Le filin

il y a
12 min
348
lectures
8
Qualifié

Max Abadie aime regarder la vie et y lire de petites histoires amusantes, poétiques ou absurdes. Histoires pour enfants ou déambulations sensibles, Max Abadie vous emmène en balade ! Vous ... [+]

Image de Grand Prix - Hiver 2022
Image de Nouvelles

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

— Comment un truc pareil est possible ?
Accoudé au comptoir, Tony racontait pour la énième fois sa matinée.
L'arrivée un peu, juste à peine, en retard, la faute au gosse qui ne trouvait plus son cartable et qui pleurnichait pour ne pas partir sans. La porte fermée pour ce foutu plan vigie pirate et José, parti se griller un clope ou Dieu sait quoi. Bref, le bordel pour rentrer dans l'usine, la course jusqu'aux casiers et là, paf, le truc glauque. L'autre, cet enfoiré de Manu qui le fait chier depuis six mois avec ses mines et ses grands plans de syndicaliste, allongé par terre, la mare de sang, le rictus, tout le tintouin.
— Tu veux savoir ce que j'ai vraiment pensé ? Et merde, ça devait tomber sur moi... Tu vois, c'est vrai quoi, déjà on me regarde de traviole parce que, hein, d'où je viens, et avec ce que j'ai fait. Alors là, cadeau ! Le truc pourri, c'est moi qui le trouve, franchement, fait chier.
— Il était comment, t'as vraiment rien vu de bizarre à côté ? Putain, chais pas moi, des traces, une porte ouverte...
Les yeux du Fred pétillent, il lisse sa barbe ou plutôt son bouc, vide son verre et fait signe qu'on leur en remplisse deux nouveaux.
Tony souffle, il parle depuis ce matin de ce truc, il ne sait plus trop ce qu'il dit, tout ce qu'il sait c'est qu'un ancien taulard qui découvre un nouveau mort, c'est pas cool.
— Et merde, j'te l'ai dit Fred. Il était là, une espèce de fil de fer entouré autour de la taille, putain le fil il était hyper fin, je l'ai même pas vu au début, ils ont dit que ça l'a coupé en deux, enfin je sais pas si il était coupé complet, mais bon en tout cas, il a saigné. Partout y'en avait, et les autres avec le bordel à côté ils ont rien entendu. Parce qu'il a dû brailler, hein, je vois pas comment tu te fais couper en deux et tu brailles pas. J'ai enjambé le truc et j'ai été à côté des machines, j'ai même pas pensé à stopper la ligne. J'ai juste tapé sur l'épaule de José qui était revenu, et puis après le Dugland il est arrivé, et là tout a stoppé. Il répétait : « C'est un accident, c'est un accident. » Tony se met à rire en imitant Duplantier qui agite ses bras en répétant : « un accident, un accident ». Fred se marre et lui fait signe d'aller dehors. Il va fumer, Tony le suit, il est lancé maintenant, cette histoire le prend à la gorge. Dehors la mer est calme, un grain est annoncé pour ce week-end, Fred regarde le bateau des pilotes qui s'éloigne pour aller chercher le Pex et sa cargaison de potasse. Tony, s'assoit sur la petite digue, les jambes pendues au-dessus du flot sale de l'Adour et reprend :
— Tu comprends, un accident, facile, papiers et ouste on reprend le boulot. Là avec l'enquête tout est bloqué pour au moins trois jours, on va retrouver une merde pas possible accumulée au retour. Si au moins je pouvais rester au pieu, mais, qui c'est qui va passer trois jours à répéter cette histoire débile ? C'est bibi...
Tous les deux tirent en silence sur leur cigarette.
— Tu reprends à quelle heure ? demande Fred.
— Je reprends pas, je rentre chez moi, c'est fermé j'te dis.
C'est étrange, fermé. L'aciérie ne ferme même pas quand leur filtre est en panne et qu'à l'école les gosses ont soudain des allergies à la pelle, mais là, fermé. Faut dire que la presse s'en est mêlée, nationale, s'il vous plaît Accident dramatique à l'aciérie les premières heures, Meurtre mystérieux quatre heures plus tard.

