La déchirure de Gaïa

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Ecrivaine à temps perdu

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Elle s'était perdue. Comment avait-elle pu atterrir dans une situation pareille ? Visiblement, son intelligence avait des limites. Peut-être était-ce la manipulation qu'elle avait faite sur son esprit qui avait produit cette erreur. Elle replaça une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille pointue avant de reprendre son chemin. Si ses souvenirs étaient bons, et ils ne pouvaient que l'être, c'était celui-ci. Avoir voulu prendre un détour s'était révélé plus compliqué que prévu, Viviane se reprochait de ne pas avoir effectué de repérages avant la fête.
Au bruit des tintements de cloches et des crépitements de bois qu'elle percevait, la cérémonie avait déjà commencé. Alors qu'elle comptait se mettre en route, un craquement de brindille attira son attention. Son regard émeraude se figea rapidement vers l'origine de ce son. C'était un jeune homme brun, qui la regarda avec tout autant de surprise. Elle s'attarda quelques minutes sur son apparence, puis une pensée leur traversa l'esprit communément : que faisait une personne à l'écart de la célébration pour Gaïa ?

Gaïa n'était pas n'importe qui, elle était la divinité à l'origine de ce monde. Le moindre organisme sur ces terres était sa création. Certains l'appelaient mère nature, mais la nommer avec un prénom mortel avait quelque chose de plus rassurant et de chaleureux. Même si elle n'était pas comme ces mortels, elle ne voulait pas leur être supérieur.
Ce fut pour cette raison que chaque année, un immense festin appelé Mihr, était organisé en son honneur, où l'odeur de succulentes boissons aux fruits de la forêt dansèrent sous les lumières, tandis que certains offraient des présents à Gaïa. La véritable intention était-elle de mieux connaître Gaïa, ou bien, de s'assurer qu'elle resterait bienveillante à l'égard des peuples qu'elle hébergeait ? C'était une réponse que la divinité elle-même ignorait.
L'homme finit par briser le silence.
— Tu ne devrais pas déjà être au banquet ?
Elle haussa les épaules, le jeune homme repris.
— Tu n'es pas de Nansier, n'est ce pas ?
— Non, mais toi si. Chaque habitant ne devrait pas être présent au Mihr ?
— J'étais sur le chemin. Je suppose que tu t'es perdue ?
— Non, je sais parfaitement où je vais, répliqua Viviane.

Bien qu'intrigué, il l'entraîna par le bras.
— Allez viens... Comment tu t'appelles ?
— Viviane.
— Elric, enchanté Viviane.
Ils se mirent en route, tout en discutant légèrement. Ils sentirent que quelque chose était destiné à les rapprocher même s'ils ignoraient ce que c'était exactement.
Ils arrivèrent à destination : une grande place où se trouvait Gaïa assise au centre. Entourée de haie de Dahlia de plusieurs variétés, celle-ci observait en silence la scène devant elle avec un sourire dessiné sur son visage. Viviane se tourna sur elle-même ne voulant pas louper une seule seconde de ce moment. Les lucioles volaient illuminant davantage ce lieu, tandis qu'une odeur de lavande mélangée aux boissons aux fruits rouges de la forêt vint chatouiller ses narines. Elric s'amusa à lui proposer un verre en voyant l'émerveillement de la jeune femme.

Puis, il tendit sa main.
— Ils sont en train d'accorder les instruments, voudrais-tu être ma partenaire de danse ?
Pour seule réponse, Viviane posa son verre et plaça sa main au sein de la sienne. Ils partirent rejoindre les autres personnes présentes, vêtus tous différemment. Une fois la musique lancée cela formerait une multitude de couleurs se mouvant.
Les percussions commencèrent à résonner de toute part. Vint ensuite le son des instruments à vent qui faisait planer les mélodies autour d'eux. Ils se saluèrent d'une simple révérence avant de laisser leurs jambes guider leurs corps. Ils se rapprochèrent puis s'éloignèrent l'un de l'autre sur le rythme de la musique. Tout ceux autour d'eux avaient des pas similaires, de toute façon ce n'était pas comme si Gaïa aurait pu faire la différence. Elle était une divinité, non une danseuse professionnelle. Leurs doigts s'entrelacèrent, buste contre buste, bras tendus, ils tournèrent la tête dans la même direction avant de s'éloigner de nouveau.
La danse dura plusieurs minutes puis la musique prit un autre air, plus doux, laissant le temps aux participants de reprendre leur souffle et à ceux voulant offrir des présents de commencer. Viviane s'éloigna, le plus amusant était fini. Elle n'avait jamais autant dansé de moins danser tout court et voir les mortels faire la courbette devant Gaïa ne l'intéressait pas. Gaïa était spectaculaire en tout point : que ça soit physiquement avec sa grande taille et son corps ne ressemblant a aucun autre avec sa peau couleur turquoise, ou bien encore les plantes qui pouvaient jaillir d'elle de n'importe quel endroit. Ce soir, de fins lierres blancs sortaient de son dos et se baladaient au-dessus de ses iris opale.

