La caverne

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"Si je ne crée pas un monde par moi-même et pour moi-même, je mourrai étouffée par celui que les autres définissent pour moi" Passionnée d'écriture depuis mes 9 ans, j'espère que mes ... [+]

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Mon doigt passe, repasse. D'un mouvement d'essuie-glace, balaye mon appareil. Essuie, salit, nettoie ? On ne sait plus. Ce geste instinctif, ne se réfléchit plus. Je suis allongée sur mon matelas. Plus rien ne compte maintenant. Seule ma conversation m'importe. Mon doigt danse. Concours de vitesse ; plus vite est écrit le message, plus grande est ma fierté ; tous mes doigts jouent. Je m'abandonne à ces jeux idiots. Les laissant accaparer mes pensées et mes heures. Comment en suis-je arrivée là ? Je n'en cherche plus l'origine. On se distrait comme on peut. Une fois commencée, intégrée dans mon quotidien, je ne peux m'en défaire. Les images, les lumières, les couleurs emplissent mes yeux d'une lueur éblouissante, qui enduit mes pupilles. Comme de petites pépites qui illuminaient mon regard, exaltant tous mes sens. Mes yeux grands ouverts, illuminés, accaparés, cherchent, en vain, ce je ne sais quoi, qui ébranlerait ma journée.
Je suis plongée dans l'obscurité, j'augmente la luminosité à m'en esquinter les yeux. Les volets sont clos, je ne sais s'il fait jour ou non. Mais la météo n'est pas ma préoccupation. Je balance mon index d'une image à l'autre, d'un post à un suivant, jonglant entre

Stupéfaction. Incompréhension. Le logo de chargement est apparu. Mes doigts se figent d'un commun mouvement. Mon cœur saute un battement. C'est tout mon corps qui est à l'arrêt. Une seconde, une minute de vide, je ne sais, je n'ai plus la notion du temps. Je finis par appuyer sur le moindre centimètre de mon écran, espérant qu'ainsi le logo disparaisse. Mais il n'en est rien, le cercle est toujours là, persistant. Je m'énerve, crie pour que mes parents règlent le problème. Dans un excès de colère, n'obtenant aucune réponse, je jette, d'un geste virulent, l'appareil sur mon lit.
Je concentre toutes mes maigres forces pour me lever, relever la masse lourde qu'est devenue mon corps. Mes pieds sont ancrés sur le sol. Dans un élan de ferveur, peut-être trop rapide, mon crâne, ne suivant pas le rythme, fit plusieurs tours avant d'enfin se stabiliser. Une bouffée d'énergie me propulse jusqu'à la porte, me donnant l'entrain de la tirer et de pouvoir

Ah !!! Un cri douloureux sort de ma bouche. La lumière du Soleil, au plus haut de la journée, m'aveugle. J'en crois perdre la vue, j'en perd la notion de l'espace. Je vacille, me retiens à l'encadrement de la porte. Mes ongles s'enfoncent dans le bois, mon seul appui. Mes jambes souffreteuses manquent de s'effondrer sur elles-mêmes. Je gémis, souhaitant de l'aide qui ne viendra jamais.
Ma transpiration crée une fixation entre ma peau et mon habit, je me sens sale. Ma vue revient petit à petit à elle-même. Je revois l'espace qui m'entoure. Mes doigts, perçant les rainures de bois, s'articulent à nouveau, gardant de leur expérience quelques échardes. Je réfléchis, me rappelle, me souviens de mon objectif. Mon corps engourdit, vaseux, me fait souffrir, mais je reste lucide, calme et j'avance.

J'avance, j'ai mal au crâne, j'avance, les rayons étincelants traversent les carreaux, m'attaquent. Ma gorge, sèche, perce un nouveau cri, appelant quiconque susceptible de me soutenir. Ma voix me fait mal. Personne n'accourt.
J'attrape, d'un geste lasse, un verre et en bois maladroitement le contenu. Je reste un instant interdite, les yeux dans le vague. Ne sachant que faire. Ma tête, lourde, tourne. Je suis incapable de réfléchir. Mes pensées s'entrechoquent, résonnent dans ma boite crânienne, accentuant mes migraines. La maison est silencieuse.
J'avance, le pas lourd, traversant pièce par pièce à la recherche d'un être humain en capacité de résoudre mes problèmes, pour qu'enfin je puisse retourner dans ma caverne. J'aimerais retrouver mon drap, mon matelas, l'odeur fauve de mes oreillers. Retourner dans le noir, éclairée par un seul point de lumière artificielle. Ici, attaquée de toutes parts, je me meurs, souffre. Là-bas, dans la chaleur de mon lit, je me ressource, vis.
Après un tour dans le logement, il faut que je me rende à l'évidence : ma maison était vide de ses habitants. Toute connexion était rompue. Je n'avais aucun moyen de joindre l'extérieur. J'étais à présent coupée du monde.