Cela fait deux heures maintenant que Tony est dans cette pièce, la flic, il ne se rappelle plus de son nom est venue le cueillir juste quand il allait s'allonger pour sa sieste, et deux heures plus tard, il attend toujours sur cette putain de chaise en plastique. Il essaie de se calmer, elle le fait chier avec sa déclaration, pourquoi il est arrivé en retard ? C'est donc difficile à comprendre quand t'as un gosse qui à huit ans ne sait toujours pas où il met ses putains d'affaires ? Et puis leurs bureaux pourris laissent tout entendre. On discute bien fort de lui et du merdier de ce matin. Il ne comprend pas tout, mais ça sent pas bon.
— Quelles étaient vos relations avec M. Ferreira ?
Les yeux clairs de la jeune femme s'écartent avec lassitude. Tony ne peut s'empêcher de penser qu'elle devrait s'endurcir un peu si elle veut durer dans ce métier.
— Il me prenait la tête pour que j'adhère à son syndicat, c'est tout.
— Vous n'étiez pas très amis alors ?
— Amis ? Le gars, il est pas d'ici, j'le connais pas et il me veut dans son truc, moi j'allais là pour bosser, c'est tout. Déjà, j'vous assure, dans mon cas, c'est pas mal !
— Oui, je connais votre cas. À part vous, il y en a d'autres avec qui il ne s'entendait pas ?
— Ben quand un gars passe son temps à baratiner et qu'il gagne plus que toi et qu'il en fout moins que toi et que dès qu'il y a une arrivée à traiter avec un boulot un peu chiant il a une réunion, ben, oui y'en avait d'autres qui le sentaient pas trop.
Tony repousse la chaise pour allonger ses jambes, il regarde sa montre, ça devrait bientôt être fini, il a tout bien rabâché, ils ont une liste longue comme le bras de gonzes à écouter. Il devrait pouvoir récupérer Enzo avant la nuit.


Dans son lit, Lucie Arlac réfléchit. Qui a pu faire un truc pareil ? Aller coincer un câble ultrafin dans le rouleau sous la machine de coulée et le passer autour du gars ? Il ne s'est quand même pas suicidé le syndicaliste ? Juste pour embêter le patron... Non, il avait des traces aux mains, il semble qu'il se soit débattu, il a été pris par la boucle autour du ventre, ou alors autour du cou et il a réussi à la baisser, bon pas assez vite en tout cas. À côté sa fille tousse, une quinte interminable, cette gamine n'aime pas l'air humide, depuis qu'elles sont ici elle a dû avaler un demi-litre de sirop par mois. Si cette fichue enquête va un peu plus vite, elles iront passer le week-end en Espagne, les Bardenas peut-être, faire du vélo, un truc comme ça.

— T'es au courant ? Ils ont coffré Duplantier ?
Fred tient la portière avec son pied et il attend que Tony monte. Celui-ci lui fait passer les sandwiches et le Sprite puis s'installe.
— Duplantier ? Tu déconnes ? L'autre fou « C'est un accident, c'est un accident ! » ?
Tony vérifie son téléphone et se tourne vers Fred.
— Duplantier ? J'y crois pas. Duplantier qui coupe un mec en deux ? Il va se faire défoncer au trou.
Fred tourne la clé, ils vont aller manger près de la cale, il veut jeter un coup d'œil au moteur de son bateau, depuis quelques jours, il démarre mal.
— C'est quoi l'histoire ?
Tony secoue la tête, s'il y a bien un truc auquel il ne croit pas c'est Duplantier en assassin.
— Apparemment, ils ont trouvé des lettres chez Manu, une histoire de poste, tu savais que Manu avait passé sa certification, qu'il pouvait demander au prochain tour à avoir le poste de Duplantier ?
Fred s'est garé, ils s'installent sur la table de pique-nique. L'Adour est marronnasse, les voitures passent trop près et les feuilles ont recouvert la table.
— Attends, le type il coupe un mec parce qu'il va lui prendre son poste ?
Tony croque en rigolant dans son jambon fromage.
— Ben y'en a pour qui c'est vachement important le poste, c'est une façon d'exister, tu vois tu te couches le soir, tu sais que t'es quelqu'un, tu...
— Moi je me couche le soir, je sais que je suis moi et ça n'a rien à voir avec les heures passées au taf, je t'assure !
Tony se lève et va inspecter la digue, il descend de quelques marches le long des escaliers. Il aime bien regarder les muges se grouper dans son ombre espérant qu'il leur jette des restes de pain. Il attend un peu et balance un énorme bout, la curée commence.


