L'intermittence des larmes

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Cette fois-ci, je parlerai en mon propre nom, et sans copier coller de citation, car "les citations sont les béquilles des écrivains infirmes." (Paul Morand)

Aurélie sortit de son coffre son petit théâtre en bois et en tissu et sa petite valise, dans laquelle dormaient encore ses marionnettes, et se dirigea vers l'hôpital. Elle venait animer un petit spectacle pour les enfants, c'était un travail qu'elle appréciait énormément, et qui venait arrondir ses fins de mois, la divertir de son rude métier de femme de ménage et l'évader d'une réalité trop fatigante pour elle, trop remplie de réel pour laisser une place à la fantaisie. C'était là toute sa fantaisie, une semaine sur deux, le jeudi après-midi, au service pédiatrique de l'hôpital, et pour rien au monde elle aurait remplacer ces rendez-vous. Elle avait cousu ses propres marionnettes comme on habille ses enfants, elle avait écrit ses dialogues elle-même, elle s'était investie ici plus que dans sa vie quotidienne. Elle marchait donc, chargée et fière, et entra dans l'hôpital qu'elle connaissait maintenant très bien ; elle devait d'abord se signaler au responsable, puis grimper et s'installer dans la salle de jeux des enfants qui venait d'être rangée et arrangée pour elle.

- Bonjour, dit-elle au jeune homme assis derrière l'accueil. Aurélie Granger, je viens pour le spectacle des enfants !
- Bonjour, oui je vous reconnais depuis le temps... je vérifie ça tout de suite, dit le jeune homme en ouvrant le planning sur son ordinateur.
Il y eut un moment de flottement.
- Ah, je vois que vous êtes effectivement inscrite. Mais il me semble que Claire Pêcheur est aussi prévue sur le même créneau horaire.
- Ah bon ?, s'interrogea Aurélie vite décontenancée.
- Oui, je... il a dû y avoir une erreur d'inscription... de notre part sans doute, ajouta-t-il en voyant l'air déçu de la marionnettiste. Je vais passer un coup de fil pour vérifier ça, j'en ai pour deux petites minutes.

Aurélie posa ses affaires par terre et attendit, regardant à droite à gauche, souriant aux gens qui passaient. Le jeune homme expliqua le problème à son responsable, hochait la tête, confirmait ou acquiesçait régulièrement, puis raccrocha et sourit à Aurélie.
- Alors en effet, nous avons eu un problème, nous nous sommes trompés dans les semaines et vous êtes deux inscrites sur le même créneau, commença-t-il. Mais ce que nous pouvons faire, pour ne pas vous être déplacer pour rien, c'est vous proposer de faire votre atelier devant un autre public !
Aurélie était confuse, elle fronça les sourcils et rougit un peu, gênée de se sentir en trop.
- Je... C'est-à-dire ?, dit-elle. Enfin, c'est que j'ai tout écrit pour des enfants...
- Je comprends madame, et je suis sincèrement désolé. Mais si vous voulez, nous avons un vieux monsieur qui serait sans doute ravi de vous écouter. C'est un patient qui se plaint tout le temps qu'on ne s'occupe pas de lui, et qui râle quand on quitte sa chambre ! Alors...
- Oui, enfin, euh...
- C'est vous qui voyez. Sinon, vous pouvez rentrer chez vous. Je crois que vous êtes inscrite pour la semaine prochaine !
- C'est que... des vieux j'en vois tous les jours, je nettoie leur appartement en long en large et en travers, j'écoute leurs caprices à longueur de journée... Les enfants c'est différent quoi, dit-elle à voix presque basse et plus rapidement.
- Ah oui, j'imagine bien ! Bah, c'est vous qui voyez !
Aurélie baissa la tête en direction de son petit théâtre et de sa petite valise pressés de se déplier. C'était trop bête, vraiment ! Elle soupira, sourit et releva la tête.
- Bon... bon ok.
Le jeune homme de l'accueil sourit et tapa quelques mots sur son ordinateur.
- Parfait ! Je vais demander quelqu'un pour vous accompagner.
- Oh, je peux me débrouiller toute seule hein...
- Vous êtes sûre ?
Le jeune homme avait un air naïf, désolé mais amusé, un peu niais mais innocent. Il sourit à Aurélie, qui était nettement moins amusée. Elle acquiesça. Elle récupéra le numéro de chambre du patient, son service, prit ses affaires et traversa l'hôpital. Elle s'enferma dans l'ascenseur, demanda le deuxième étage, puis elle transperça la porte battante au-dessus de laquelle une pancarte indiquait le service des soins palliatifs et marcha vers le numéro de la chambre qu'on lui avait donné : 229.

