Hommage

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J'écris avec l'envie de susciter des émotions, un sourire, une larme.... Ce que j'ai à dire ou raconter se trouve dans mes histoires. En espérant qu'elles vous plaisent.

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De loin il fait sale... De près il pue. Une odeur rance, prenante, irrespirable, tenace et brûlante, mélange de pisse, d’alcool, sans doute de merde un peu aussi, et de centaines d’autres saletés.
Pour ses vêtements, « tachés » ne suffit pas... et « souillés », « immondes », « dégueulasses » sont encore loin du compte.
La toile de son pantalon – sans doute beige au temps jadis – s’est solidifiée par endroit, amidonnée de crasse... Lorsqu’il titube, saoulé à l’excès de mauvaise bière, on remercie cette toile raide de le tenir encore debout... un peu...

Ses cheveux sont sales et secs comme du crin.
Sa peau burinée par le soleil, le froid, le vent et la pluie, est un vieux cuir épais, prêt à craquer et qui déjà se fissure.
Ses ongles sont noirs.
Ses mains brunes et poisseuses.
Tout dans ce bonhomme pue la décomposition, la mort annoncée, la décrépitude, la lente pourriture des chairs...
C’est un homme en friche, un abandon, un homme que plus rien ni personne n’habite, qui sent la moisissure et la solitude.

Son chez-lui ? Une petite parcelle boisée qu’un muret préserve des regards indiscrets. Dans son intimité boueuse s’amoncellent par dizaines, peut-être par centaines, des bouteilles plastiques pleines d’un liquide jaune et nauséabond, aux teintes variées. C’est sa pisse. N’allez pas croire qu’il est propre, non, il se réchauffe avec les longues et froides nuits d’hiver. C’est sa chaleur à lui... la seule chaleur humaine qu’il reçoit encore...

Il arrive parfois qu’on le surprenne sur la voie publique à baisser son pantalon et, trop ivre pour savoir ce qu’il fait, titubant, à uriner devant n’importe qui, mômes, vieilles ou vieillards, hommes, femmes ou jeunes filles, ces litres de bières ingurgités... Il ne sait pas, ne sait plus ce qu’il fait. Perdu, embrumé, trop loin, il doit juste satisfaire ce besoin impérieux qui lui brûle l’intérieur, alors il fait là où il peut, comme il peut, peut-être devant vous.

Essayez de lui donner une pièce, lui offrir une cigarette, lui proposer à manger, toujours il refusera. Poliment. Mais toujours.

Cet homme qui vous fait changer de trottoir ou changer de regard, cette épave, ce clodo, a une jolie habitude quand, trop ivre pour jeter lui-même ses canettes dans une poubelle, il les rassemble, fait un petit tas des capsules, et glisse dessous une pièce pour l’employé municipal qui les jettera à sa place.

De loin il fait sale...
De près il pue...
Dans son cœur, un reste d’humanité.

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