— Vous ne m'aidez pas beaucoup.
Lucie Arlac tient son café de ses deux mains.
— Je ne vois pas pourquoi je devrais vous aider, c'est Duplantier, non ?
— Je ne sais pas.
Elle boit à petites gorgées.
— Je ne suis pas sure.
— Moi, ça me parait débile. Mais bon, c'est vous les flics.
Tony ajoute du sucre, il regarde Lucie Arlac et a un peu pitié d'elle. Gosse de bonne famille, elle peut pas imaginer comme les autres. Elle a dû toujours avoir tout, putain comment elle a fini policière celle-là ?
— Bon, parlez-moi de José.
— Quoi José ?
— Ses liens avec Manu, avec vous, avec Duplantier...
Lucie Arlac a sorti son ordinateur pourri, elle se baisse pour dérouler le fil et cherche des yeux une prise.
— José... C'est un type, rien à dire. Il s'occupe des entrées et sorties, là avec vigie-bordel il est devenu le chef de la porte. Il aime bien fumer alors la porte en question des fois elle est un peu fermée longtemps, enfin c'est mieux pour les tarés que grande ouverte, je pense. Sauf si le taré, il est déjà dans votre boite et que c'est votre chef... Non rien de particulier sur José.
Tony se tait et boit son café. Il aime le goût de ce nouveau café, il faut qu'il regarde la couleur de la dosette, oui il aime bien celui-là.
— Il s'entendait bien avec tout le monde. Il avait pas trop de potes, bon des fois le Manu il le gonflait aussi avec ses trucs du syndicat, mais ça allait. Et puis ils aimaient bien la pêche tous les deux, des fois ils en parlaient. Il a un bateau José, des fois il va à la turlute, vous savez, pour les encornets.
Lucie Arlac ne sait pas, mais elle note tout comme une écolière bien ordonnée. Avant de partir elle lui serre la main et lui demande, un peu fatiguée :
— Et vous, vous en pensez quoi ?
— Ça, c'est votre taf, faut pas rêver non plus...
Dans son bureau, Lucie Arlac contemple la liste des pièces. Il y a un indice là-dedans. Elle le sait, il y a forcément un indice et elle ne le voit pas. Elle se lève et trace sur son tableau des bulles avec ce qu'elle sait de la victime. Célibataire, sans enfants, investi dans le syndicat, pas de vrai ennemi, mais pas d'amis proches non plus, va à la pêche parfois, sort sur Bidart dans une boite antillaise le week-end... Elle s'approche et regarde la photo, il y a un truc qui retient son attention, mais quoi ? Lasse, elle décide de rentrer. Avec un peu de chance, la nounou n'aura pas encore fait manger Enora.

— Finalement, il est sorti Duplantier, j'te disais aussi, ce mec, faire un truc pareil ? Impossible.
— Ben moi, ça m'aurait pas étonné, le coup du mec qui lui prend son poste au prochain tour, et puis, tu sais, il a quand même un passif le Duplantier.
Fred a les mains pleines de cambouis, il bataille depuis une heure avec ce moteur et il voudrait bien le remonter avant que la marée ne revienne. Tony se penche pour lui tendre le cruciforme.
— Bah, Duplantier, il a un casier tout blanquichot je parie, des menaces sur son ex... tu la connais son ex, non ?
— Ben oui j'la connais, tout le monde la connaît, c'était peut-être le problème...
Fred se relève, c'est bon, ça devrait tenir, il fixe le bloc, raccorde le démarreur et pousse Tony.
— Attends, j'y vais, là, on va voir si ça part.
Après quelques toussotements le moteur part, Fred le laisse tourner un peu, puis l'éteint et range ses affaires. Il se retourne et s'assoit sur un casier.
— À Anglet, ils font les malins, mais la belle vue, c'est nous qui l'avons !
Tony regarde le tas de soufre en face, de l'autre côté du fleuve, la forêt du Pignada. Il attrape une cigarette dans la poche de Fred et répond doucement.
— Ouais, on a la belle vue, mais eux ils ont le fric.

« José ! José ! Il est où ce con-là ? José, tu peux ouvrir cette porte ? »
« Merci de montrer votre badge ainsi que votre pièce d'identité. »
La voix doucereuse répète pour la troisième fois la consigne, Tony brandit son permis à moitié déchiré devant la caméra.
— Stop, mets sur pause, je veux avoir le temps de regarder.
Lucie Arlac se penche sur l'écran. Elle zoome au maximum et observe le visage en noir et blanc de Tony Garcia. Ce type-là a fait un an de prison pour avoir soutiré de façon un peu violente de l'argent à des mémés. Ce type-là s'occupe seul de son fils handicapé, il s'en occupe bien. Il n'est pas débile, plutôt sympa même, mais il ne dit pas tout. Pourquoi ? Qui est-il vraiment ? Lucie Arlac souffle et relance la vidéo, on voit José Pedrero s'avancer et s'excuser, il a un truc dans les mains, on le voit qui tape dans le dos de Tony puis qui s'éloigne dans la direction opposée.
— Vous avez la déclaration de Pedrero ?
Elle tend la main sans quitter des yeux l'écran. Quelque chose est en train de se passer. Entre José et Tony, un langage corporel. Elle repasse la séquence. La porte s'ouvre, Tony gueule, José le regarde, il a un moment d'arrêt comme si... comme s'il ne le reconnaissait pas. Ou qu'il attendait quelqu'un d'autre. Et Tony le sent. José plonge ses yeux dans les siens et le fixe un dixième de secondes, mais il le fixe. Ce gars-là sait qu'il est filmé. Mais il y a autre chose, une façon de poser le bras sur son dos quand Tony passe, d'accompagner du regard son départ. Lucie connaît ce regard, elle l'a déjà senti, mais où ?

