Le Petit Rat de Kibera

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Cynthia danse. Pieds nus sur le sol poussiéreux d'une salle de classe vidée de ses tables et de ses chaises, sans miroir pour orner les murs à la peinture écaillée, sans barre pour exercer ses pliés, Cynthia danse. Pas de chat, pas de chaussons, pas de bourrée, pas de tutus. Beaucoup d'enthousiasme.

Cynthia habite Kibera, l'un des plus grands bidonvilles d'Afrique, et sa passion première est la danse classique. Depuis que Mike, son professeur, a fait entrer un bout d'Opéra dans leur école, Cynthia danse avec toute sa ferveur, toute sa fougue, toute son application. Elle et sa sœur se sont lancées dans l'aventure avec la bénédiction de leur père, auquel on n'a pas manqué d'assurer que cette danse ne peut que leur offrir de meilleures opportunités.

Cynthia se concentre. Première position, grand plié, le dos bien droit, la main contre le mur. Mike passe parmi ses élèves, corrige la position d'un pied ici, rectifie un port de bras là, redresse un menton de ce côté. La danse classique est une danse rigoureuse, stricte, normalement réservée à l'élite de Nairobi.

Cynthia n'a jamais vu de ballet, mais elle regarde son professeur à chacun de ses cours, avec une certaine admiration. Comme elle, Mike a grandi dans les bidonvilles, mais il s'en est sorti grâce à la danse et aujourd'hui, il fait naître l'espoir et la confiance dans les yeux des écoliers, qui l'écoutent avec attention. Certains d'entre eux pourront peut-être, à force de travail et de détermination, décrocher une bourse pour aller étudier dans d'autres studios, à Karen, un quartier à mille lieues du bidonville qu'ils ont connu toute leur vie.

Alors Cynthia et les autres rêvent. Ils écoutent les mots d'encouragements de Mike, qui leur souffle à l'oreille qu'ils sont beaux, forts, grands, et qu'ils peuvent aspirer à plus. Parce que si la danse classique peut naître dans une salle de classe poussiéreuse de Kibera, alors tout est réalisable : ce bout d'impossible qui leur tombe entre les mains ouvre la porte des futurs inattendus.

Les rêves les plus fous naissent parfois d'un entrechat.



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Texte inspiré des « Étoiles de Kibera »

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