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LA VIE EST BELLE !!!

I. BILAN 2020

Elle aura été mouvementée et belle malgré tout. Le temps de comprendre son sens, d'avoir des envies et des rêves.
Certains inaccomplis, d'autres réalisés d'une façon ou d'une autre. Des découvertes, des désillusions beaucoup. Des colères sourdes aussi. Et puis des silences, la solitude, le repli. L'isolement, L'abandon des siens.
La remise à zero, plus bas que terre.
La folie du passé, ses larmes, ce qui nous tient tous. Les manques aussi, les carences, les failles. Les pertes de repères. La foi. Et puis le reniement.
Laisser le monde et les hommes aller comme bon leur semblent. Enfin libéré de tout, la quiétude. La fin des appétits. L'âge qui assagit, tempère. On ne veut plus être quelqu'un, on ne veut plus rien, à part poursuivre un peu le chemin.

II. NOËL 2020

On se croit éternel et puis un jour, on découvre que non. À partir de là, nous vivons différemment. Nous prenons du temps pour des choses qui semblent inutiles. Nous savourons chaque moment que nous vivons, avec tous nos sens. Nous supprimons ce qui n'a aucun intérêt, tout bien considéré : qu'est ce que la carrière, la course au bien matériel, à l'argent ? Tous les biens de ce monde sont périssables. Il n'y a rien qui vaille la peine.
Dès que nous acceptons notre état de voyageur, de passant temporaire sur cette terre, tout parait plus claire.
Nos vies deviennent simples, et nos cœurs légers. Nous laissons les vaines batailles de ce monde. Vie simple, joie simple.
Nous nous contentons d'un toit pour abriter notre corps, du vêtement pour couvrir nos os. Nous travaillons pour nous nourrir et pourvoir à nos besoins. Et cela nous suffit largement.
Chaque jour nous acceptons ce qui nous est donné et nous sommes heureux de vivre un jour de plus.

III. NOUVEL AN 2021

Avec l'âge, on se traîne, on perd ses illusions.
Plus grand chose nous touche, on se sent distant. On se regarde vivre. On passe de l'ennui à l'envie, et de l'envie à l'ennui. On recherche la satisfaction de nos désirs. On exulte. On s'élève haut dans le ciel, avant de retomber sur le carreau.
On passe son temps à se demander :
Qu'est ce qu'on fait là ?
On braille, on rit, on pleure en cachette. Surtout on ferme sa gueule. Rien ne nous justifie. Y a pas de mot pour ça.

Avec l'âge, on comprend de moins en moins.
On vit dans nos souvenirs.
Les mots ne nous sauve pas. Rien ni personne nous sauve. On a tout les pouvoirs. Donner la vie, prendre une vie, offrir sa vie. Laisser la vie se satisfaire de nous.
Les sacrifices sont inutiles. C'est mordre dans du sable.

Avec l'âge, on court moins vite. Plus rien ne se dresse. On sait l'effet des nuits blanches, des jeudi noirs, des weekends à rallonges.
On est passé par tous les états. On est une machine à laver. On connait tous les programmes. Programme court, programme linge sale en famille, programme économique, programme fragile.
On est monté et redescendu du grand huit. On a fait des loopings, des virages serrés, des chutes vertigineuses. On a crié, et bouffé notre chapeau plus d'une fois.
On attend plus personne. Derrière les murs, devant les miroirs, c'est toujours soi que l'on retrouve.

Avec l'âge, on voit nos anciens qui disparaissent, et puis parfois nos enfants aussi. La vie est ainsi faite. Il n'y a pas de justice.
On apprend ici, qu'on obtient pas toujours ce que l'on désire. La vie se joue de nous. Elle fait ce qu'elle veut.

Enfin avec l'âge, on s' accroche au présent. Comme un naufragé à une bouée.
Pour combien de temps encore ?

