Le romantisme c'est...

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C'est un truc tellement incroyable l'écriture ! arranger les mots entre eux, raturer, recommencer, trouver enfin le rythme. Et derrière chaque stylo, un monde

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« Le romantisme c'est s’embrasser au milieu de voitures pétaradantes et d’hommes à bérets. »
C’est de l’humour ou bien le pense-t-il vraiment ? me suis-je demandée, les doigts en suspens au dessus de mon clavier. J’étais allée comme tous les soirs sur « Le Bon Plan », un site de rencontre. L’homme que j’avais épousé 30 ans plus tôt, le père de mes enfants, m’avait quittée un jour sans vraiment d’explication. La seule chose que j’avais réussi à lui soutirer c’est qu’il avait besoin d’air. L’air en l’occurrence avait les formes appétissantes d’une femme de vingt ans sa cadette et moi, fraîche ménopausée, j’étais restée sur le carreau comme on dit, avec ma vie qui sonnait creux tout à coup et la peur de l’avenir. J’avais toujours cru que c’était un lieu commun, un cliché que ces hommes qui lâchaient l’épouse vieillissante pour une femme plus jeune... J’avais tord !
Je crois que la première soirée seule, vraiment seule, je l’ai passée dans mon lit, une bouteille de martini blanc à la main. Ce n’est vraiment pas bon le martini blanc mais je n’avais pas anticipé ma cuite et quand l’envie de sombrer dans le coton de l’alcool m’avait pris, je n’avais trouvé que cette vieille bouteille oubliée dans le bar. Vieille.... comme moi.
Et puis les jours se sont enchaînés, j’ai écouté les milliers de conseils d’amies bien intentionnées qui laissaient leur mari pour venir soutenir cette « pauvre Carole ». J’ai accepté des dîners où à table, on glissait subrepticement un célibataire, ami d’ami, à côté de moi. J’ai refusé des invitations, plus directes, de collègues de travail qui apprenant mon infortune tentaient leur chance. Même les collègues mariés, d’ailleurs. J’ai pleuré aussi. J’ai usé mon capital larmes jusqu’à la fin, jusqu’à plus soif, j’ai perdu sept kilos, mais ça c’est le côté franchement positif de la chose.
Et puis un jour que je rangeais un placard, je suis tombée sur une photo glissée dans un livre : lui et moi sur fond de ciel bleu, les cheveux rabattus par le vent, un sourire crispé sur nos visages. Photo convenue, sèche, vide. Notre couple était un leurre familial, nous nous contentions de faire bonne figure, de pousser vaille que vaille la machine défaillante. Le mot « amour » avait été gommé de notre vocabulaire. J’ai compris que la meilleure chose qui m’était arrivée, finalement, c’était son départ. Que moi, femme de devoirs, je n’aurais jamais osé briser le cercle vertueux du mariage, l’image du couple indéboulonnable. Et donc ce jour-là je me suis installée devant mon ordinateur, je me suis connectée sur « Le Bon Plan » avec angoisse et jubilation à la fois. J’ai fait mon profil, j’ai appuyé sur « envoi »... Bon, on ne peut pas dire que d’emblée, la pêche fut bonne. La plupart des hommes qui me contactaient voulaient savoir si j’aimais les sous-vêtements coquins ou si j’étais disponible rapidement. Une longue liste de pseudos défilaient sous mes yeux, j’étais perdue, je regrettais mon geste. Cinquante trois balais, ma vieille ! Aurais-tu imaginé ça il y a deux ou trois ans en arrière comme perceptive d’avenir ? Triste. C’était triste à pleurer. Mon égo en prenait un coup, je me sentais mise au rebut de l’amour.
J’avais décidé de me laisser encore une journée de recherche et qu’après : stop, je tâcherais de passer à autre chose. C’est à ce moment-là que sur l’écran je vis : « Bonjour, je m’appelle Marc ». Tu tombes mal, toi ! Me suis-je dit, j’en ai ma claque de ce site ! Mais je n’ai pas pu m’empêcher de répondre : « Salut moi c’est Evablue. C’est quoi pour toi le romantisme ? » Et toc ! Avec une entrée en matière pareille, j’étais sûre de le faire fuir, le pauvre Marc, j’allais enfin pouvoir éteindre ma machine infernale.
« Le romantisme c’est s’embrasser au milieu de voitures pétaradantes et d’hommes à bérets, et pour toi ? » Je pouffai sur mon tabouret ergonomique. C’était exactement l’humour dont j’avais besoin. Je n’ai pas mis longtemps à répondre : « c’est monter dans une voiture à béret et embrasser à pleine bouche un homme pétaradant ! »
C’est comme ça que tout a commencé avec Marc. Sur un rire, sur des mots sans queue ni tête, sur le besoin vital de mettre de la joie dans nos vies. J’avais cru que l’expérience, l’âge, le raisonnable aurait gommé l’émoi, je me trompais à nouveau. Notre premier rendez-vous m’a fait battre le cœur, notre premier regard m’a fait fondre. Je n’avais plus cinquante-trois ans, je n’étais plus vieille ni fripée.

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