— Quels étaient vos liens avec Manu... ?
José essaie de bouger un peu, il a mal à la jambe depuis plus de trois semaines.
— Je sais pas, on était collègues, des fois on parlait de conneries...
— Quoi comme conneries ?
Lucie Arlac regarde Migron mener l'interrogatoire, elle essaie de retrouver les sensations qu'elle a eues devant la vidéo, elle espère qu'à un moment en racontant, cela reviendra.
— Ben, le week-end, le temps, le syndicat... la pêche...
Là ! Là, elle l'a vu se redresser et sent son corps qui parle, son corps qui se souvient. Elle intervient.
— Il aimait la pêche Manu ?
Elle ne s'est pas trompée, José s'échappe avec ses yeux, des allers-retours rapides dans les coins, il semble réfléchir.
— Ben, ici, tout le monde y va un peu, quoi... La Digue ou quoi. Mais la seule chose qui comptait vraiment, c'était son syndicat.
José s'est tendu, il regarde droit devant lui, Lucie Arlac sent que l'instant est passé. On n'en tirera plus rien, se dit-elle, elle fait signe d'arrêter l'interrogatoire.

Le bateau tangue un peu, la cabine est basse, deux banquettes de chaque côté, elle essaie de trouver une histoire cousue dans cet arrangement, une dissonance. Elle n'y connaît rien en bateau. Avant Bayonne elle était basée à Orléans. Il faudrait qu'elle ait une référence. Elle sort la tête et regarde autour d'elle. Dans le bateau voisin, un type avec un petit bouc au menton nettoie à l'éponge la banquette. Elle l'interpelle.
— Bonjour, vous connaissez José Pedreira ?
— Un peu, il y a eu un moment, on allait à la pêche vers la bouée d'atterrissage ensemble.
— Vous le voyez souvent ici ?
— Non, il vient plus trop...
— Il est pas mal votre bateau ? Je peux visiter ?
L'homme la regarde avec un sourire, il tire sur sa cigarette et lui répond :
— Vous avez un mandat ?
Lucie hausse les épaules.
— Tony, c'est carrément mon pote, alors j'vous connais presque. Vous faites quoi dans le bateau de José ?
— Non, je sais pas, je voudrais juste voir à quoi ça ressemble un bateau.
— Et là, vous êtes dans quoi ? Un vélo ? Qu'est-ce que vous cherchez au juste ?
— Rien, ça va, je me débrouille.
Lucie replonge dans la cabine, elle a trouvé. Elle s'assoit sur la banquette, les yeux écarquillés, elle sent son cœur qui bat, trop fort, trop vite. Elle vient de comprendre, elle n'ose plus rien toucher. Elle appelle sur son portable, fermant les yeux, elle espère arriver à temps. À côté d'elle, le moteur démarre, elle sent le bateau qui se soulève au passage de l'autre. Elle attend encore un peu et sort.
Elle se souvient du regard de José et elle sait à présent où elle l'a déjà vu. Enora. Enora, l'an dernier. Enora au parc de jeux en train de dévisager cette fillette blonde que son père aide pour atteindre le haut du jeu. Enora, les poings serrés qui se lance derrière elle sur le toboggan et la percute avec ses pieds. Exprès.
— Elle l'a fait exprès !
Les hurlements du père, la fillette dans ses bras et Enora en pleurs, répétant en boucle : « Pourquoi il est pas là ? Pourquoi il est pas là ? »
Ce regard c'est celui de quelqu'un qui ne supporte pas de voir ce qu'il a perdu, ce que les autres ont. Ce qu'il devrait toujours avoir. C'est surtout le regard de celui qui va passer à l'acte.
Elle essaie à nouveau d'appeler Tony, prévient la brigade et fonce chez lui.
Le hall est ouvert, elle monte et frappe à la porte. Elle tambourine. Dans sa tête, tout prend forme, la surprise de José ce matin-là, Tony en retard, le piège qui a attrapé la mauvaise personne. Tony qui a été en prison, absent pendant un an. Un an où Fred a emmené José à la pêche, a partagé avec lui les samedis après-midis, avant que son copain Tony ne revienne et que José redevienne le mec un peu lourd qu'on évite. Le T–shirt de José sur la vidéo : le même que celui de ce gars au port. La coiffure : la même. Le bateau impeccable, le bateau qui n'a pas servi depuis longtemps. La pêche n'a jamais intéressé José. C'est ce type qui l'intéressait et Tony le lui avait repris.
Une dernière fois, elle frappe la porte. Soudain, elle entend des pas dans l'escalier, Tony arrive derrière elle, son fils dans les bras.
— Encore ? C'est pas fini ? C'est le soir là...
Il sort son trousseau de clés. Lucie Arlac, le regarde, soulagée, sourit de ses épaules qui montent. Elle entre derrière lui, l'aide à déplier le fauteuil et à installer le petit puis s'assoit et lui explique. José, le gars du port, la pêche, l'insupportable sensation quand les autres ont ce que vous n'avez pas... Son retard qui lui a sauvé la vie, l'arrestation en cours de José.
Tony l'écoute en secouant la tête, lui ? Quelqu'un sur Terre voudrait avoir sa vie ? Il commence à rire, il se lève et lui dit :
— Le mec il me connaît pas, et il veut être moi ?
— Non, répond Lucie Arlac, il veut ce qu'il croit que vous avez. Là c'était votre copain, il l'a connu un peu, ils sont allés à la pêche parfois et... on ne sait pas trop ce qu'il s'imaginait.
— Attendez, le fil, le filin, le truc qui l'a coupé, je sais ce que c'est.
Tony s'excite.
— C'est, sur le bateau, on met ça autour, pour, vous savez en cas de tempête, pas se foutre à l'eau. Ça s'appelle une ligne de vie. Fred devait en installer une, il s'est fait une frayeur à l'automne en passant la Barre au retour une nuit. Faut que je l'appelle le Fred, il va halluciner !
Lucie Arlac consulte son téléphone et se prépare à partir.
— C'est bon, vous êtes tranquille. José a été arrêté, et votre copain, il est parti faire un tour en mer, je crois.