IV. ANNIVERSAIRE 2021

J'ai mis tout mon cœur dans ces mots.
Tout ce que je suis à l'intérieur. Et qui ne parait pas. Je suis de ces personnes effacées, en retrait constamment.
J'apprécie cet anonymat. Je le désire même. Je n'ai rien à prétendre ici-bas. Rien à faire, à part offrir mes fleurs.

J'ai mis toutes mes douleurs dans ces mots.
Ils sont mon testament. Je l'écris depuis toujours. Très tôt, j'ai eu conscience que la vie pouvait s'arrêter à tout instant.
Je fais partie de ces personnes taiseuses, muettes. C'est que je préfère de longs silences, plutot que de longs discours qui me fatiguent et m'ennuient. Je n'ai pas besoin de remplir mon esprit des soucis des autres. Ils sont biens assez grands pour s'en occuper eux-mêmes.
Ils sont tristes, je suis triste avec eux. Ils sont joyeux, nous trinquons ensemble. Et cela suffit au bonheur de mon existence.

J'ai mis tout mon être dans ces mots.
Mais c'est pas pour ça qu'ils vous plairont. J'écris avec simplicité, avec économie de mot. Peut-être trouverez-vous quelques belles fleurs dans mon jardin. Pourquoi pas ?
Cela, au fond n'a pas beaucoup d'importance.

V. DERNIÈRE RÉVÉRENCE

Bien sûr qu'il y a des cris, des révolutions, des guerre civiles
Que les montagnes s'écroulent sur des innocents
Que la folie, les tourments dévastent des villes
Tout compte fait, nous pesons si peu dans le flot du sang.

Bien sûr qu'il y a de la souffrance, du malheur sur la terre
Que notre temps ressemble parfois à une marche infernale
Que l'Homme s'acharne à vouloir se satisfaire
Au mépris de toute dignité, civilité, morale.

Bien sûr que rien ici-bas ne s'obtient sans contrepartie, sans difficultés
Que chaque victoire, chaque réussite est le fruit de la persévérance
Quelle serait le sel de nos vies sans cette fatalité ?
Et que retiendrait-on au soir de tirer notre révérence ?

VI. LE TRÉSOR DU CŒUR

À propos...?

Les mots transpirent mon sang
Des bouées qui flottent
À la surface du temps...

Et j'ai promis d'être sage.

Mon père disait...?

Tu es une calamité
Un désastre ambulant
Les sept fléaux d'Égypte...

Et je n'ai pas réussi à le décevoir.

Sillons...?

Le sillon que l'on creuse
À la nuit tombée
La lune verse une larme...

Et déjà, insensiblement, on m'enterre.

Ma mère disait...?

Laisse-moi respirer
Laisse-moi vivre
Va voir ailleurs si j'y suis...

Et inconsciemment, je cherche encore.

J'ai vécu ma foi...?

Et j'ai pris de grande tarte dans la gueule
J'ai vu des hommes, des femmes
Enfermer leurs progénitures
Et se battre et se faire violence...

Et je suis toujours au fond de ce placard.

J'ai vécu ma foi...? (2)

J'ai vécu et cela n'a servi à rien
Graine poussé dans un ravin
Le soleil a brûlé mes racines
Mes fruits sont tombés à peine mûrs...

Et j'ai espéré qu'ils sèment plus loin.

Tout est vin...?

J'ai perdu mon chemin
Et si je tangue de-ci de-là
C'est pas moi, c'est la terre qui tremble
Je suis triste. Je viens d'ouvrir les yeux...

Bien ou mal, Tout finira à la fosse.

Promesse...?

Lorsque mon temps sera venu
J'irai me coucher parmi les arbres
Qui m'attendent là-bas...

Et je tiendrai ma promesse.

VII. LA CHANSON DES PRÉNOMS

Si je me prénommais Hugo
Je serais le dernier des héros
Celui qu'on invite aux infos
On verrait mon nom partout !

Si je me prénommais Arthur
Je serais le roi des confitures
Celui qui maudit votre futur
On me traînerait dans la boue !

Mais je me surnomme Képhas
Et si vous voulez prendre ma place
Prenez-la et ce qui dépasse
Sans rien oublier du tout !