Elle frappa à la porte. On ne répondit pas. Elle ouvrit et entra. Un homme semblait dormir sur son lit, branché à des dizaines de fils, dans un silence de plomb. Aurélie eut un pincement au cœur en découvrant cette solitude. Elle avança sans faire un seul bruit et posa ses affaires. Elle s'efforça de monter son petit théâtre en silence et sembla se battre contre le trac qui avait pris d'assaut ses mains tremblantes. Quand elle fut prête, elle attendit que l'homme se réveille. Sur son lit, une fiche indiquait son nom et son prénom, ses informations sanitaires. Jean ROCHER, 87 ans, maladie de Parkinson avancée et démente. Elle eut un nouveau pincement au cœur devant la souffrance solitaire de cet homme et se surprit dans une inspiration bruyante, comme pour avaler sa peine. Combien de visites ce monsieur recevait-il par jour en-dehors de docteurs ? Il avait l'air abandonné comme une épave. Aurélie toussa un peu derrière son masque chirurgical et mit sa main devant sa bouche, par réflexe.
- Alors c'est toi, ma chérie?
Il s'était réveillé, il avait ouvert les yeux.
- C'est... je..., cafouilla Aurélie.
- Viens, approche-toi de moi !
- Euh... en fait..., dit-elle en s'approchant malgré elle.
Il avait les yeux marrons, les cheveux tout gris. Quand il put la voir, il sourit.
- Ce n'est pas toi ! Qui... Qui êtes-vous ?!, s'exclama-t-il comme il put, largement affaibli.
- Je m'appelle Aurélie. Je suis marionnettiste ! On m'a dit que vous aviez bien besoin d'un petit spectacle pour vous divertir, alors...
- Alors vous êtes venue ! Pour me tuer c'est ça, tuer le temps, tuer l'ennui, me tuer ! Je t'attendais...
- Ah bon ? Euh...
- Donne-moi ta main !, ordonna-t-il assez poliment pour son âge.
Aurélie frémit légèrement et approcha sa main du monsieur. Il dirigea sa main vers elle, et à force d'efforts, finit par la trouver.
- Merci, dit-il. Aide-moi à me redresser, je fonds.
Aurélie posa doucement son autre bras dans le dos de Jean, et le redressa.
- Merci, ma jolie chérie, dit le vieil homme en souriant et il lâcha sa main. Ouvre un peu les volets, que je vois un peu le soleil. Et ton visage aussi ! Ton beau visage...
Aurélie trouva le bouton pour relever le rideau électrique et dévoila la lumière du jour.
- Albane, ma belle !, entendit-elle dans son dos, et elle eut à nouveau un pincement au cœur.

