Espoir

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Max Abadie aime regarder la vie et y lire de petites histoires amusantes, poétiques ou absurdes. Histoires pour enfants ou déambulations sensibles, Max Abadie vous emmène en balade ! Vous ... [+]

On nous les montrait blondes avec deux tresses, les mêmes yeux bleus que la grand-mère ; ils sont arrivés les poings serrés, les yeux noirs sous des cheveux drus. Ils avaient tenus puis avaient tout lâché, ils étaient partis sans destination, sans but, tant que le train avançait. Et puis il avait fallu descendre. Les rails à la frontière espagnole s'élargissent de vingt centimètres et le train s'arrêtait là. Il pleuvait et il faisait froid, on leur a donné une soupe chaude et il sont entrés dans l'entrepôt agrippés aux mains de leurs parents. Même eux, qui n'avaient jamais rien eu, avaient tout perdu. Ce rien qui leur servait de toit, dans lequel ils mangeaient et qui les enveloppait. Alors ils ont pris. Des chaussures trop grandes et des blousons qui brillent, des peluches aux yeux violets et un pyjama rose avec une licorne. Je suis allée les chercher dans un élan adolescent, le pied qui appuie sur la pédale et qui lance une machine infernale, ils disparaissaient sous les sacs et leurs regards me mangeaient. Ils étaient vieux d'une guerre et moi enfant de France. Ils n'avaient pas dix ans.

 Un lent ballet a commencé, des sourires échangés et la vie partagée, juste à côté, pas trop près. La lumière soudain sur leur visage et le cri qui m'appelle pour voir le lézard dans leur main. Le chien rebelle qui obéit au petit dompteur de chars et, peu à peu, comprendre. Découvrir un autre monde, celui qui vit aussi près de nous mais que l'on ne connaît pas toujours. Avant, là-bas, la misère. La vraie. Venue accrochée comme une gueuse aux ourlets trop longs, traînée à travers l'Europe et presque élimée mais prête à resurgir. Et la famille, unique survivante de la catastrophe qui aime et qui gâte. Qui gâte d'amour deux diamants bruts, d'un amour recouvert de poudre blanche qui noircit les dents, d'un amour wifi qui emplit d'images à vomir, d'un amour indiscutable. Et ils sautent. La tête en arrière, ils se lancent, ils cherchent dans leur corps le choc de la pierre, ils frappent de leurs poings l'arbre et défient l'océan, eux qui ne savent pas nager. Cent fois ils remettent leur destin aux mains du hasard, la vie et les hommes les ayant épuisés. Je marche à côté d'eux en silence et je me demande : Qui osera prédire leur futur ? De cascades en bravades sortiront-ils plus fort ? Les statistiques mauvaises les enfermeront-elles dans leurs prédictions néfastes ? Que faire et ne pas faire, comment savoir ce qu'est le bien et où naît le bonheur ?

 Doucement, je m'accroupis et ensemble on désherbe les fraises. Ils arrachent les herbes et me tendent du rouge, leurs yeux sont noirs, sombres comme l'espoir d'une nuit calme. Un jour, si le futur a voulu d'eux et m'a gardée encore, quelques étoiles accrochées dans un ciel d'été, je conterai les jours à venir.

 Mais déjà, le présent s'immisce et me bouscule, ils ne croient plus en rien et veulent en rire, je m'esclaffe et crois en eux simplement.
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