Si je me prénommais Jean-Claude
Je serais maître Yoda à la mode
Celui qui pulvérise les codes
On me verrait sur les écrans !

Si je me prénommais Didier
Je serais le médecin du Panier
Celui qui soigne sans distinguer
On me traiterait : charlatan !

Mais je me surnomme Képhas
Et peu importe ce que je fasse
Y a quelqu'un pour prendre ma place
Et cela enchante mon présent !

VIII. ILLUSTRE INCONNU

Nous voilà tous réunis autour de toi.
De toi que savons-nous ? Des mots que tu nous as laissés en partage, des trois fois rien.
Nous t'aimons si fort, notre cher disparu.
De là-haut tu nous contemples. Tu vois, ta famille au grand complet est là.

Ton épouse d'abord, pleins de larme depuis qu'elle a appris ton décès.
Elle pleure et dit qu'elle ne t'oubliera jamais, que tu étais unique, et qu'en toi elle a toujours su que tu deviendrais cet illustre inconnu*.

Elle dit aussi que tu rendais sa vie impossible, à toujours vouloir vivre l'instant présent comme une grande récréation,
À toujours vouloir fuir les ornières du quotidien, à inventer des jeux, des folies.

Elle dit surtout qu'elle regrette de t'avoir abandonné pour un autre homme.
Enfin d'autres hommes, elle n'a pas trouvé plus belle ni plus verte la prairie d'à côté.

Elle dit enfin, qu'elle a été folle de penser qu'elle trouverait l'homme parfait, l'homme qui fermerait sa gueule devant ses propres désirs de domination, de castration, de frustration.

Maintenant dans ses habits de deuil, elle n'est plus que bois sec.
Elle fait son mea-culpa mais cela n'a plus d'importance pour toi.

Tes fils sont là aussi !
Eux aussi ont des larmes, mais des larmes de rage. Ils ont la rage de leur jeunesse. C'est facile de s'en prendre à ses racines.
C'est la vie qui nous traverse de génération en génération. Ils pleurnichent, t'accusent :

"Il aurait pu être un meilleur père..."

Tu aurais pu leur donner plus, et tant et plus. Ils ne sont pas satisfaits de ce qu'ils ont reçu, de ce qu'ils sont, de leur destin, d'être là.
Tu leur as donné la vie. N'est-ce pas assez ?
Les rejetons veulent dévorer le corps qui les a créer.

Je sais ce que tu aurais dit :
" Ainsi va la vie, la jeune génération pousse l'ancienne au tombeau. À vous maintenant de reprendre le flambeau, et surtout de ne pas vous tromper de colère. Un jour viendra et vous comprendraient les folies, les illusions de la jeunesse. À chacun son tour ! "

Et tu aurais conclu :
" Vivez ! Et soyez prêt à rendre des comptes personnellement pour chacun de vos actes. Ne perdez pas de temps en vaines querelles. Le temps prend la fuite devant nos pas. Vivez votre rêve. Cherchez un bonheur simple. Éloignez-vous de ce qui brille, du tape à l'oeil.
Ne laissez personne ni rien pervertir ce que vous avez de plus précieux: Votre cœur ! "

IX. LES MOTS D'APRÈS

Oui, on le connaissait
On connaissait ses mots
On était parmi ses lecteurs fidèles
Et on respectait sa décision
Il voulait rester dans l'ombre
Il pensait qu'il ne méritait ni laurier ni distinction
Il disait : "Je suis libre !
Je ne cours après aucun prix
Mon prix c'est la vie !
Mes mots sont ici, là-bas, ailleurs, partout
Ils sont pour tous, ou pour personne
Ils poursuivront leurs voyages indépendants
Ils connaissent le chemin
D'une rive à l'autre...
Ils rejoindront celui qui les attend
Celui qui a soif, celui qui désespère."