Aurélie se dirigea vers son petit théâtre. Elle le suréleva un peu, se cacha derrière et enfila sa marionnette. C'était un perroquet. Le script sous les yeux, elle commença son spectacle.
Il y avait écrit « Bonjour les enfants ! ». Elle modifia, « Bonjour Jean ! ».
- Je m'appelle Jacquot, continua-t-elle en lisant le script avec une voix de perroquet, sans voir son public car elle devait rester cachée – c'est le genre de représentation où l'homme doit disparaître. Vous savez, pour un oiseau, vivre sur un bateau, c'est terrible ! J'ai le mal de mer tout le temps, et quand je veux m'envoler, mon maître me gronde très fort ! Mon maître, c'est Barberouge ! »
La main tremblante, Aurélie fit entrer en scène la marionnette qui lui avait coûté de nombreuses heures de travail : un pirate barbu avec une jambe de bois, en vrai bois de chêne.
- « Jacquot, tais-toi ! A qui parles-tu donc ?! », s'écria Aurélie avec une voix grave. « Je... Je me parle à moi-même, parce que j'ennuie. » « Tu t'ennuies ? » « Oui, là, tout seul je... » « Tu t'ennuies ? Sur mon bateau ! AHAHAHAHAHAHA sacré pigeon, va ! Je vais t'envoyer de la compagnie, Jacquot ! On verra qui ose s'ennuyer sur mon bateau ! ».
Aurélie fit disparaître Barberouge de la scène. Elle eut le temps d'enfiler une autre marionnette.
- « Jacquot, dit-elle avec une voix féminine, en faisant grimper la marionnette progressivement pour imiter les escaliers. C'est moi, Jacquot ! » « Oh, mon dieu ! C'est Elizabeth, la femme du chef ! »
Elizabeth arrivait et se rapprochait de Jacquot, le caressait.
- « Euh, mada... madame.. s'il vous plaît... pas trop proche... je... euh... je » « Eh bien Jacquot, qu'est-ce que tu as, tu es malade ? »
Jean se racla soudain la gorge.
- « Oui, c'est ça, je... suis malade », reprit Aurélie dans la voix du perroquet.
Jean se redressa un peu et orienta ses yeux vers le petit théâtre.
- « Et de quelle maladie, petit oiseau, es-tu atteint ? » « Oh, madame, pas grand-chose... je suis malade, c'est tout ! ». « Pourquoi rougis-tu, Jacquot, quand je m'approche ? » « C'est la fièvre, madame, j'ai des montées de fièvres, c'est vous... euh c'est tout ! ».
Aurélie se mit à rire, inspirée par l'air d'Elizabeth. Jean cligna des yeux, regardant à droite à gauche. Il toussa un peu et se gratta le front avec une lenteur remarquable. Il renifla et fixa les yeux vers le petit théâtre de marionnette, l'air perdu.
- Excusez-moi, on est où là ?, demanda-t-il d'une voix affaiblie.
Aurélie se tut, confuse et gênée, glacée. Elle lança un bref regard à travers la scène en tissu de son théâtre, puis disparut.
- « Vous êtes sur le bateau du capitaine Barberouge », dit-elle avec la voix de Jacquot. « A qui parles-tu donc, petit oiseau ? », ajouta-t-elle avec la voix d'Elizabeh. « Je... je parle à Jean ! ».
Il ne réagit pas, les yeux migrants d'un bout à l'autre de la chambre, la main tremblante.
- « Jean ? C'est qui ce monsieur ? », continua Aurélie, de plus en plus hésitante, la voix au bord de la fracture. « Ben, c'est Jean quoi », fit-elle finalement dire à Jacquot, avant de trouver ce qui peut la sauver. « Ahlala oui, mon pauvre Jacquot, tu es vraiment malade ! ».
Aurélie reprit son script, et lut.
- « Madame, je vais vous dire la vérité ! » « La vérité sur ton mal ? » « Oui, sur mon mal ! C'est que... je... je suis amoureux de vous, madame ! »
- Bien, entendit-on à peine sortir de la bouche de Jean... Très bien.
Il semblait s'endormir, la tête s'enfonçant très doucement dans son oreiller.
- « Amoureux ? Toi ?! », joua Aurélie avec un semblant de sarcasme, la voix un peu plus aiguë. « Oui madame, je vous aime, mais votre mari, Barberouge, ne doit jamais le savoir, sinon... couic couic ! » « Amoureux, vraiment ? Eh bien, on en aura entendu, des choses, de la bouche de ce petit oiseau ! » « Mais... madame... Ne trouvez-vous pas votre mari odieux ? Violent ? Grossier ? » « Hum... Oui, c'est mon mari. » « Et... cela ne vous dérange pas ? » « Si, mais c'est mon homme, je lui ai donné mon cœur... Et quel amant quand il s'y met ! »
Aurélie ricana. Jean ferma les yeux un peu plus, détendit ses mains et ses bras, soupira doucement.
- « Vraiment, Elizabeth ? Il n'y a rien qui vous exaspère ? » « Oh si, tout m'exaspère ! » « Et vous l'aimez malgré tout ? » « Oh, mon petit Jacquot, tu es trop mignon... L'amour n'est en rien dans l'histoire ! Là, nous parlons de mariage ! ». « Madame, si jamais je vous disais que je vous aimais follement, est-ce que vous me répondriez que c'est pareil chez vous ? ».
Aurélie se mit à rire, pendant que Jean, lui, ouvrait doucement la bouche.
- « Oui, Jacquot, je pourrais te répondre ça ! Mais Barberouge ne voudrait pas l'entendre ! Il faudrait que tu l'affrontes ! » « Que je l'affrontes ? En duel ?! » « Oui Jacquot, en duel ! » « Oh, chic ! Me battre pour le cœur d'une femme, quel honneur !! ».
L'homme couché inspira profondément. Aurélie tourna la page en changeant de marionnette, habillant ses doigts du corps de Barberouge.
- « Alors comme ça, commença-t-elle avec la voix grave du pirate, tu es amoureux de ma femme ? » « Oui ! Et je suis fier de l'être ! Je suis fier de l'être parce que vous, vous ne l'êtes pas ! » « Comment oses-tu, misérable crétin ?! » « J'ose ! Parce que vous ne pouvez pas être aussi violent et aussi grossier envers Elizabeth, et prétendre l'aimer ! » « Violent ? Moi ? » « Oui, monsieur, et je pèse mes mots... » « Je vais te tuer, t'égorger, te tordre le cou et te jeter dans la mer, espèce de... » « Espèce de ? » « Espèce de sale petit perroquet ! ».
Barberouge se rua vers le perroquet, Aurélie fit se chamailler le bout de ses doigts. Jean, lentement, expira l'air qu'il avait récolté.
Habilement, Aurélie déshabilla la main qui habitait Jacquot, la prit dans sa main déguisée en pirate, l'agita pour imiter les coups, et se vêtit du costume d'Elizabeth, qui arriva sur scène exaspérée.
- « Oh, vous m'agacez, vous deux ! Puisque c'est comme ça, je m'en vais ! »
Et elle s'en alla. Rapidement, Aurélie enleva Elizabeth de sa main et reprit Jacquot.
- « Elle s'en va ? » « Eh oui, vieux pirate ! Elle est partie ! » « REVIENS ! », cria Aurélie avec la voix du pirate.
Jean termina sa respiration, sans bouger.
- « REVIENS OU JE TE... » « Ou tu la quoi ? » « OU JE TE... ».
Aurélie imitait les lourds pleurs du pirate mal aimé. Barberouge se précipita, en larmes, dans les bras de Jacquot.
- « Oh, excuse-moi, Jacquot ! Je... »
Jean ne bougeait plus, couché sur son lit.

