Les cheveux de Julie

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J'ai toujours aimé lire. Il y a peu de temps, j'ai commencé à écrire et c'est devenu une nécessité pour moi. J'aime ce temps passé devant mon clavier, je ne vois pas filer les heures. Crée ... [+]

Le jour filtre à peine à travers les persiennes de la chambre. Julie jette un regard sur le réveil, il est six heures et demie. Elle devrait se lever, c'est la rentrée au lycée ce matin, mais elle se tourne de l'autre côté et rabat la couverture sur sa tête : elle n'ira pas au lycée. Elle aimerait bien se rendormir mais le sommeil ne revient pas et les idées tournent dans sa tête. Elle repense à ce jour du mois de juillet où un médecin au visage grave lui a annoncé sa maladie : 
— C'est un cancer, Julie ! 

À partir de ce moment-là, son monde s'est effondré. Les soins se sont enchaînés, porteurs de fatigue et de nausées. Un matin, alors qu'elle se lavait les cheveux, une pleine poignée est restée dans ses mains, puis une autre et encore une autre... Un vrai cauchemar. Sa belle chevelure a laissé place à un crâne chauve, blanc, lisse.
Depuis, elle porte un vieux bonnet de laine gris et marron et refuse de sortir. Alors aller au lycée ? Pas question ! Elle préfère rester seule dans sa chambre à dormir, lire ou jouer à des jeux-vidéo. C'est le seul endroit où elle se sent en sécurité, où la peur qui lui tenaille le ventre s'estompe un peu.

Quelques jours après la rentrée, Julie entend les pas de sa mère dans l’escalier. Elle frappe doucement à la porte avant de l’ouvrir :
— Julie, Pauline est là et voudrait te voir ! 
— Je ne suis pas encore habillée, dis-lui de revenir demain...
Pauline a beau être sa meilleure amie, Julie ne l’a pas invitée chez elle depuis qu'elle a appris sa maladie.
— C'est trop tard ma belle, je suis déjà là ! claironne Pauline derrière la porte.
Julie enfonce son bonnet sur sa tête et sort de son lit. Pauline, un grand sourire aux lèvres, pénètre dans la chambre d'un pas assuré. Elle prend son amie dans ses bras, fait claquer deux bises sonores sur ses joues puis s'installe sur le rebord du lit. 
Julie est mal à l'aise. Elle porte un vieux pyjama en pilou rose trop large pour elle et n'a pas aéré sa chambre ce matin. Pauline ne semble pas s'en soucier. Volubile et joyeuse, elle parle du lycée, des professeurs, des camarades, ceux qu'elles connaissent déjà et les autres.
— Il y a un nouveau, il est beau à tomber ! Il s'appelle Sacha. Toutes les filles sont dingues de lui !
— Et toi ? lui demande Julie
— Euh, un peu mais pas trop ! Tiens, je vais te le dessiner !
Elle prend un crayon et un bloc-notes dans son sac et commence à tracer à grands traits une silhouette. 
— Il est grand, avec des épaules larges et un corps fin. Il a un beau visage, des yeux d'un bleu des mers du Sud, son nez est droit et ses cheveux bruns retombent en boucles épaisses sur son front. Sa bouche est... Voyons, voyons ! Comment dire... pulpeuse et bien dessinée.
Pauline parle encore et encore, ajoute des couleurs, gomme certains traits, en ajoute d'autres puis tend triomphalement le dessin à son amie.
Julie le regarde un instant, perplexe, puis éclate de rire ! Il faut dire que Pauline n'a jamais été très douée en dessin : son personnage ressemble à un grand échalas dégingandé et hirsute !
— Eh bien, s'il ressemble vraiment à ça, très peu pour moi ! conclut Julie.
Ce soir-là, les deux amies se séparent en riant et Pauline promet de revenir voir Julie la semaine suivante. Lorsque cette dernière se retrouve seule dans sa chambre, elle réalise que, pour la première fois depuis l’annonce de sa maladie, elle a passé une bonne journée.