X. LE PÈRE CE HÉROS

(Avant propos  :
Il a passé sa vie à se foutre du monde
et des autres.
Les autres inclut sa famille.
Il en voulait à son propre père de ne pas l'avoir aimé.
Il est resté bloqué dans cette glaise...
Et son tour est venu d'avoir un fils, d'être père.
Il n'aura pas su comment s'y prendre.
Incapable de donner ce qu'il n'a pas reçu.
Marchant froidement sur les traces que son propre père avait tracé...)

...le père quand à lui...
...tourne en rond...
...comme le font les aiguilles des horloges...
...éternellement immobile...
...dans un fauteuil...
...assis tout le jour...
...il attend...
...il attend quelque chose...
...il attend quelqu'un...
...la dame en blanc le lui a dit...
...il ne sait plus...
...il attend...
...il flotte d'un présent à l'autre...
...sa mémoire est en lambeau...
...il regarde devant lui...
...il ne comprend pas ce qui se passe...
...ce qu'on dit...
...ce qu'il fait là...
...il regarde les aiguilles chavirer...
...elles chavirent dans le néant...
...dans l'absurde...
...le père c'est lui maintenant...
...mais il l'ignore...

XI. PENDU À UN ARBRE

Bien sûr nos vies se hâtent
Et on voudrait le premier rôle
Bien sûr le ciel nous mate
Et on ne sait plus ce qui est drôle.

Bien sûr les hommes nous flattent
Et l'envie des autres nous coule
Bien sûr nos bras se débattent
Et nos cris résonnent sur les foules.

Mais voir son enfant-mort pendu à un arbre.

Bien sûr la planète se tourneboule
Et nos consciences s'en tapent
Bien sûr l'argent comme une houle
Va et vient et nous happe.

Bien sûr l'amour nous roule
Et nos désirs nous sapent
Bien sûr la bonté d'autrui s'écroule
Dès qu'il s'agit d'unir nos capes.

Mais voir son enfant-mort pendu à un arbre.

Bien sûr on voudrait toujours être de mise
Mordre les chairs plus que la mine
Bien sûr on tient droit dans nos chemises
Et nos certitudes nous animent.

Bien sûr la vanité, la convoitise
Dominent nos jeux de pantomime
On se croit puissant, on poétise
Et nous ne sommes que des vermines.

Mais voir son enfant-mort pendu à un arbre.

XII. ÉPILOGUE

Lisez-moi ou me lisez pas.
Ce ne sont que des mots.
Ce ne sont que des maux.
Ce ne sont que des graines semées.
Ce ne sont que des fleurs humaines.
Je connaissais l'orgueil, qui vous chavire, vous rend idiot.
Je connaissais la folie qui vous conduit à vous prendre pour un autre.
Après tout, je n'étais rien qu'humain, infiniment humain.

Lisez-moi comme la caresse d'une brise qui passe et qu'on oublie.
Les mots étaient les passants secrets de mon âme.
De tout temps, ils me survenaient.
Me portaient et me supportaient.

Lisez-moi ou pas. Faites au mieux.
Comme bon vous semblera.
Peut-être y trouverez-vous quelques échos en vous même?
Ces mots rejoindront ceux de milliers de nos semblables.
Il n'y a rien de neuf dans la nature humaine.
Et tout se termine dans un même lieu.

Lisez-moi mais surtout vivez.
Tâchez d'être heureux sans attendre.
Je n'écrivais pas pour paraître.
J'écrivais pour disparaître.

Valcourt city-plage, 7 février 2020
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Mireille d agostino · il y a
Toute une vie. De questionnements en réponses hasardeuses, on avance inexorablement le but final. Et on n'a rien choisi, ni de venir, ni de vivre ni de partir.
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Fleur A. · il y a
Très belle écriture...au fil des mois du bruit et de la fureur des hommes
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Ginette Flora Amouma · il y a
Est ce que dans la quête de l'écriture , il n'y a qu'une façon de disparaître ?
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Hélène CUINIER · il y a
long testament d'amour, d'histoire familiale et de vie intérieure; c'est très émouvant...Oh oui, beaucoup de personnes se retrouvent dans vos mots!

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