- Je vais la chercher, dit le perroquet.
- Pardonne-moi, répond Barberouge. Toi, tu es mon seul ami !
- Oui, oui, j'ai compris, j'ai compris... Laisse-moi donc réparer tes bêtises !
Le perroquet s'envole. Barberouge le regarde voler, ému. Elizabeth est à l'autre bout du bateau, seule, assise, le regard vers la mer.
- Elizabeth !!, dit Jacquot.
- Laisse-moi. Laissez-moi tous les deux, avec vos histoires stupides !
- Non, mais on voulait s'excuser !
- Vous excuser ? Vous ?! Ha ! Elle est bien bonne, celle-là !
- Oui... Nous excuser. Et..., ajoute le perroquet en souriant la mine amusée, et Barberouge vient de me dire qu'il voulait bien que je vous aime aussi ! D'ailleurs, il se demandait si je n'étais pas mieux que lui, comme amoureux !
- Jacquot, mon petit oiseau... Tu es... tu es un oiseau !
Aurélie tourna une dernière fois la page.
- Et alors ? Un oiseau ne peut-il pas aimer une femme et une femme aimer un oiseau ?
- Si, peut-être... Est-ce qu'il se cache derrière tout perroquet un prince, comme il y a derrière chaque grenouille une princesse ?
Les deux marionnettes se rapprochent et s'apprêtent à s'embrasser.
Aurélie, satisfaite de sa performance et émue par ses propres mots, inspira et, de toute sa voix, cria gravement : « JACQUOOOOOOOT !!!!! », tellement fort qu'elle aurait pu réveiller tout l'hôpital.
- « Venez, madame, vite, vite, venez dans mes ailes ! Volez avec moi, ma princesse ! »
Et les deux amants s'envolent et disparaissent.