À partir de ce jour-là, Pauline débarque chaque mercredi dans la chambre de Julie avec son matériel de dessin, des livres, des revues. Ensemble, elles écoutent de la musique, font des essais de maquillage et parlent, parlent et parlent encore.
Un jour, au cours de l’une de leurs longues discussions, Pauline demande doucement à son amie de retirer son bonnet. Mais celle-ci refuse net ! 
La semaine suivante, Pauline arrive chez Julie les bras chargés de foulards de toutes les couleurs.
— Essaie ça parce que ton vieux bonnet, ce n'est plus possible ! Va dans ta salle de bain et mets-en un. S’il ne te plaît pas, tu pourras toujours essayer les autres !
Julie hésite, regarde son amie, se lève et se dirige vers la salle de bain. Le reste de l’après-midi se passe entre essayages de foulards et fous rires interminables.
Ce soir-là, dans sa chambre, Julie ne parvient pas à trouver pas le sommeil. La maison est calme, tout le monde dort. Alors elle se lève et part sur la pointe des pieds en direction de la salle de bain. Elle porte une mallette sous son bras et s'enferme dans la pièce. Deux heures plus tard, elle ressort et, tout aussi silencieusement, regagne sa chambre.

Le lendemain matin, quand elle se lève, Julie annonce à ses parents qu'elle a décidé de retourner au lycée. Sa mère lui prépare en vitesse son petit déjeuner et son père décide de l'accompagner en voiture.
Arrivée dans la salle de classe, Julie se présente au professeur et lui demande l'autorisation de parler à ses camarades avant la récréation. Le moment venu, elle monte sur l'estrade, hésite un peu puis se lance :
— Je fais ma rentrée avec du retard car on m'a diagnostiqué un cancer au début de l'été. J'ai subi des traitements dont un qui a fait tomber tous mes cheveux. C'est pour ça que je porte un foulard. Maintenant je vais bien mieux, mais mes cheveux n'ont pas repoussé et je crains toujours le regard des autres. Si vous avez des questions à me poser, n'hésitez pas.
Très vite les questions fusent et Julie répond franchement, sans éluder les détails. Une élève demande :
— Est-ce que c'est embêtant de perdre ses cheveux ? Est-ce que tu portes un foulard parce que tu as honte de ton crane ?
Julie, interloquée par cette question, ne répond pas. D'un geste vif, elle retire cependant son foulard. Son crane apparaît alors, blanc, lisse mais parsemé de petites fleurs multicolores dessinées au feutre d'un geste sûr ! Il y a aussi des cœurs, des nuages, un soleil, des gouttes de pluie, un arc en ciel et même un écureuil et une grenouille. 
Un lourd silence plane sur la classe et soudain des « Bravo ! » fusent de tous côtés, accompagnés de vigoureux applaudissements. Pauline se lève, vient rejoindre Julie sur l'estrade et la serre dans ses bras. Un grand garçon brun aux yeux bleus fait de même, puis un autre, et enfin tous les élèves se retrouvent autour de Julie pour l'embrasser et la féliciter.
Le garçon aux yeux bleus lui murmure alors :
— Moi aussi j'ai été soigné pour un cancer, il y a cinq ans. Je vais très bien maintenant. Au fait, je m'appelle Sacha. Je suis le nouveau de la classe. C'est très beau ce que tu as dessiné sur ta tête. Qu'est-ce que cela signifie ?
Toute rouge et chavirée, Julie lui explique :
— Après l'orage, des marguerites dansent sous la pluie mais le soleil n'est pas loin…

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Keith Simmonds · il y a
Une superbe œuvre empreinte de beaucoup d'émotion et de sensibilité !
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Daniel Nallade · il y a
Un très beau texte, une belle émotion !
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Line Chatau · il y a
Merci Daniel de venir visiter ce texte qui date un peu puisque je l'ai écrit à l'occasion du premier concours pour "Octobre rose". Comme nous tous j'ai perdu tous mes commentaires et ça me fait très plaisir quand j'en retrouve un!
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Irene · il y a
Julie, merveilleuse Julie qui arrive à faire face à la maladie et ose affronter le regard des autres !
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jusyfa julien · il y a
Bonjour Line. Je n'avais pas lu cette oeuvre touchante, elle me permet d revenir vers toi avec plaisir.
Julien.
Je t'invite car tu es de mes abonnés (es) et je ne suis pas certain que tu aies eu la notification de ce poème : Min père (Mon père) (jusyfa julien)?utm_
Bonne fin de journée.

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Line Chatau · il y a
Un grand merci Julien, je suis ravie de te retrouver! J'irai avec plaisir lire ton poème. Bonne journée.
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Sylvanas Windrunner · il y a
Cette Julie est décidément une sacré Marguerite, comme la mauvaise herbe, elle s'accroche et survit à tout, même au regard des autres. Je l'admire.
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Blackmamba Delabas · il y a
Une belle écriture sur un sujet difficile à traiter.