Tony se lève, il a les lèvres sèches, Lucie Arlac le voit blanchir et elle s'approche. Tony revoit Fred enjambant son bateau, le bidon à la main, il revoit Fred lui montrant, tout content, le bateau voisin.
— Hé, regarde ce que j'ai trouvé, un bidon tout prêt pour mon moteur, il s'en servait plus. Alors pour pas qu'elle se gâte, il me l'a filé. Il faut l'utiliser rapidement parce qu'elle est un peu vieille déjà.
Et il revoit la main qui montre le bateau de José.
8

Un petit mot pour l'auteur ? 8 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
Un lieu , un temps , quelques personnages et un thriller qui retient nos neurones .
Merci pour ce moment .

Image de Maxine Abadie
Maxine Abadie · il y a
Merci de ton passage ici!
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une belle plume pour un thriller fascinant ! Mon soutien !
Image de Maxine Abadie
Maxine Abadie · il y a
Merci, c'est gentil!
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
J'aime beaucoup votre écriture.
Image de Maxine Abadie
Maxine Abadie · il y a
Merci de la visite et du compliment!
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Je suis cueillie par ce thriller basque à l’embouchure de l’Adour sur le port de Bayonne, aux pistes psychologiques savamment semées.
L’écriture calquée sur la langue orale et très crédible, déroutante au début seulement.
Ambiance bien vue, des détails qui situent bien l’action, de la subtilité dans les motivations et de la sensibilité.
Coup de cœur pour cette nouvelle. 💖

Image de Maxine Abadie
Maxine Abadie · il y a
Touchée ! Et ravie que le lieu soit bien rendu!

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

La dormeuse

Jean-Louis Galian

L'endroit, d'habitude désert, grouillait de monde en ce lundi matin d'été. Du monde en bleu dans le vert de la forêt accrochée aux pentes. Les gendarmes, venus en nombre, avaient délimité une ... [+]

Nouvelles

Pour Monette

Albert Dardenne

― Evidemment, aucun témoin ! fulmina le divisionnaire Avril.
― On pourrait peut-être essayer de réinterroger Monette...
― Ne vous fichez pas de moi, voulez-vous.
Sentant ... [+]