Aurélie sourit. Elle enleva les marionnettes et se redressa, se leva enfin, avec des fourmis dans les jambes et des étoiles dans la tête, car elle s'était levée un peu trop vite. En face, Jean s'était endormi. Aurélie fronça un sourcil, s'approcha de lui, de moins en poins sereine. Il ne respirait pas. Elle écarquilla les yeux, bégaya, se mit à pleurer en silence, voulut crier, resta muette.
Elle sortit de la chambre, chercha quelqu'un dans les couloirs, dans des pièces alentours, une présence, n'importe qui ferait l'affaire, tendit le bras, manqua de chanceler, faillit s'écrouler et presque l'aurait-elle voulu, pour se punir de honte. Elle n'avait rien vu venir ! Elle se sentit minable cruelle, égoïste ! Comment avait-elle pu ne rien voir ? Elle s'était aveuglée, dans les coulisses de son petit théâtre. Elle s'en voulait, terriblement, des fils de bave reliaient ses lèvres bées et atones.
- Madame ?, dit une voix inquiète.
- Je.. vite... Jean !, dit-elle dans un sursaut de conscience.
L'infirmier lui emboîta le pas. Arrivant dans la chambre, il prit la main de Jean et pressa son poignet pour prendre son pouls, soupira.
- Effectivement, madame...
Sur le visage du mort, un détail l'étonna.
- Comment avez-vous fait, madame ?
- Fait quoi ? Je n'ai rien fait moi ! Ah j'vous jure ! J'étais là, couchée derrière mon théâtre, les mains dans mes marionnettes ! Je n'ai... je n'ai rien vu ! Il est mort tout seul ! Je vous promets, je n'ai rien fait ! Je... je suis pas coupable, il... il est mort tout seul, j'étais là, avec mes marionnettes.
Aurélie fit éclater de brûlants sanglots.
- Non, non, je sais bien ça, tenta de la rassurer l'infirmier. Mais il sourit ! D'habitude, il ne sourit jamais !
- Ah bon ?, articula mal, la voix à bout de souffle, Aurélie.
Les deux vivants restèrent un moment immobiles. Puis, l'infirmier réagit, frémit.
- Bon, je vais faire la déclaration de décès. Merci de nous avoir prévenus ! Et soyez contente, il est mort le sourire aux lèvres !

Aurélie, encore ébranlée par la scène, rangea ses affaires dans sa valise. Elle retourna à sa voiture, ouvrit le coffre et y déposa son petit théâtre, qu'elle avait fait elle-même et dont elle était tellement fière. Elle démarra, l'esprit ailleurs, encore secouée par le drame. Plus jamais, se dit-elle, plus jamais les vieux... Elle s'arrêta au feu rouge, à côté d'une maison de retraite.
- Non, s'écria-t-elle. Jamais !
Et elle redémarra, avec l'étrange impression d'avoir ri devant la mort de quelqu'un, d'un inconnu. Quelques moments de son spectacle lui revinrent à l'esprit, et, par une pulsion qu'elle ne put contrôler tout-à-fait, elle se mit à rire – de ce rire qu'on pousse après avoir passé un bon moment, tout simplement. Hilare en se garant devant l'immeuble de sa prochaine vieille, elle essuya ses joues, mouillées par des larmes de rire.
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