Je n’avais rien compris à l’époque. Vrai ou faux, tout ce que je sais c’est qu’aucun scandale n’a jamais éclaté au village. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». Je ne sais pas pourquoi ce poème me revient soudain à l’esprit. Pourvu que tout reste beau et calme chez nos voisins. Ce qui est de la sphère privée reste dans la sphère privée. Le courage requiert de bouger mais comme la peur rend immobile, c’est plus simple de garder nos œillères. Pas de vague, surtout. Jamais. Si seulement quelqu’un avait gardé les yeux ouverts en me regardant...

Mon esprit se réveille petit à petit. Je vois bien que je recouvre mes sens, jour après jour. Je ne peux pas encore me déplacer sans l’aide des infirmières, et ça tombe bien car je redoute le jour où je devrai sortir d’ici et m’exposer à la vraie vie à nouveau. Depuis quelques temps, je réussis à regarder mon corps quand on vient faire ma toilette. J’essaie de le réapprendre. De ne plus me dissocier de lui. J’ai caressé mon ventre l’autre jour. Je dois apprendre à digérer. Ce ventre qui n’a jamais servi qu’à encaisser les coups... Je n’ai jamais pu avoir d’enfants. C’est un peu à cause de ce manque à donner, de ce sentiment de culpabilité, rappelé sans cesse dans ses jurons, que je lui ai si souvent pardonné les premiers temps. Mon dieu, je lui ai tellement trouvé d’excuses tandis qu’il me torturait, qu’il me tuait à petit feu. Si j’avais eu un fils, je lui aurais enseigné qu’on peut discuter sans frapper, qu’on peut désirer sans violence, qu’on peut aimer sans posséder. M’aurait-il écouté, avec un tel modèle à la maison ? En grandissant, en regardant son père, il aurait compris que les poings, la tête, les pieds, mais aussi le sexe peuvent servir d’armes. Que certains humains n’existent qu’en dominant les autres. Mon Dieu, heureusement que je ne lui ai pas donné de descendance. J’ai envie de vomir.

Je vais essayer de dormir dans un instant. Je vais reposer doucement mon téléphone sur le chevet. Mes gestes ne sont toujours pas très assurés. Sur ce téléphone qu’une assistante sociale m’a apporté, je n’ai aucun contact, juste quelques applications. Aucun ami virtuel non plus. Il ne m’a jamais autorisée à utiliser les réseaux sociaux évidemment. Mais de toute façon, l’apercevoir de loin poster des photos de lui à tout va, l’entendre lire à voix haute d’un air vainqueur ses commentaires immondes, machistes, racistes, homophobes, pédants, ont suffit à me dégouter définitivement de m’en approcher un jour.

Il fait beau aujourd’hui. Le petit bout de ciel que j’aperçois de mon lit est tout bleu. Quelques nuages, comme dans la vie bien sûr. Les plus gros nuages sont passés pour moi. J’ai demandé qu’on laisse la fenêtre ouverte. J’ai tellement besoin d’air. J’étouffe dans ma tête, depuis que mes idées se remettent doucement en place. Avant, je ne pensais plus. J’étais complètement anesthésiée du cerveau et du corps. J’étouffe dans mon cœur, aussi. De colère. Contre lui, mais d’abord contre moi. On m’a proposé en thérapie d’aller rencontrer d’autres personnes qui ont connu la même histoire que moi. Il paraît que certains, quand ils se sont un peu reconstruits, font des interventions auprès de jeunes dans des associations de quartier. Il faut que je dise à toutes ces petites filles, à ces petits garçons, que personne n’a le droit de les rabaisser. Qu’ils ne doivent jamais se vanter d’avoir un petit ami jaloux comme si c’était une chose précieuse. Il est jaloux parce qu’il m’aime... Non. Il est jaloux parce qu’il a de la haine, envers lui peut être, envers le monde. Et il va retourner cette haine contre toi parce que ce sera plus simple que de se remettre en question. Tu vas devenir son souffre douleur. Au lieu du bonheur qu’il t’avait promis, que tu t’étais promis, quand, alors enfant, tu rêvais encore. Je leur dirai tout cela, je leur raconterai ma descente en enfer. Quand j’aurai retrouvé ma voix. Ma vraie voix, pas la petite voix saboteuse que j’entends encore trop souvent.

Tout à l’heure, mon avocat est passé m’annoncer que le procès n’aurait pas lieu avant l’année prochaine. Qu’il avait reçu un courrier de ma belle-mère. La mère du bourreau. Qu’elle soutient son fils plus que jamais. Elle est indignée, révoltée et me souhaite tout le malheur du monde. Comment son petit a-t-il pu se retrouver là ? Elle m’a confié son fils, je n’ai jamais su m’occuper de lui. Je suis mauvaise, je l’ai poussé à bout et c’est moi qui l’ai rendu violent. Il n’y a pas de fumée sans feu... Je suis restée bouche bée à l’écouter. Il savait que ces paroles allaient me toucher. Il a tenté de me réconforter. Nous gagnerons. Nous gagnerons ! Nous serons prêts. Je lui ai demandé du papier et un stylo, et après qu’il soit parti j’ai décidé d’écrire ce que je ressentais. La psychologue me l’a conseillé, il parait que cela aide à se reconstruire. Jusqu’ici je n’en avais jamais eu la force, mais c’est vrai que les quelques mots que je viens d’écrire me font déjà me sentir un peu différente, comme un peu moins fragile. Je dois avancer. Personne d’autre que moi ne lira ces mots, bien sûr. Alors sur cette page je vais me faire une promesse. Moi, petite libellule aux ailes brûlées, j’annonce solennellement que je renonce à mourir. Je ne reviendrai pas sur ma parole. Enfin... Je crois. Pour l’instant en tout cas. Je suis encore si peu sûre de ce qui m’attend, je souffre encore tellement. Mais il faut bien commencer quelque part. Écrire un peu chaque jour devrait m’aider à accepter ce nouveau départ, comme un nouveau chapitre à ma vie. J’ai mal lu l’introduction, mal écrit les premiers chapitres, cette fois je vais faire attention à moi, et parfaire mon écriture. Copier des lignes avec mes sentiments, gommer mes peurs, corriger ma colère et mon désespoir, pour mieux tourner la page, et écrire toutes les pages de ma nouvelle vie, de mon demain qui commence maintenant.

