Givré

il y a
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J'aime lire, tout ce qui me passe sous la main. L'envie d'écrire est venue ensuite. Je me lance à mon tour... sans prétention. Rien que pour le plaisir. Et je vous remercie sincèrement, vous tous ... [+]

Image de La Matinale en cavale - 4ème édition

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Ce matin, le jardin est recouvert d’une fine pellicule blanche. On a beau bien regarder, il n’y a plus un brin d’herbe qui hausse fièrement sa couleur. Les arbres aussi sont recouverts par cette étrange matière. Faut-il s’en inquiéter ? Qu’est-ce que cet ivoire qui a emprisonné les dernières feuilles ?

Heureusement qu’il y a du soleil ! Sa lumière est engageante. Des brumes colorées, mauves et orangées remontent de la terre. Elles irradient et illuminent le paysage et le ciel. Pas un nuage. Un oiseau chante. Il doit se cacher quelque part car il n’arrive pas à l’apercevoir.

La terrasse luit, on devrait même dire qu’elle brille de mille étoiles, collées les unes aux autres. Les arabesques qu’elles ont dessinées sont étranges et fascinantes à la fois. Il suit des yeux une ligne bleutée qui vient se perdre jusqu’à l’allée qui entoure les rosiers. Enfin ce qu’il en reste ! Quelques tiges qui luttent pour rester en vie.

Allez ! Une première patte est posée sur le sol, aussitôt retirée. Brrrr. Mais qu’est-ce que c’est ? Le chaton est tout perdu face à ce nouveau paysage !

Penaud, il hésite. Il a pourtant très envie de sortir, de se dégourdir les pattes. Une certaine excitation s’est emparée peu à peu de lui. Tous ses sens sont aux aguets. Il faut, il doit partir explorer ce jardin qu’il ne reconnaît pas. Prudent, il pousse ses moustaches vers le ciel. Son petit nez tente de capter toutes les odeurs, celles qui sont siennes et les nouvelles. Le froid l’enivre et il titube un peu. Il plisse ses yeux émeraude. Au loin, deux coqs chantent. Si ces deux-là ont bravé le froid pour se livrer à leur combat de ritournelles matinal, c’est qu’il est donc possible de l’affronter ....

Courage !

Peut-être qu’en quelques sauts, il sera facile d’atteindre l’autre côté de cette froidure éblouissante. Il se lance. Un bond, puis deux et... le voilà allongé sur le sol, en étoile de mer et glissant malhabilement vers un pot de fleurs cassé oublié là. Sa course s’accélère... les tessons ocres deviennent menaçants. Le choc sera probablement violent ! Dans un dernier instinct de survie, le chat se redresse, et, dans un feulement désespéré, parvint à éviter l’obstacle. Il a réussi là une pirouette incroyable. Groggy, le voilà maintenant dans l’herbe blanche.

Mais, c’est encore plus froid !

Le petit chat miaule, personne ne viendra donc à son secours ? Et il y a toujours le chant de ce pinson qui vient à lui. Se moquerait-il ?

Cela fait quelques minutes qu’il n’a plus bougé et le froid engourdit progressivement ses pattes. Personne ne semble avoir entendu ses cris plaintifs. Ne pas rester là. Le mieux semble d’avancer encore. Mais que lui réservent cette-fois ces pics blancs effrayants ? Viendront-ils lui s’enfoncer dans ses coussinets comme des aiguilles ou, au contraire, s’aplatiront-ils sous son poids ?
Le chaton observe longuement ses membres. Il les secoue un à un pour se débarrasser des gouttelettes qui s’accrochent à ses poils. Tout en se donnant du courage, il réfléchit à la meilleure stratégie à adopter – il est encore temps de faire marche arrière -. Il décide de se ruer vers le banc en bois qui trône au fonds du jardin. Il court à perdre haleine. Il modifie plusieurs fois sa trajectoire, le givre s’accroche à sa fourrure. Il galope. Laissant derrière son passage de jolies ellipses qui libèrent les unes après les autres les touffes d’herbe les plus robustes. De plus en plus vite, il s’approche du perchoir salvateur. Il saute, il glisse.
Oh, il n’arrive pas à se redresser.
Va –t-il s’écraser sur le bras en fer rouillé ?

Dans un ultime réflexe, il sort les griffes. Il les sent se planter dans le bois dur. C’est douloureux, peut-être en perdra-t-il une ou deux ! Mais l’effet est immédiat. La course folle s’est arrêtée. Nette. Le petit chat peut enfin respirer. Sa 1ère mission est accomplie ! Il se redresse fièrement.

Et pourtant, le plus dur reste à faire...

Que lui réservera le chemin retour ?
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Phil Bottle · il y a
Petit chaton deviendra grand. Et comme on dit dans le Sud, il deviendra un petit chat beau, té...
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Gail · il y a
Oooooh