Dissidence, d'ici danse!

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François, couché au sol, se tient le ventre lorsque le talon d’une botte vient s’abattre sur sa joue. Celui qui lui inflige le coup prend plaisir à écraser son visage comme on écrase une cigarette. François est encore conscient et réalise que ce n’est pas un flic qui le torture. Non cela fait déjà bien longtemps que les flics de sa ville sont de son côté. Mais quel est le bon côté ? Celui qui obéit, coopère en dénonçant ses voisins ou celui qui résiste, exhorte la population à se réveiller ? François a trouvé très vite sa place. Pas question de se laisser diriger par ce gouvernement avarié. Il n’est pas vacciné. La BSR (Brigade Sanitaire Républicaine) est pourtant passé chez lui. Une petite voiture électrique bleue et blanche s’était garée dans sa rue. Un petit bonhomme, lui aussi en bleu et blanc, avait sonné à sa porte. Il avait osé se glisser dans l’intimité de François. Mais personne n’avait vu le petit bonhomme depuis. Sa voiture était restée une semaine dans cette rue. François n’était pas vacciné mais le smartphone de la BSR avait transmis un OK vers les instances gouvernementales. François relève la tête, un dernier coup sur la tempe le plonge dans un profond sommeil.
Un smartphone vibre sur une petite table de nuit. Elsa rentre dans la chambre et regarde sur l’écran. Elle tente de réveiller François. Il est 17h. Son corps a été jeté sur son lit vers minuit. Elsa, en tant que compagne aimante, l’avait soigné, déshabillé et s’était endormi à ses côtés. Elsa n’en peut plus des provocations de son amour. Cela a commencé avec les réseaux sociaux, ce qui lui a amené d’être mainte fois censuré. Puis François s’était mis à danser dans la rue puis dans les lieux publics. Danser sans masque, sans peur. Il reprenait une citation d’Hafid Aggoune « Danser en temps de guerre, c’est comme cracher à la gueule du diable ». Alors il dansait et dansait jusqu’à offenser les foules. Les pro-gouvernement lui ont souvent fait savourer le goût du bitume. Mais François tombe, se relève et recommence. Elsa le secoue à nouveau. Il se réveille en marmonnant. Il essaie de sourire mais un hématome au coin de sa bouche l’en empêche. François est content. Malgré le dérapage d’hier soir, la situation lui semble en bonne voie.
Hier soir c’était l’acharnement de trop. François n’a plus de job. Son boss l’a viré car il refusait le port du masque. Alors il s’occupe comme il peut. Il va de temps en temps casser du sycophante. La délation est devenue un sport national. Si bien que le gouvernement a décidé d’assister ces traîtres avec des drones. Un de ces derniers a croisé la route de François hier soir. Ce fût son dernier relevé satellite. François sauta assez haut, dans son jardin, pour faire tomber l’engin. Une fois en main, il était sorti dans la rue en affichant son trophée. Il l’avait jeté sur la façade d’un délateur, le brisant en morceaux et provoquant la colère du voisin. D’où son état maintenant.
« Arno a essayé plusieurs fois de te joindre « lance Elsa. Super. Arno est un lycéen qui croisa un jour la route de François. Il venait d’être renvoyé de sa classe car il avait retiré son masque et refusait de le remettre. Il avait un fait un bras d’honneur au prof et avait claqué la porte. François avait le double se son âge et l’avait trouvé couillu. Était venu se joindre à eux Axel qui faisait l’école buissonnière. De renvois en renvois et d’école buissonnière en école buissonnière, l’Etat avait fait fermer les établissements scolaires. François pensait qu’un mouvement serait venu du monde artistique. Rien. Maintenant que leurs gagne-pains étaient fermés, encore rien, silence radio. Alors François, avec d’autres jeunes, avait investi le théâtre de la ville. Arno et Axel l’avaient suivi. Ils ne se retrouvaient que la nuit à cause des drones. Ils travaillaient dans l’ombre pour mieux en faire jaillir la lumière. Dans le pays, toutes les nuits, les théâtres et les salles fermés bouillonnent de jeunesse et d’espoir. Et François continue de danser...
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