Et bien garder à l’esprit que je dois écrire à la voix active, cette fois, pour à nouveau m’envoler.

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Marie Quinio  Commentaire de l'auteur · il y a
Les faits divers ne manquent malheureusement pas lorsqu’il s’agit de violences conjugales...
Cette nouvelle est une fiction, elle m'a été inspirée par une brève à la radio il y a quelques mois qui m'a profondément choquée. On y rappelait l'histoire de cette femme qui, fuyant son compagnon violent pour la énième fois, mais n’ayant pas trouvé d'aide ou de refuge, s’était vue contrainte de revenir chez elle. Il l'avait défenestrée cette nuit là, la rendant handicapée à vie. La suite était particulièrement écœurante, comme nous l'apprenait la presse ce matin-là : "VIOLENCES Une femme défenestrée par son compagnon a été considérée comme en partie responsable de ce qu'il lui est arrivé par la Commission d'indemnisation des victimes..." https://www.20minutes.fr/societe/2408523-20190104-pourquoi-femme-defenestree-conjoint-tetraplegique-partie-indemnisee
Quand pourrons-nous enfin dire que nous avons éradiqué ce mal - majoritairement mâle - qui ronge notre société et continue d'assassiner chaque jour ?

https://www.youtube.com/watch?v=MPVq30bPq6I
Elfen Lied Opening - Lilium (Official Audio)

https://www.youtube.com/watch?v=DOpppaeA7bw
Arthur H - La boxeuse amoureuse

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Carl Pax · il y a
Une très belle chanson d'Arthur H en hommage aux femmes victimes de violences conjugales.
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Carl Pax · il y a
Certaines personnes ne réalisent pas qu'en donnant des conseils étonnés comme "Pourquoi tu ne t'en vas pas, tout simplement ?" "Moi, il m'aurait fait le quart de ce qu'il t'a fait je l'aurais déjà tué !", ils prononcent des sentences, ils isolent encore plus la victime en lui montrant que eux sont plus équilibrés et qu'ils ne se seraient jamais laissés traiter de cette façon. Votre histoire touchante et révoltante est une analyse précise de ces processus qui font que les personnes maltraitées sont objétisées, et ne sont plus capables de se vivre autrement que comme le réceptacle de la folie haineuse de leur bourreau. Vous avez raison, je crois aussi que la rééducation psychique et affective est aussi importante, sinon plus, que le rétablissement physique. Bravo pour cette voix active qui commence à affirmer le "je" qui ne veut plus subir.
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Marie Quinio · il y a
Merci pour ce long et beau commentaire, Carl ! Figure toi que c'est ici que j'ai commencé à écrire des petits commentaires épinglés sous mes textes, car j'ai au départ beaucoup de lecteurs me souhaitaient du courage, que tout allait enfin aller mieux, etc. J'étais complètement abasourdie, ils pensaient que je racontais mon histoire. C'était un sentiment très déroutant car j'avais l'impression d'être un imposteur, un peu comme si je gagnais une estime illégitime des lecteurs sur ce malheur, tu vois ? Finalement des témoignages de victimes en commentaire et des messages m'ont rassurée - j'avais peur d'avoir "baclé" leur histoire, sous-estimé ou banalisé quelque chose, de ne pas être digne de raconter tout cela. Ce texte m'est venu d'une traite, j'ai beaucoup pleuré en l'écrivant, j'avais vraiment l'impression de vivre ce désespoir, c'était dingue, mais jamais personne ne peut réellement comprendre et bien le raconter sans l'avoir vécu, je pense. C'est une vraie descente aux enfers.
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Carl Pax · il y a
J'ai commencé à lire ton histoire et je pensais déjà à une réflexion sur les réveils sons de la nature et en continuant je me suis rendu rapidement compte qu'il s'agissait d'un sujet grave. Alors je suis allé voir si tu avais épinglé quelque chose avant de poursuivre ma lecture justement, et j'ai été soulagé de voir que tu n'avais pas été dans ce cas. Je comprends ce que tu veux dire par le sentiment d'être "un imposteur", pourtant ton écriture sonne très juste, et justement l'écriture nous permet d'explorer des souffrances silencieuses, qu'on n'a pas vécues personnellement, mais dont on a pris connaissance à travers des témoignages dans des reportages, des articles. Et qui nous ont touché.

Dans un registre plus léger, plusieurs personnes m'avaient demandé si j'étais un hacker ^^

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Marie Quinio · il y a
Merci...!!
Oui j’avais pensé moi aussi que tu étais un hacker 😄

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Carl Pax · il y a
Han😐 Et un coursier aussi employé par un mafioso ? 😁
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Marie Quinio · il y a
Bien sûr ! Agent double ou triple tu as plusieurs vies !!! 😎

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