En voyant le ciel étoilé, Viviane décida de rentrer. Après tout, sa place n'était pas là. Elle devait y retourner. Alors qu'elle allait quitter cet endroit, Elric la saisit par le poignet.
— Tu t'en vas déjà ? Tu n'as pas fait d'offrande à Gaïa. Enfin je pensais...
— Je ne suis pas venue pour ça.
— Puis-je rester en ta compagnie dans ce cas ?
— Quel charmeur fais-tu, ironisa-t-elle.
Après une discussion, qui ressemblait plus à une chamaillerie verbale qu'autre chose, ils partirent ensemble. Viviane souffla, elle ne savait pas jusqu'où il comptait l'accompagner. Sa présence la rendait joyeuse. Elle ne savait pas quel mensonge inventer, sur là où elle allait.
Elle s'arrêta brusquement, Elric leva un sourcil étonné.
— Elric, on ne peut pas continuer comme ça.
— Mais c'est sans danger, rassura-t-il.
— Là n'est pas la question, bien-sûr que c'est sans danger, je connais ces bois. Je connais chaque être qui la parcourt.
A cette phrase il se redressa, il comprit où elle voulait en venir, mais ne voulait pas l'accepter.
— J'étais curieuse. Voir juste le temps d'un soir, ce que ça faisait d'être comme vous, avoua-t-elle.
Elric s'apprêta à répondre, puis le prénom Viviane tourna dans sa tête. Viviane pour vivante. Ce n'était pas un hasard. Il la coupa dans son monologue.
— Tu... Tu n'es pas une étrangère n'est ce pas ?
Elle hocha doucement la tête.
— Tu ne peux pas être Gaïa, elle est assise là-bas !
— Tu oublies que j'ai tous les pouvoirs. l'interrompit-elle. Être à deux endroits à la fois, n'est pas le plus compliqué. Merci pour cette soirée, il est l'heure pour moi de rentrer, déclara-t-elle en tournant le dos.

Soudain, son cri fit voler les quelques oiseaux qui regardèrent la scène. Elle n'eut pas le temps de faire le moindre mouvement qu'elle sentit quelque chose traverser son corps. Elle s'effondra, sous le regard impénétrable d'Elric. Aucun mot, aucun son. Il repartit.
Son véritable objectif n'avait jamais été d'offrir une offrande à Gaïa mais de la tuer. Il ne s'était pas attendu à se retrouver face à elle dans de telles conditions, mais il n'avait pas pu laisser passer l'occasion.
Sa respiration se faisait lourde. Mais elle réussit à retourner chez elle. Son enveloppe charnelle était là. Depuis combien de temps? Elle l'ignorait. Viviane s'approcha de ce qu'ils appelaient Gaïa. La douleur dans son plexus était encore vive. Trop vive.
Elle vit quelque chose d'inhabituel : un trou dans la poitrine de son enveloppe. Elle se pinça la lèvre, se reprochant de n'avoir rien vu venir. Elle allait reprendre son apparence, mais avant ça, elle devait inscrire des ordres à Gaïa.

Gaïa était le corps, et Viviane l'esprit.
Ce que Viviane ordonnait, Gaïa l'exécutait.

On t'a arraché ton cœur, tu feras preuve de cruauté. Rien n'arrêtera ta colère, les terres se fendront sous ta volonté. Les eaux dont ils ont tant besoin prendront le même goût amer que le sang qu'il a fait couler. Quoi qu'il arrive, ils payeront cette trahison à ton égard. Les avoir créées était une erreur, ils sont capable d'autant d'actes bienveillants que malfaisant. Tu leur montreras que tu ne joues pas, tu es le maître du jeu.
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Roll Sisyphus · il y a
Gaïa
Autrement appelée, par ses habitants, la planète Terre
Être vivant non reconnu comme tel par ses habitants, les terriens, au motif que si j'ai su faire la démonstration de ma capacité d’adaptation
je n'ai, jusqu'à ce jour, enfanter :

Recherche,
compagnon de galaxie pour relation, sérieuse, durable et plus si affinité.
Astéroïdes massifs ou trous noirs s’abstenir
Un peu ronde vue de loin.
On me dit qu’avec mes 4.5 milliards d’années le bleu me va bien.
Ai fait démonstration de mon esprit d’initiative et de ma grande capacité d’adaptation.
Bonne vivante aimant la compagnie, même celle des Hommes.
Soucieuse des Pierres, de la Faune et de la Flore
Grande amatrice des mers calmes, des océans déchaînés et des torrents turbulents,
Comportement parfois éruptif.
Joue à la tectonique des plaques.
Fait trembler des plus hauts sommets au plus petit grain de sable
Regrette de ne pouvoir m’éclipser comme le soleil ou la lune…
Envoyer votre carte stellaire

Toutes ces annonces envoyées à travers l'incommensurable univers sont jusqu'à ce jour restées lettres mortes.

Et voilà qu'un nouvelle fois, je me suis laissé prendre par ce récit par cette déchirure !
Gaïa, Je t'aime !

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Armelle Fakirian · il y a
Une belle Allégorie sur la colère de la Terre face à l'Homme qui l'agresse.
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Fab Meiloan · il y a
Un revirement inattendu et qui ajoute au suspense, une belle histoire entre deux êtres, puis ce départ inopiné de Viviane, Elric qui devine qui elle est,BRAVO Zohra!
Je vous invite, seulement si le coeur vous en dit, sur En avoir plein le dos! (Fab Meiloan)

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Fabienne Dulac · il y a
Une jolie histoire bien menée, avec une fin très surprenante. bravo
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Gérard Jacquemin · il y a
Utopie festive et philosophique, j’ai abordé le thème Gaïa sous un autre aspect, si vous plaît de la lire…
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Zohra Popart · il y a
Je suis allez lire ! C'est assez amusant de voir qu'on a eu des idées a la fois similaire et très différentes :)
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M. Iraje · il y a
Une parabole écologique cachée sous les fleurs !
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Cali Mero · il y a
En effet, c'est la TERRE qui commande. Une bien jolie histoire d'avoir personnifiée celle qui maintient la vie sous toutes ses formes
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Sophie Henchoz · il y a
Quelle cérémonie ! L'effet de surprise est réussi et l'intégration de l'image aussi. ;-)
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Ginette Flora Amouma · il y a
Les forces du mal et les forces du bien , l'éternel rapport de forces qui font exister le monde .
Un étrange duel .