Je me cramponne à une table. Encore secouée par une vague de fatigue, mes appuis sont faibles, je frissonne. Je cherche à penser mais ma tête est lourde. Il faut que je retrouve mes parents, que quiconque puisse me faire retourner dans ma grotte. Si la connexion ne revient pas, je serais à tout jamais coupée de la vie, que j'ai d'ordinaire tant de mal à rejoindre. Mon regard plongé dans le vide, je cherche une solution. Il faut que je retrouve mes parents. Mes yeux, mi-clos, croisent les rayons frappant qui traversent la fenêtre.
Un coup de folie, ou la fatigue, peut-être, me fait songer un instant à l'extérieur. Serait-il possible que j'y trouve mes parents ?
Je n'y réfléchie qu'à moitié. Ne pense pas aux conséquences.
Je fais quelques pas fragiles pour atteindre la porte de sortie.
Pousser par l'espoir et l'envie de retrouver ma vie d'ermite, je fais un pas, puis deux, avançant vers un endroit qui m'était inconnu. Aveuglée par le soleil, écraser par l'air chaud, je regrette immédiatement mon acte. Je me retourne. Je veux retourner dans ma chambre ! Je veux revoir la fraîcheur et l'obscurité de mon antre ! Mais la porte s'est refermée. Je suis dehors, prisonnière. Mon cœur palpite. Je suffoque. Ma tête tourne. Je perds pied. Mes vêtements sales, collés à ma peau, l'air lourd renforçant ma transpiration, je me sens tâche. Je m'accroche à la poignée, la secoue, frappe à la porte. Mais rien n'y fait. Le souffle court, j'ai mal au cœur. Il faut que je cherche de l'aide.

Un, deux, trois... Des inconnus passent. Dans un sens, dans l'autre. Aucun ne semble voir ni mon mal-être, ni mon accoutrement. Pas un regard ne m'est adressé. Tous m'ignorent. Ou font semblant de ne pas me voir.

Faiblement, mes pas se succèdent. J'ai peur de tomber. Je les fixe, leur souffle un « aidez-moi », qu'ils n'entendront jamais.
Je ne comprends pas. Je répète. Plus fort. À d'autres. Encore. Je m'épuise. Je veux rentrer chez moi. Mes jambes faiblissent et finissent par s'écrouler sur elles-mêmes. Je tombe au sol. Je ne sais dans quel monde ils vivent. Je ne comprends pas dans lequel j'évolue.

Mes mains moites contre le sol bitumé. Ma respiration est difficile. Je sens les passants qui vont et viennent autour de moi. Des femmes, des hommes, des enfants et des vieillards que je ne distingue que par leurs membres inférieurs. Tous m'ignorant encore. Je suis maintenant incapable de leur adresser le moindre mot. J'essaie de me concentrer sur mon souffle. Tentant de me calmer. Inspirant, expirant. J'oublie ces inconnus, ne voyant plus ni leurs jambes, ni leurs corps.

Une main prit appui sur mon épaule. Je ne sursaute pas. Mon cœur a reprit un rythme normal. Je ne bouge pas, ne cherche plus à comprendre.
« Allez viens maintenant. »
Trois mots. Trois simples mots qui me permettent de me relever sans trop de difficultés. Mes jambes sont à nouveau vigoureuses. Les inconnus ont disparu. Le soleil est moins aveuglant. La chaleur est moins étouffante. Mon souffle est fluide. Je me sens mieux.
Mes yeux grands ouverts scrutent chaque détail du paysage. Tout a changé. Une nouvelle fois, je ne sais plus où je suis, mais je ne m'affole pas.


Je tourne sur moi-même. Je regarde le ciel. Le monde a changé. Je ne sais depuis quand je ne l'ai pas vu. Les plantes, les animaux, les gens. Ils ont évolué. Tous loin de moi. Sans moi. Enfermée dans ma grotte, terrée sous ma couverture, le monde a filé, alors que je me retirais. Cherchant à le fuir, il m'a fait revenir à lui.
Mes parents sont en face de moi. Souriant. Je me sens légère. Je n'ai plus envie de me cacher. Je veux vivre, rester sous la lumière du soleil. Les paumes ouvertes vers le ciel. Les rayons caressent doucement ma peau, je ne me suis jamais sentie aussi légère. Je ne me suis jamais sentie aussi libre.
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